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Dîner vers 18 heures. C’est le conseil, d’une simplicité déconcertante, qu’un médecin a donné à Magdel van Vuuren, une Sud-Africaine qui passait ses nuits à fixer le plafond et prenait du poids. En quelques semaines, ses réveils nocturnes se sont espacés ; en quelques mois, les kilos superflus ont disparu. Son expérience rejoint un champ de recherche en plein essor : laisser plusieurs heures entre le dernier repas et le coucher permettrait à l’organisme de terminer sa digestion avant la nuit, avec des effets sur le sommeil, la glycémie ou le poids.
Un métabolisme réglé sur l’horloge biologique
Le métabolisme ne fonctionne pas au même rythme tout au long de la journée. Il est étroitement lié à l’horloge biologique, le rythme circadien. Le matin, le pancréas sécrète l’insuline plus efficacement, les cellules y sont plus sensibles et l’organisme dépense davantage d’énergie pour digérer. Autrement dit, le corps est mieux armé pour traiter les aliments en début de journée.
Les chercheurs comparent souvent l’organisme à une usine qui tourne le jour et ralentit la nuit. Un repas tardif revient à livrer une cargaison de matières premières à minuit, obligeant à rappeler les ouvriers et à relancer les machines. La régularité compte aussi : manger chaque jour à heure fixe aide l’horloge interne à optimiser la digestion.
Un sommeil de meilleure qualité
Une étude menée par l’université du Michigan a montré que les personnes qui mangeaient dans l’heure précédant le coucher avaient plus de 2 fois plus de risques de rester éveillées au moins 30 minutes pendant la nuit. À l’inverse, un dernier repas pris 4 à 6 heures avant le coucher était associé à une durée de sommeil plus favorable.
Une explication possible tient à la mélatonine, l’hormone du sommeil. En soirée, son augmentation prépare le corps au repos et réduit la sécrétion d’insuline, alors même que la digestion d’un repas en réclame. Dîner tôt évite au corps de mener ces 2 tâches contradictoires, et lui permet de consacrer la nuit à ses autres fonctions, comme la réparation des tissus ou la consolidation de la mémoire.
Moins de reflux et une meilleure glycémie
L’effet est aussi mécanique : s’allonger l’estomac plein favorise la remontée du contenu gastrique dans l’œsophage. Les études montrent que plus le dîner est proche du coucher, plus les symptômes de reflux sont marqués, et ils peuvent fragmenter le sommeil même sans brûlures d’estomac visibles.
Les personnes prédiabétiques ou atteintes de diabète de type 2 seraient parmi les premières bénéficiaires. Dans une étude comparant un dîner pris 4 heures avant le coucher à un dîner pris une heure avant, la glycémie était 8,3 % plus élevée chez ceux qui mangeaient tard. Chez des hommes prédiabétiques, concentrer les repas en début de journée a amélioré la sensibilité à l’insuline.
Un effet possible sur le poids
Le moment du repas jouerait aussi sur la gestion des graisses. Une petite étude contrôlée a montré que les personnes mangeant plus tôt brûlaient une plus grande part de graisses, sans dépenser plus de calories au total. Dans une autre étude de 14 semaines menée auprès d’adultes obèses, ceux qui prenaient l’essentiel de leurs repas en début de journée ont perdu davantage de poids et de graisse abdominale.
Certains chercheurs évoquent aussi un effet du jeûne nocturne sur la santé du cerveau, notamment via la production d’une protéine qui soutient la croissance des neurones. Ces travaux restent toutefois préliminaires.
Pas pour tout le monde
Un dîner plus tôt ne convient pas à tous. Les travailleurs de nuit, les femmes enceintes, les sportifs à l’entraînement intensif et les personnes ayant des antécédents de troubles du comportement alimentaire ont besoin d’une approche adaptée, et des fenêtres alimentaires trop rigides peuvent faire plus de mal que de bien. Pour le médecin américain Sunil Kumar, spécialiste de médecine de l’hygiène de vie, « un dîner plus tôt est un rythme, pas une règle » : il s’agit d’avancer le repas, pas de le supprimer.
Pour s’y mettre, mieux vaut calculer à partir de son heure de coucher plutôt que de l’horloge. Une personne qui se couche à 22 heures peut viser la fin du dîner vers 18 heures, quelqu’un qui se couche plus tard peut dîner plus tard. La régularité compte autant que l’heure elle-même, et un dîner tardif occasionnel n’annule pas les bénéfices.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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