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Certains ont pleuré, d’autres ont repris la route de l’usine pour se retrouver une dernière fois entre collègues. Le jeudi 15 octobre 2026, le tribunal de commerce de Lorient a prononcé la liquidation judiciaire de la Fonderie de Bretagne, à Caudan, faute de repreneur. Les 244 salariés vont perdre leur emploi, un peu plus d’un an et demi après la reprise du site par le groupe Europlasma.
Dans la matinée, près de 200 personnes s’étaient rassemblées dans le calme à proximité du tribunal : des fondeurs, souvent résignés, rejoints par des lycéens de la ville. À l’annonce de la décision, Maël Le Goff, délégué CGT de l’entreprise, a dénoncé devant les salariés « un drame humain et industriel inacceptable ». Au nom de son syndicat et des élus du personnel, il a désigné 2 responsables : le groupe Renault et l’État.
60 ans d’histoire industrielle
La fonderie avait été créée par Renault en 1966 pour produire les pièces en fonte de ses véhicules : suspensions, échappements, boîtes de vitesses. Dans les années 1990, elle employait plus de 1 600 personnes. Au début des années 2000, le constructeur décide de se défaire de ses fournisseurs intégrés. L’usine change plusieurs fois de mains, avant que Renault ne soit contraint de la reprendre en 2008, avec une aide de l’État de 5 millions d’euros, après la faillite de son actionnaire.
En 2021, Renault cède à nouveau le site, en invoquant le recul des pièces en fonte avec l’électrification du parc automobile. Selon Mediapart, plusieurs repreneurs se succèdent alors, pendant que les investissements sont réduits au minimum et que les effectifs passent sous la barre des 300 salariés.
Dès février 2025, l’audition du directeur général de Renault, Luca de Meo, devant la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale avait donné lieu à de vifs échanges avec les députés bretons. Il évoquait un problème de compétitivité et de management. Les élus du pays de Lorient, de Damien Girard (Écologistes) à Jean-Michel Jacques (Renaissance), lui reprochaient au contraire d’avoir choisi la délocalisation, alors que la fonderie s’était modernisée et diversifiée. Renault proposait alors de reclasser les ouvriers dans ses autres sites français. Breizh-Info relevait déjà l’impuissance de l’État, pourtant actionnaire de Renault à hauteur de 15 %.
Le pari des obus
En avril 2025, la justice consulaire retenait l’offre d’Europlasma, et l’activité redémarrait le 12 mai avec 264 salariés. Le projet reposait sur une reconversion partielle vers la défense : la production de corps creux d’obus de mortier devait compenser la baisse des commandes de Renault. Le groupe avançait un objectif de 750 000 obus en 4 ans. Il s’engageait aussi à investir 15 millions d’euros sur 3 ans, avec l’appui d’un prêt de 7 millions d’euros de l’État et des collectivités, tandis que Renault devait apporter 25 millions d’euros pour accompagner la diversification. À l’époque, la CGT saluait une bonne nouvelle tout en espérant des commandes dans le ferroviaire, l’agricole et les poids lourds.
Le profil du repreneur suscitait toutefois des interrogations, que Breizh-Info avait relayées dès mai 2025. Europlasma avait lui-même frôlé la liquidation en 2019, avant d’enchaîner les rachats d’entreprises en difficulté dans des secteurs stratégiques : les Forges de Tarbes en 2021, Satma Industries en 2022, Valdunes en 2024. Son financement repose largement sur des obligations convertibles en actions qui diluent son capital, et une partie de ses partenaires financiers sont domiciliés à Dubaï, aux îles Caïmans ou aux Bahamas.
Promesses non tenues
Selon la CGT, Europlasma n’a jamais versé l’intégralité des sommes promises. La production, interrompue par un incendie en janvier 2026, n’a jamais vraiment redémarré. Mediapart rapporte qu’aucun investissement n’a été réalisé dans l’outil industriel depuis la reprise. Un salarié y raconte qu’à son arrivée, le PDG avait seulement annoncé « qu’il fallait que l’on produise des obus, sans nous donner de plan ». Le bureau d’études a dû se débrouiller seul, sans recrutement.
L’État n’a pas non plus versé les subventions promises à la fonderie. Selon Mediapart, l’État et les collectivités s’étaient engagés à apporter 46 millions d’euros aux 3 sites repris par Europlasma, dont 20 millions pour Caudan. En avril 2026, le groupe annonçait la vente prochaine de ses activités de défense à un acquéreur non identifié, pour 150 millions d’euros. Ce repreneur ne s’est jamais fait connaître. La Fonderie de Bretagne a été placée en redressement judiciaire début juillet 2026 pour cessation de paiements.
Mediapart affirme aussi qu’Europlasma a été sanctionné fin 2024 par l’Autorité des marchés financiers pour manipulation de cours, et rappelle que son action cote aujourd’hui autour de 0,0002 euro. Le groupe a également été cité devant la commission d’enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs. Les ministres en poste lors des reprises, Roland Lescure et Marc Ferracci, s’y sont défendus en expliquant qu’ils n’avaient pas d’autre choix, faute de repreneurs.
Les Forges de Tarbes à leur tour menacées
Les autres sites du groupe ne vont guère mieux. Le 12 octobre, la préfecture des Hautes-Pyrénées a mis en demeure les Forges de Tarbes de remettre aux normes plusieurs équipements sous pression avant le 31 décembre 2026, sous peine de les arrêter. Selon les représentants du personnel, l’usine, seule en France capable de produire des corps creux d’obus de gros calibre, notamment pour les canons Caesar, a épuisé ses stocks de matière et doit puiser dans ceux de son client KNDS pour honorer ses commandes. Le gouvernement souhaiterait que ce dernier reprenne le site.
L’État se dit « mobilisé »
Pour le ministre délégué chargé de l’industrie, Sébastien Martin, l’État a fait tout ce qu’il pouvait. Il affirme avoir proposé jusqu’aux derniers jours un soutien financier à un groupe industriel intéressé, qui n’a finalement pas confirmé son offre. Le ministre, le président de la Région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, et le maire de Lorient, Fabrice Loher, assurent vouloir garantir un avenir industriel au territoire.
Beaucoup de salariés licenciés ont plus de 50 ans et ont passé 20 ou 30 ans à la fonderie. En février 2025, Breizh-Info suggérait la création d’une Société bretonne de participations, associant capitaux publics et privés, pour entrer au capital des entreprises régionales en difficulté et rassurer d’éventuels repreneurs. L’idée n’a jamais vu le jour.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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