Un nouvel appel vient d’être lancé par le European Centre for Law and Justice (ECLJ), organisation internationale engagée dans la défense des libertés fondamentales. Après avoir publié des rapports consacrés au Maroc et à la Turquie, l’ECLJ prépare désormais un rapport approfondi sur les atteintes à la liberté religieuse en Algérie, et appelle les chrétiens algériens à témoigner.
L’objectif est clair : établir, à partir de récits directs et vérifiés, la réalité vécue par les chrétiens dans le pays, qu’ils y résident encore ou qu’ils aient été contraints de s’exiler.
Témoigner, même anonymement
Dans son appel, l’ECLJ insiste sur la dimension strictement confidentielle de la démarche. Les témoignages peuvent être transmis de manière anonyme, et aucune information ne sera rendue publique sans l’accord explicite des personnes concernées.
L’organisation cherche notamment à documenter des situations de :
– poursuites judiciaires ou condamnations pénales pour motifs religieux,
– fermetures administratives de lieux de culte,
– pressions sociales, familiales ou professionnelles,
– discriminations, menaces ou harcèlement,
– persécutions spécifiques à l’encontre de chrétiens convertis de l’islam.
Selon l’ECLJ, ces éléments sont indispensables pour mesurer l’ampleur réelle de la répression et sortir d’une vision strictement officielle de la situation religieuse en Algérie.
Une situation jugée « de plus en plus alarmante »
L’appel s’appuie sur un constat dressé par l’organisation elle-même : la dégradation continue de la situation des chrétiens algériens. À ce jour, la totalité des 47 églises liées à l’Église Protestante d’Algérie (EPA) seraient fermées, souvent par décision administrative.
L’État algérien ne reconnaît pas officiellement les associations religieuses chrétiennes ni leurs lieux de culte, plaçant de facto leurs activités dans une zone juridique précaire. Des chrétiens sont poursuivis pour s’être réunis pour prier ou pour avoir été accusés d’« ébranler la foi d’un musulman », une infraction régulièrement invoquée dans les dossiers judiciaires.
La répression toucherait de manière disproportionnée les chrétiens kabyles, souvent perçus par les autorités comme des apostats de l’islam ou comme des figures de défi politique et identitaire.
Cet appel intervient dans un contexte particulier. Selon l’ECLJ, l’Algérie pourrait être l’une des destinations du prochain voyage du pape Léon XIV, envisagé à la fin du mois de mars, après le Ramadan. Une telle visite, si elle se confirmait, serait présentée comme historique et hautement symbolique.
Pour l’organisation, ce déplacement potentiel renforcerait l’urgence de porter la situation des chrétiens algériens sur la scène internationale, au moment même où le pays chercherait à soigner son image extérieure.
L’ECLJ affirme agir depuis plusieurs années sur ce dossier. Son travail s’est notamment déployé :
– auprès des Nations unies, à travers l’organisation d’événements consacrés aux persécutions religieuses en Algérie,
– par la défense juridique de personnes poursuivies pour leurs convictions religieuses, dont l’islamologue algérien Saïd Djabelkhir.
Selon l’organisation, les témoignages recueillis permettent de donner un visage humain aux violations, de nourrir les démarches auprès des institutions internationales et, potentiellement, de protéger d’autres chrétiens exposés à des poursuites similaires.
L’ECLJ invite enfin toute personne concernée, directement ou indirectement, à relayer cet appel. Dans un pays où la parole publique sur la foi chrétienne reste étroitement surveillée, chaque témoignage est présenté comme une pièce essentielle pour documenter une situation largement ignorée ou minimisée (contact sur [email protected])
Pour l’organisation, il s’agit désormais de briser l’isolement des chrétiens d’Algérie et d’empêcher que leur sort ne demeure relégué dans l’angle mort des relations diplomatiques.
Photo : Pixabay (cc)
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Une réponse à “Algérie : un appel à témoignages pour documenter la répression visant les chrétiens”
La situation des chrétiens kabyles en Algérie ne peut pas être comprise sans revenir à l’histoire coloniale française et à la manière dont l’identité algérienne a été construite après l’indépendance. La colonisation française a profondément bouleversé les équilibres sociaux et culturels du pays. Elle a mis en avant une identité arabo-musulmane présentée comme homogène, plus facile à contrôler politiquement, au détriment des réalités historiques et culturelles beaucoup plus complexes de l’Algérie.
Toute l’histoire officielle a été bâtie sur des omissions et des mensonges : la Numidie est effacée, Massinissa, Jugurtha, Juba, Dihya sont marginalisés, comme si l’Algérie n’avait commencé qu’avec l’arrivée des Arabes et de l’islam. Les Amazighs sont relégués au rang de folklore, alors qu’ils sont les habitants originels de cette terre. De la même manière, on oublie volontairement que des communautés juives existaient en Algérie bien avant l’arrivée des Arabes.
Aujourd’hui, les chrétiens kabyles paient le prix de cette construction idéologique. Ils sont perçus comme une anomalie, voire comme une menace, non pas pour ce qu’ils font, mais pour ce qu’ils représentent : une identité amazighe vivante, libre, qui refuse l’uniformisation imposée. Cette situation n’est pas un hasard, elle est le résultat direct des fractures semées par la colonisation française et aggravées par les politiques post-indépendance.
Malgré tout, les Kabyles restent l’un des rares peuples de la région à avoir préservé leur langue, leur culture et leur identité à travers les siècles. Et peu importe l’avis ou le jugement des autres : cette résistance culturelle et identitaire est une réalité, et elle ne disparaîtra pas.