Chypre, 51 ans après : l’occupation turque et le drame toujours ouvert des disparus

Depuis le 1er janvier 2026, la République de Chypre assure pour six mois la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne. Une ironie tragique pour ce petit État membre, dont plus d’un tiers du territoire demeure occupé illégalement par la Turquie depuis 1974. Une situation gelée depuis plus d’un demi-siècle, au cœur de l’Europe, dans un silence diplomatique assourdissant.

Une invasion militaire oubliée

L’été 1974 marque une rupture historique. En deux offensives successives, les 20 juillet et 14 août, l’armée turque envahit le nord de Chypre. Une opération menée en violation du droit international, des conventions de Genève et de la Charte des Nations unies. Les bombardements touchent des zones civiles, y compris des hôpitaux. Arrestations arbitraires, exécutions sommaires, tortures et viols sont largement documentés par des instances européennes.

Les conséquences humaines sont considérables. Environ 170 000 Chypriotes grecs sont contraints à l’exode vers le sud de l’île. Leurs maisons, terres et commerces sont saisis puis redistribués à des soldats turcs ou à des colons venus d’Anatolie. Aujourd’hui encore, près de 40 000 militaires turcs stationnent illégalement dans la zone occupée.

Avant 1974, le nord de Chypre était majoritairement grec et chrétien. L’invasion a profondément modifié la composition démographique de la région. Les autorités turques entravent toujours le retour des populations déplacées. Parallèlement, le patrimoine grec est détruit ou transformé, les toponymes helléniques remplacés par des noms turcs, dans une tentative assumée d’effacement civilisationnel.

Parmi les blessures les plus profondes : celle des disparus. 1 619 personnes ont été portées disparues lors de l’invasion. Majoritairement des civils, dont des femmes, des personnes âgées et des enfants. Cinquante ans plus tard, 754 d’entre eux demeurent introuvables, dont 16 mineurs.

Certains parents disposent pourtant d’informations laissant penser que leurs enfants auraient été adoptés par des familles turques. Dans un cas emblématique, une mère a localisé son fils à Ankara, mais les autorités turques refusent tout test ADN.

Un documentaire pour briser le silence

Le journaliste grec Nikos Aslanidis consacre un documentaire bouleversant à ces disparitions : Où sont-ils ?. Il y recueille les témoignages de familles brisées depuis un demi-siècle. On y découvre l’histoire de Vassos, qui a perdu sa mère, ses quatre sœurs et son neveu de six mois, retrouvés dans une fosse commune. Ou celle de Panagiotis, qui cherche encore ses parents et son frère.

Certaines découvertes donnent le vertige. Lors de fouilles autorisées exceptionnellement, les restes d’un nourrisson de six mois sont retrouvés, une balle dans le crâne, sa tétine à côté. Autant de preuves accablantes de crimes de guerre.

La Turquie refuse toute coopération réelle. Plus de 70 % des zones occupées sont déclarées « zones militaires », interdisant les recherches. Pourtant, il s’agit souvent de simples champs ou de routes. La Cour européenne des droits de l’homme a pourtant exigé à plusieurs reprises l’ouverture des archives militaires turques. Sans succès.

Plus grave encore : certains disparus auraient été transférés en Turquie. Treize d’entre eux ont été retrouvés des années plus tard dans des prisons turques, la plupart dans le coma, après avoir servi de cobayes à des expériences biochimiques selon plusieurs sources. Aucun État occidental n’a officiellement protesté.

Un journaliste interdit d’entrée en Turquie

Pour ses enquêtes, Nikos Aslanidis est désormais persona non grata en Turquie. Qualifié de « menace pour la sécurité nationale », il a été refoulé à la frontière en octobre dernier. Son crime : avoir documenté le génocide grec du Pont et les disparus chypriotes. La liberté de la presse y est aujourd’hui sévèrement restreinte, comme le confirment les classements internationaux.

Plus de cinquante ans après, l’Occident continue de détourner le regard. Malgré des dizaines de résolutions de l’ONU, les troupes turques restent. Les colons continuent d’affluer. Les familles, elles, attendent toujours.

Pour Nikos Aslanidis, l’enjeu dépasse Chypre : « La politique expansionniste d’Ankara menace tous ses voisins. L’Europe doit cesser sa lâcheté diplomatique. »

Le drame des disparus chypriotes reste l’une des plus grandes hontes humanitaires non résolues du continent européen.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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