Ressurgie brutalement dans l’actualité à la faveur des opérations américaines au Venezuela, la doctrine Monroe est l’un des piliers les plus anciens – et les plus ambigus – de la politique étrangère des États-Unis. Formulée au début du XIXe siècle, elle continue d’irriguer la vision stratégique de Washington, jusqu’à être explicitement revendiquée aujourd’hui par Donald Trump.
Une doctrine née en 1823 : « l’Amérique aux Américains »
La doctrine Monroe est énoncée le 2 décembre 1823 par le président James Monroe, dans son message annuel au Congrès. Les États-Unis sont alors une jeune nation, indépendante depuis moins d’un demi-siècle, entourée de puissances européennes encore très présentes sur le continent américain.
Le principe est simple et repose sur un pacte implicite. D’un côté, Washington affirme que les Amériques ne sont plus ouvertes à la colonisation européenne et que toute tentative d’ingérence des puissances du Vieux Continent sera considérée comme une menace directe pour la sécurité américaine. De l’autre, les États-Unis s’engagent à ne pas intervenir dans les affaires européennes.
Cette doctrine marque une rupture symbolique entre l’« Ancien Monde » et le « Nouveau Monde ». Elle accompagne la reconnaissance par Washington des jeunes républiques d’Amérique latine issues de la décolonisation espagnole et portugaise, et s’inscrit dans un contexte de rivalités avec l’Espagne, le Royaume-Uni et la Russie, alors présente jusqu’en Alaska.
De la neutralité proclamée à l’expansion assumée
À l’origine défensive, la doctrine Monroe va progressivement changer de nature. À partir de la fin du XIXe siècle, les États-Unis l’interprètent de manière de plus en plus extensive, jusqu’à lui donner un contenu impérial et interventionniste.
Entre les années 1890 et la Première Guerre mondiale, Washington multiplie les interventions militaires en Amérique centrale, dans les Caraïbes et en Amérique du Sud : Cuba, Porto Rico, Nicaragua, Haïti, République dominicaine, Honduras, Venezuela ou encore Panama. L’objectif est clair : sécuriser une zone considérée comme vitale sur les plans stratégique, commercial et maritime, et transformer la mer des Caraïbes en véritable mare nostrum américaine.
Cette période est aussi celle de la « diplomatie du dollar », par laquelle les États-Unis prennent le contrôle des finances de plusieurs États latino-américains. Des territoires sont annexés ou placés sous tutelle, comme Porto Rico, tandis que Cuba devient de facto un protectorat, avec la base de Guantánamo.
Le corollaire Roosevelt : les États-Unis, gendarme des Amériques
Le tournant idéologique est formalisé au début du XXe siècle par le président Theodore Roosevelt. Son « corollaire » à la doctrine Monroe affirme que les États-Unis se réservent le droit d’intervenir dans les affaires internes des pays d’Amérique latine en cas de désordre, de dette ou de menace pour leurs intérêts.
Cette vision choque les puissances européennes de l’époque, mais elle installe durablement l’idée que Washington est le garant – et l’arbitre – de l’ordre politique sur l’ensemble du continent américain.
La guerre froide : un outil contre le communisme
Au XXe siècle, la doctrine Monroe est réactivée dans le contexte de la guerre froide. Elle sert de justification idéologique aux interventions américaines contre les gouvernements ou mouvements perçus comme proches de l’URSS, notamment au Brésil, au Salvador, au Nicaragua, en République dominicaine ou à Grenade.
La révolution cubaine et l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro donnent une nouvelle actualité à cette doctrine. Lors de la crise des missiles de 1962, le président John Fitzgerald Kennedy invoque explicitement la doctrine Monroe pour s’opposer à l’installation d’armes soviétiques à Cuba.
Dans les années 1980, sous Ronald Reagan, elle inspire encore le soutien américain à des forces anti-communistes en Amérique centrale, au nom de la sécurité de l’hémisphère occidental.
XXIe siècle : entre renoncement affiché et retour brutal
En 2013, le secrétaire d’État John Kerry affirme que « l’ère de la doctrine Monroe est révolue ». Pourtant, derrière le discours de partenariat et de coopération, de nombreux analystes estiment que la logique d’influence américaine demeure intacte.
C’est surtout sous Donald Trump que la doctrine Monroe connaît un retour explicite. Dès son premier mandat, Trump et ses proches dénoncent les ambitions « impériales » de la Chine et de la Russie en Amérique latine. La doctrine est présentée comme un outil légitime pour empêcher toute puissance « non hémisphérique » de s’implanter durablement sur le continent américain.
Depuis son retour au pouvoir, cette référence est assumée sans détour. Elle est invoquée pour justifier des opérations militaires au Venezuela, la capture de Nicolás Maduro, mais aussi une vision plus large de l’hémisphère occidental comme sphère d’influence exclusive des États-Unis. Les déclarations de Trump sur le canal de Panama, le Canada ou encore le Mexique s’inscrivent dans cette logique de démonstration de force et de sidération stratégique.
Deux siècles après son énoncé, la doctrine Monroe n’a jamais disparu. Elle a changé de forme, de justification et de vocabulaire, mais elle continue de structurer la politique étrangère américaine dès lors qu’il s’agit des Amériques. Derrière le slogan « l’Amérique aux Américains » se dessine une réalité plus constante : la volonté des États-Unis de rester la puissance dominante de leur hémisphère, quitte à bousculer le droit international et la souveraineté des États voisins.
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4 réponses à “Doctrine Monroe : deux siècles d’une diplomatie américaine fondée sur la domination des Amériques”
Ce qui est curieux c’est que lorsque cette Doctrine Monroe est énoncée les Etats Unis n’ont absolument pas la puissance militaire dont ils disposent aujourd’hui. Ce n’étaient que des sauvageons.
À Raymond : pas plus sauvageons que les européens qui ont biieeen exterminé les peuples Amérindiens et sud-américains quelques décennies auparavant.
Moi je préfère Marylin à James Monroe😁
Pas des sauvageons: des cow boys ou la loi du plus fort sans foi ni loi a déjà structuré la société