À l’est de Belfast, un symbole lourd de sens s’apprête à disparaître. Une fresque représentant deux hommes armés aux couleurs de l’Ulster Volunteer Force (UVF), visible depuis 2011 à l’angle de Dee Street et de la Newtownards Road, va être retirée dans le cadre d’un projet de « transition » loyaliste.
Peinte il y a plus de quinze ans sur un mur pignon très exposé, l’image montrait deux paramilitaires masqués accompagnés d’un insigne de l’UVF et d’un slogan invoquant le droit de se défendre. Elle incarnait le retour de fresques militarisées dans certains quartiers loyalistes, à la faveur des tensions liées notamment aux protestations sur les drapeaux au début des années 2010.
Un remplacement hautement symbolique
La fresque sera remplacée par un portrait d’Edward Carson, figure historique du unionisme, chef de file de l’opposition au Home Rule au début du XXe siècle. Le choix n’est pas anodin : il s’agit de substituer à une iconographie paramilitaire contemporaine une référence politique et historique plus institutionnelle.
Selon plusieurs sources locales, cette transformation est le fruit de discussions menées de longue date entre représentants loyalistes et acteurs communautaires. Elle s’inscrit dans un programme plus large de « réimagerie » soutenu par le dispositif public Communities in Transition, piloté par l’Exécutif nord-irlandais dans le cadre de son plan d’action contre le paramilitarisme.
Le député unioniste de la circonscription, Gavin Robinson, a salué « une étape positive » et un signe d’évolution au sein de la communauté loyaliste de Belfast-Est.
Un contexte longtemps marqué par les tensions
Le quartier n’a pourtant pas été épargné par les divisions internes. Ces dernières années, des rivalités entre factions de l’UVF avaient ravivé les tensions. En juin 2024, un défilé en hommage à Robert Seymour, membre de l’UVF tué par l’IRA en 1988, avait donné lieu à une démonstration de force rassemblant plusieurs centaines d’hommes dans les rues.
Depuis lors, des médiations ont été engagées afin d’apaiser les différends et d’encourager une évolution des structures paramilitaires vers des formes d’organisation non violentes. Une experte indépendante en résolution des conflits, mandatée par les gouvernements britannique et irlandais, mène actuellement un travail d’évaluation sur la possibilité d’un processus formel de transition.
Toutefois, selon des sources loyalistes, la disparition de la fresque ne signifie pas un démantèlement pur et simple des organisations concernées. L’idée avancée serait plutôt celle d’une transformation progressive, conservant une cohésion communautaire tout en abandonnant les symboles armés.
Une première étape dans une série annoncée
La fresque de Newtownards Road pourrait être la première d’une série de transformations similaires dans l’est de Belfast. Après les accords de paix, de nombreuses peintures murales paramilitaires avaient déjà été remplacées par des images de chantiers navals, de figures sportives comme George Best ou d’éléments patrimoniaux locaux.
Le retour, au fil des crises, d’images armées avait été perçu comme un recul. La décision actuelle marque donc, au minimum, un changement d’orientation visuelle et politique.
Dans une région où les murs racontent l’histoire des conflits, chaque coup de pinceau a une portée qui dépasse largement l’esthétique.
Propos recueillis par YV
Photo : Breizh-info.com (TFD)
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