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« « Elle n’avait que 12 ans » : le dérèglement climatique, nouvel accélérateur des mariages d’enfants. » C’est par ce titre aussi alarmant qu’alléchant, Le Parisien s’est emparé des résultats d’une étude menée par l’ONG Plan International qui révèle comment sécheresses, cyclones et inondations poussent les familles les plus précaires à marier leurs filles à un âge précoce… Les facteurs sociaux, culturels ou religieux passent en second plan. Et les catastrophes climatiques deviennent dans le vocabulaire des « dérèglements climatiques », comme s’ils n’existaient pas avant.
Il fallait donc une nouvelle étude et plusieurs articles dans les quotidiens de la planète pour nous informer que les catastrophes climatiques ont des conséquences économiques lourdes sur les habitants des pays pauvres ou en voie de développement. Ainsi l’ONG Plan International, vient d’en publier une nouvelle qui analyse, sur 5 000 jeunes femmes interrogées au Bangladesh, au Kenya, au Pérou, au Sénégal et au Zimbabwe, la manière genrée et indirecte dont cet impact négatif se traduit. Normal, Plan International est une ONG internationale de solidarité qui œuvre pour les droits des enfants et l’égalité entre les filles et les garçons. On y apprend, dès la première page des résultats de recherche, que : « Neuf filles sur dix ont déclaré que les phénomènes climatiques exerçaient une pression considérable sur la survie, la santé et la stabilité de leur foyer. » Incroyable.
Le travail part d’un bon sentiment puisqu’il vise ouvertement à sensibiliser les publics sur l’importance de l’éducation des filles dans des parties du monde où cette dernière ne va pas de soi. Mais ce focus sur les catastrophes climatiques – rebaptisées « dérèglement climatique » et puis tant pis si le Bangladesh est historiquement l’une des régions du monde historiquement les plus exposées aux catastrophes naturelles, dérèglement ou pas – est trompeur. Pour plusieurs raisons.
Confusion crasse entre corrélation et causalité
L’étude établit une confusion entre corrélation et causalité. Bien pratique pour éviter d’évoquer des sujets sensibles comme la culture ou la religion. Le dérèglement climatique n’est pas la cause première du mariage des enfants, mais un facteur aggravant de la pauvreté et de l’instabilité économique dans des régions où les mariages précoces sont déjà la norme. Cette confusion est éclatante au chapitre « Mariages et unions d’enfants » du rapport (p. 49) :
« Les filles qui abandonnent l’école se marient très jeunes. Elles sont victimes d’avances sexuelles non désirées de la part de garçons déscolarisés qui n’ont rien d’autre à faire. La pression est trop forte. Parfois, les filles n’ont d’autre choix que de céder.” Vimbai, 17 ans, Zimbabwe
(…)
Au Pérou, Susana, 18 ans, explique comment la fermeture des écoles lors des inondations laisse les filles isolées chez elles, souvent équipées d’un téléphone portable et sans surveillance parentale : « Ces filles restent chez elles et commencent à discuter avec des inconnus sur les réseaux sociaux ». Le cheminement passe ici par l’exposition sociale et la solitude plutôt que par une transaction économique formelle, mais la destination, à savoir une union précoce, reste la même.
On nous dit que des filles succombent aux avances de garçons ou les rencontrent sur les réseaux sociaux, mais ce serait la faute au climat. Avouons que le lien de causalité est assez surprenant.
Le poids prédominant des normes culturelles minoré
En effet, le mariage de mineures préexiste largement aux crises climatiques actuelles. Il est profondément ancré dans des traditions, des inégalités de genre systémiques ce qui se traduit par un manque de protection juridique (et c’est bien à ce niveau qu’il faudrait lutter, si lutte il doit y avoir). De plus, la rupture de la scolarisation (fermeture d’écoles, manque de moyens, cultures sans aucune considération pour l’instruction des filles) est un facteur de risque bien plus direct : lorsqu’une adolescente quitte l’école, la probabilité qu’elle soit mariée augmente drastiquement, indépendamment de la météo.
Le Parisien illustre le titre de son article « « Elle n’avait que 12 ans » : le dérèglement climatique, nouvel accélérateur des mariages d’enfants » par ce témoignage :
« Orthi raconte [le mariage], foudroyant, d’une amie « qui n’avait que 12 ans ». Dans un abri anticyclonique, après le cyclone Amphan de 2020 , « des garçons tiraient sur son foulard ». Ils lui saisissaient aussi les mains, rapporte l’adolescente. Des habitants interviennent. Mais, de retour au village, rumeurs et commentaires infamants s’abattent sur la jeune fille et ses parents.
Dans notre village, il suffit parfois qu’une fille soit regardée d’un « mauvais œil » pour que les rumeurs se déchaînent », précise-t-elle. Quatre jours plus tard, sa famille la marie. »
Le très sérieux média voudrait donc nous faire très sérieusement croire que la scène s’étant déroulée dans un abri anticyclonique, la cause en serait « le dérèglement climatique ». Encore une fois la corrélation entre cause et conséquence, le fait d’ignorer la culture locale laisse pantois.
« Elle n’avait que 12 ans » : le dérèglement climatique, nouvel accélérateur des mariages d’enfants https://t.co/rMfsysSaXH
— Le Parisien (@le_Parisien) October 13, 2026
La diversité des réponses culturelles face aux crises
De plus sérieuses études anthropologiques démontrent, au contraire, que face à un même choc climatique (sécheresse, inondation), les comportements varient radicalement selon les régions :
Dans certaines communautés du Kenya, de l’Éthiopie, du Soudan ou du Pakistan, la dot est versée par la famille du marié, ce qui pousse à marier les filles plus tôt pour obtenir un apport financier immédiat. Les crises économiques, qu’elles soient générées par des événements climatiques ou pas, peuvent y accélérer les mariages précoces.
Dans d’autres cultures, c’est la famille de la mariée qui doit payer une dot importante. En période de crise, à l’inverse, ces familles retardent le mariage de leurs filles car elles n’ont pas les moyens de financer la cérémonie et la dot. On le retrouve dans certaines communautés de l’Inde et de l’Érythrée. Quant au Bangladesh, c’est encore un autre système puisque si la dot est à la charge de la famille de la mariée, une spécificité culturelle locale veut que son prix augmente avec l’âge de la fille. Et donc, en situation d’urgence climatique, les parents marient leur fille plus tôt pour payer une dot moins importante.
Sans compter, naturellement, tous les pays qui subissent de plein fouet des catastrophes climatiques sans pour autant offrir leur progéniture en mariage au plus offrant.
Le lien automatique « crise climatique = augmentation des mariages » ne peut donc en aucun cas être généralisé. C’est un mythe… un mythe bien commode.
Invisibiliser les défaillances locales ?
Enfin, il est légitime de se demander si blâmer le « changement climatique » — le plus souvent attribué aux émissions des pays industrialisés — ne sert pas de prétexte pour accuser une fois de plus ces derniers des maux d’un Sud souvent incapable de résoudre ses propres problèmes. N’est-ce pas là un moyen d’exonérer des autorités locales impuissantes à faire respecter l’interdiction du mariage des mineurs, à financer leurs systèmes éducatifs et à lutter contre les violences sexistes sur leur propre territoire ?
Comme si le mal, les défaillances, les incompétences, les coutumes délétères ou perverses étaient le fait d’entités ou de phénomènes extérieurs à la volonté humaine.
C’est bien le propre d’une époque marquée par la culture de la déresponsabilisation…
Audrey D’Aguanno
Photo d’illustration : Capture Le Parisien
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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