Libération contre les catholiques, une obsession idéologique

Je me suis attablé au bar des Brisants, à la pointe de Lechiagat, là où le vent salé polit les visages et où les conversations, comme les marées, finissent toujours par revenir aux mêmes obsessions. Un autre buveur m’a tendu le journal Libération, avec ce sourire mi-lassé, mi-amusé de ceux qui savent déjà ce qu’ils vont y trouver. En feuilletant le quotidien, je suis tombé, une fois encore, sur une double page consacrée à la Famille missionnaire de Notre-Dame. Une obsession, il faut bien employer le mot, tant la régularité de ces mises en cause tient moins de l’enquête que de la fixation idéologique.

L’article, signé Pauline De Deus et publié le 19 janvier 2026, déroule un réquisitoire désormais classique. On y parle de contrôle psychologique, d’emprise, de recrutement agressif, de dérives sectaires, dans un vocabulaire calibré, interchangeable d’un dossier à l’autre. Tout y est, sauf la possibilité que des femmes et des hommes puissent choisir librement une vie religieuse exigeante, et s’y tenir durablement, sans être victimes ni aliénés.

Il se trouve que je connais un peu cette communauté. Un jour, dans un train entre Paris et Toulon, coincé comme un hareng en caque dans un wagon plein comme un œuf, j’ai fait la connaissance d’une jeune femme qui est devenue, quelques années plus tard, missionnaire. Son parcours ne correspond en rien au schéma décrit par Libération. Après un long itinéraire personnel, jalonné de doutes, de discernement et de retours en arrière, elle a frappé à la porte de Notre-Dame des Neiges. Elle s’est entendu dire qu’elle n’était pas prête, qu’elle devait d’abord réussir sa vie civile, mondaine, professionnelle, afin de revenir, si elle le souhaitait encore, sans regret et en pleine conscience. Ce n’est qu’après un ou deux ans, ayant mené à bien ce que l’on appelle une vie réussie selon les critères contemporains, qu’elle est revenue et a choisi la vie religieuse. Non comme un refuge ou un moins-disant, mais comme un surcroît d’exigence.

Durant son noviciat, je lui ai rendu visite à plusieurs reprises à Saint-Pierre-de-Colombier. J’ai partagé la table des religieuses. Je garde le souvenir de jeunes femmes radieuses, drôles, étonnamment libres dans leur austérité même. Depuis, elle a rejoint d’autres maisons que la maison mère. À aucun moment, dans ce que j’ai vu, entendu, observé, les accusations récurrentes portées par certains anciens membres ne se sont confirmées. Certains usages, comme l’existence d’une adresse électronique commune à la communauté, sont réels. Ils relèvent de la logique élémentaire de la vie collective et ne constituent pas en soi une preuve d’emprise, sauf à considérer que toute règle communautaire serait, par nature, suspecte.

Il serait malhonnête de nier que des personnalités fragiles puissent être attirées par des communautés jeunes, dynamiques et visibles. La vie religieuse, surtout lorsqu’elle est missionnaire et dépend presque exclusivement de l’extérieur pour survivre, n’a rien d’une sinécure. Elle suppose une robustesse intérieure, une capacité à vivre sans confort, sans intimité permanente, dans une obéissance consentie. Ceux qui s’y trompent peuvent souffrir, partir, parfois avec amertume. De là à transformer chaque départ en preuve d’un système sectaire, il y a un pas que Libération franchit avec une constance qui confine à la méthode.

Cette agressivité médiatique n’est pas sans cause. Le véritable péché de la Famille missionnaire de Notre-Dame des Neiges n’est pas tant ce que le journal décrit que ce qu’il ne supporte pas, son succès. Une communauté jeune, fervente, missionnaire, qui attire des vocations et des pèlerins, constitue une provocation pour un milieu militant habitué à voir le catholicisme se dissoudre dans l’indifférence ou se réduire à une repentance permanente. Le projet de construction d’une église, pourtant légalement autorisé, a cristallisé cette hostilité. Des mobilisations violentes ont été organisées pour bloquer le chantier. Le préfet, incapable de garantir la protection du site vingt-quatre heures sur vingt-quatre, a laissé la situation s’enliser. Les missionnaires, fidèles à leur vocation, ont refusé le combat médiatique et politique. Ils s’en sont remis à la Providence, qui prend parfois son temps, surtout lorsque la hiérarchie ecclésiastique locale regarde ailleurs, peu désireuse de soutenir une communauté jugée trop conservatrice.

Ce cas s’inscrit dans un climat plus large de violence, souvent diffuse, parfois ouverte, exercée contre les catholiques par des groupes et des milieux se réclamant de la gauche radicale. L’attaque de la procession catholique du 29 mai 2021 à Paris en est une illustration brutale. Des fidèles rendant hommage aux ecclésiastiques tués lors de la Commune furent insultés, caillassés, physiquement agressés par des groupes se réclamant explicitement de la mouvance Antifa. Les slogans proférés, les symboles arborés, la violence exercée ne laissaient guère de doute sur la nature idéologique de l’agression. Pourtant, l’événement fut rapidement relativisé, dilué dans une lecture politique de la mémoire de 1871, comme si la violence contre des catholiques devenait acceptable dès lors qu’elle se réclamait de l’antifascisme.

À cette violence ponctuelle s’ajoute une pression constante, faite de campagnes médiatiques, de mobilisations locales et d’entraves administratives. Le projet d’école hors contrat porté par une communauté catholique sédévacantiste près de Nantes, à Abbaretz, en fournit un exemple éclairant. Des manifestations rassemblant plusieurs centaines de personnes ont dénoncé un projet pourtant légal, au nom d’une conception idéologique de la République où certaines convictions religieuses seraient devenues illégitimes. Là encore, il ne s’agissait pas de combattre un délit, mais une existence jugée inacceptable.

Libération joue, dans ce dispositif, un rôle central. Depuis près d’une décennie, le journal multiplie les articles associant catholicisme et dérives autoritaires, obéissance pathologique ou violence systémique. Les abus sexuels, qui exigent justice et réparation, servent de matrice à une mise en accusation globale de l’institution. Les actes antichrétiens, pourtant en augmentation constante selon plusieurs rapports européens, sont quant à eux minimisés, relativisés ou dissous dans une statistique générale de vandalisme.

Cette asymétrie révèle une logique idéologique profonde. La gauche médiatique française a renoncé depuis longtemps à toute critique frontale de l’islam, prisonnière de ses propres contradictions. Toute dénonciation serait aussitôt disqualifiée comme islamophobe. Le catholicisme devient alors un substitut commode, un exutoire où se rejoue l’anticléricalisme ancien, débarrassé de tout risque politique. On peut frapper sans danger. On peut accuser sans s’exposer.

Ce déplacement explique aussi le ton obsessionnel employé contre certaines communautés. La Famille missionnaire de Notre Dame paie moins pour ce qu’elle fait que pour ce qu’elle est. Une communauté visible, enracinée, missionnaire, qui contredit le récit d’une modernité où la foi devrait soit disparaître, soit se rendre inoffensive. La vie religieuse, surtout lorsqu’elle est exigeante, ne peut être comprise par un univers mental qui ne tolère plus que des engagements liquides, réversibles, sans sacrifice.

Ce que révèle cette décennie de tensions n’est pas la montée d’un catholicisme oppressif, mais l’incapacité croissante de la gauche française à accepter l’existence d’un fait religieux non conforme à ses normes. Les attaques, qu’elles soient physiques, médiatiques ou politiques, dessinent un paysage inquiétant, celui d’une intolérance qui ne dit pas son nom, car elle se pare des vertus de la morale progressiste.

Ce combat est pourtant perdu d’avance. Les marxistes tardifs, les antifas subventionnés et les éditorialistes de Libération n’ont plus rien à offrir sur le plan spirituel. Ils peuvent dénoncer, soupçonner, bloquer, salir. Ils ne peuvent pas donner sens. Or une génération monte, silencieuse, qui aspire à autre chose qu’à la déconstruction permanente. Une génération qui cherche des racines, une verticalité, un horizon qui dépasse l’instant. Le renouveau religieux en France, discret mais réel, s’inscrit dans cette quête. La Famille missionnaire de Notre-Dame, comme d’autres instituts, en est une incarnation parmi d’autres.

Dans la longue durée, l’histoire tranche toujours. Entre ceux qui ne savent plus que détruire et ceux qui persistent à lever les yeux vers le ciel, le verdict finit par tomber, lentement, inexorablement.

Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
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[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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