L’Escadron bleu, 1945, la bande dessinée qui révèle les exactions des soviétiques en 1945.

Mai 1945. Traversant l’est de l’Europe, au péril de leur vie, les femmes de l’Escadron bleu de la croix rouge ont rapatrié des soldats Français blessés ou prisonniers des soviétiques. Une superbe bande dessinée décrit leur parcours héroïque, sans dissimuler les exactions commises par les troupes communistes.

Madeleine Pauliac, médecin pédiatre à l’Hôpital des enfants malades à Paris, s’engage à l’âge de 31 ans dans la Résistance. En avril 1945, devenue médecin-lieutenant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), elle est envoyée par le général de Gaulle à Moscou. Elle y est reçue par le général Catroux, ambassadeur de la France Libre, qui lui révèle sa mission :  rapatrier les Français blessés qui errent encore en Pologne ou sont retenus prisonniers par Staline. Cette mission est délicate car les Russes veulent éliminer le gouvernement polonais en exil pour le remplacer par des communistes.

Le 2 mai 1945, Madeleine Pauliac est à Varsovie. Elle est alors nommée médecin-chef de l’hôpital français de Varsovie et déléguée de la Croix-Rouge française en Pologne pour la mission de rapatriement sanitaire. Pour conduire cinq ambulances offertes par les Anglais, elle forme des binômes composés d’une conductrice et d’une infirmière. Mais les Russes vont entraver la mission des jeunes femmes. Ils considèrent comme des ennemis les Français d’Alsace Lorraine, surnommés les « Malgré-nous », qui ont été contraints de combattre aux côtés des Allemands contre les Soviétiques. Madeleine Pauliac fait tout pour leur venir en aide, allant même jusqu’à Tambov, camp d’internement soviétique situé à 400 kilomètres au sud-est de Moscou. Elle use alors de tous les stratagèmes pour rapatrier ces français que Staline voulait garder dans ses camps. Madeleine découvre également les viols de religieuses par les Russes. Face au traumatisme de certaines de ces femmes enceintes, Madeleine propose la création d’un orphelinat.

En novembre 1945, l’escadron est dissous après avoir accompli plus de 200 missions sur 40 000 km de routes. C’est un succès : 1451 blessés ou prisonniers ont été pris en charge. Mais les jeunes femmes doivent se résigner à se séparer. L’histoire n’est pas finie car Madeleine retourne en Pologne le 28 janvier 1946 pour continuer son œuvre. Elle décède dans un mystérieux accident de voiture. Nombreux sont ceux qui pensent qu’elle a été assassinée avec le diplomate qui l’accompagnait et qui gênait les Soviétiques…

Après les aventures de la résistante communiste Madeleine Riffaud, la prestigieuse collection « Aire Libre » des éditions Dupuis accueille une autre Madeleine, l’officier médecin Pauliac, qui découvrit au lendemain de la guerre les travers du communisme.

Virginie Ollagnier, née à Lyon en 1970, après une formation en communication écrite et en ergonomie, elle écrit des romans (Toutes ces vies qu’on abandonne, Ils ont tué Oppenheimer…) et des scenarios de bande dessinée (Kia Ora, Nellie Bly Dans l’antre de la folie).

Dans l’album L’Escadron bleu, elle s’inspire de « Madeleine Pauliac, l’insoumise », récit de Philippe Maynial sorti en 2017 qui retrace l’engagement de sa tante. Ce récit a également donné lieu au film « Les innocentes » d’Anne Fontaine. Ce film retrace l’histoire d’une jeune femme médecin de la Croix Rouge qui, en 1945, vient en aide à des religieuses polonaises qui ont été violées pendant plusieurs jours par des soldats de l’Armée rouge. Cette femme, dans le film, s’appelle Madeleine Beaulieu. Puis a été diffusé le documentaire « Les filles de l’Escadron bleu » d’Emmanuelle Nobécourt.

Virginie Ollagnier décrit chronologiquement le parcours de L’Escadron bleu, n’inventant que les dialogues. Durant l’Occupation, Madeleine Pauliac (1912-1946) met ses compétences de médecin hospitalier au service de la Résistance. A la Libération, le général de Gaulle la convoque pour lui confier une mission sanitaire dans le cadre du rapatriement des 500.000 français qui se trouvent encore dans la zone conquise par l’Armée rouge. Pendant trois mois et demi, Madeleine Pauliac accomplit à travers la Pologne et l’Union soviétique plus de deux cents expéditions. Elle se rend au camp nazi de Majdanek, où son rapport tente de reconstituer le système d’extermination. Puis elle découvre les viols commis par les soldats soviétiques. Sa mission est un succès. Elle rapatrie même cinq soldats français, des Malgré-nous, du camp soviétique de Tambov.

Virginie Ollagnier décrit le contexte géopolitique de l’immédiate après-guerre, période assez peu connue. Elle révèle les nombreuses exactions, particulièrement les viols, commis par les soldats russes en Pologne. Le récit se focalise sur le travail de Madeleine Pauliac : chercher, soigner, rapatrier des prisonniers français dans une Allemagne vaincue. Chef charismatique, son caractère est à la hauteur de sa grandeur d’âme. On découvre l’intimité de ces jeunes femmes courageuses habitées par le désir de venir en aide à tous leurs compatriotes qui ne sont pas encore revenus chez eux. Les touches de drôlerie rappellent la vitalité et la complicité de ces jeunes femmes.

L’autre intérêt de cette longue bande dessinée (131 planches), c’est de s’interroger sur la cause de la mort de Madeleine Pauliac, dans un accident de voiture alors que sa mission se terminait. Le 13 février 1946, le colonel Georges Sazy se rend de Paris à Varsovie avec Madeleine Pauliac dans une voiture de l’Ambassade conduite par un chauffeur. Dans un virage sur une route verglacée, à une soixantaine de kilomètres à l’ouest de Varsovie, le véhicule, selon les versions, percute un arbre ou saute sur une mine. Madeleine Pauliac et Georges Sazy sont tués sur le coup, le chauffeur étant grièvement blessé.

Le dessinateur Yan Le Pon a commencé à travailler dans l’animation et les jeux-vidéos. Puis il réalise « La nuit des Perséides », « Gold of the dead » et collabore à des albums sur des villes (Le Havre, Histoires de Lyon).

Grâce à la finesse de son trait expressif, sans doute résultant de son passé dans l’animation, les personnages sont parfaitement identifiables. Le découpage dynamique alterne plans généraux et gros plans. Pour reconstituer Varsovie en ruine, il s’est inspiré des photos de l’époque. La forme des bulles évolue selon l’intonation, traduisant la tension ou, au contraire, la légèreté de certains échanges.

La colorisation d’Anne-Claire Thibault-Jouvray s’adapte parfaitement au dessin en respectant le ton du récit. On s’attache réellement à ces jeunes filles de l’Escadron bleu, appelé ainsi en raison de la couleur des uniformes offerts par l’armée américaine.

Un dossier documentaire complète cet album avec des photos des jeunes femmes, un résumé de leur histoire, des cartes et des extraits de journaux.

L’Escadron bleu 1945, 152 pages, 25 euros, Editions Dupuis.

Kristol Séhec.

Illustrations : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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