En quelle année les natifs deviendraient-ils minoritaires dans leur propre pays ? C’est la question à laquelle prétend répondre le « Demography Dashboard », un tableau de bord interactif lancé le 4 octobre à Vienne par l’Institute for Remigration. Ce cercle de réflexion a été fondé par l’Autrichien Martin Sellner, figure du mouvement identitaire européen. L’outil couvre 15 pays : l’Autriche, la Belgique, le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal, l’Espagne, la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni.
Le « point de bascule » de 50 %
Le tableau de bord croise les statistiques officielles de population avec un modèle de projection qui tient compte de l’âge. Il détaille, pour chaque pays, la répartition et la pyramide des âges des populations natives et immigrées, puis projette leur évolution. L’indicateur central est un « point de bascule de 50 % » : la 1re année où, selon le modèle, la population d’origine immigrée dépasserait la moitié de la population totale.
Dans le scénario de référence, le modèle prolonge les tendances observées à partir de 2026. Les flux migratoires reposent en général sur la moyenne annuelle de 2015 à 2024, et les hypothèses de fécondité et de mortalité sont publiées. Selon l’institut, si rien ne change, les Européens deviendront minoritaires dans leurs propres pays. « Le remplacement de population n’est pas une théorie du complot », affirme Martin Sellner, qui cite la France en exemple.
Un scénario de « remigration »
Le tableau de bord propose un 2nd scénario, dit de « remigration ». Il réduit l’immigration extra-nationale à 10 % de son niveau actuel, maintient celle des natifs et ajoute chaque année le départ de 1 % de la population immigrée de départ. L’institut précise qu’il s’agit d’un paramètre démographique, et non d’une mesure politique précise. Les moyens juridiques, politiques et administratifs d’y parvenir ne font pas partie du modèle et seront détaillés plus tard dans un « Pacte de remigration ».
Le modèle calcule alors un « point de bascule inversé » : l’année où la part de la population immigrée retomberait sous les 5 %. L’institut le présente comme un horizon théorique, une majorité native stable pouvant selon lui être rétablie avant. Pour son directeur, Philipp Huemer, la comparaison des 2 scénarios montre que l’évolution démographique dépend avant tout de choix politiques.
Des définitions qui varient selon les pays
L’institut reconnaît plusieurs limites. Les notions de « natif » et d’« immigré » ne recouvrent pas la même réalité d’un pays à l’autre, car les États européens ne collectent pas leurs statistiques de la même façon. Selon les données disponibles, la population immigrée est définie par le pays de naissance, celui des parents, la nationalité à la naissance, des catégories officielles d’origine ou l’appartenance ethnique déclarée lors du recensement. Là où les statistiques manquent, le modèle recourt à des approximations, que l’institut dit publier dans sa méthodologie.
Les années calculées sont, précise-t-il, des projections conditionnelles et non des prévisions : elles indiquent ce qui se produirait si les tendances retenues se poursuivaient. L’institut dit aussi avoir relevé de « graves lacunes » dans les statistiques démographiques européennes.
Martin Sellner, ancien porte-parole du mouvement identitaire autrichien, a vu sa notoriété exploser en Allemagne début 2024, après la révélation d’une réunion à Potsdam où il avait présenté ses thèses sur la remigration. Son interdiction d’entrée sur le territoire allemand avait ensuite été annulée par la justice.
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