Voici un nouvel extrait de La Légende de la mort en Basse-Bretagne, recueillie par Anatole Le Braz, pour accompagner jour après jour les lecteurs de Breizh-info.
CHAPITRE IV
Cimetières et Charniers
Autrefois, il y avait des charniers dans tous les cimetières bretons. Il en reste encore quelques-uns, mais dont on ne prend plus soin[131]. On y laisse les « reliques » (ar relegou) moisir en tas, pêle-mêle. Il y a seulement une trentaine d’années, les choses n’allaient pas de la sorte. En ce temps-là, quand on exhumait un squelette, on rangeait les os les uns sur les autres, en bon ordre, et l’on plaçait la tête dans une boîte à laquelle on donnait tantôt la forme d’un cercueil, tantôt celle d’une chapelle. Les murs des charniers étaient garnis de ces petites boîtes, peintes de diverses couleurs, en noir, si le défunt était d’âge mûr ; en blanc, si c’était un enfant ; en bleu, si c’était une jeune fille. Sur chacune se lisait l’inscription funéraire : Ci-gît le chef de… suivie du nom du trépassé.
Le soir de la Toussaint, après les « vêpres de l’Anaon », avait lieu la « procession du charnier. » Par les sentiers, entre les tombes, la foule se dirigeait vers l’ossuaire, clergé en tête.[132] Un prêtre entonnait l’hymne lugubre :
(Allons au charnier, chrétiens !…)
La lueur vacillante de quelque torche éclairait par intervalles l’intérieur de l’ossuaire. Par les ouvertures en forme de cœur dont étaient percées toutes les boîtes, il semblait que l’on vît grimacer la bouche triste des morts.
« On disait, de mon temps, que, durant cette nuit-là, les bouches sans lèvres des trépassés recouvraient la parole, et qu’on entendait deviser entre elles les têtes de mort des ossuaires.
— Qui es-tu ? demandait une des têtes à sa voisine.
La conversation s’engageait, et, peu à peu, devenait générale.
Un vivant à qui il eût été donné d’y assister aurait été renseigné en une seule nuit sur tout ce qui se passe de l’autre côté de la mort.
En outre, il aurait entendu nommer tous ceux qui devaient mourir dans l’année. »
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.