La série documentaire « La Chine, rêves et cauchemars » (Karim Miské, Ilana Navaro, 2023) propose une fresque en trois épisodes, disponible en rediffusion jusqu’au 14 juillet 2026, qui retrace un siècle et demi de convulsions politiques, de guerres, de révolutions et de réinventions. L’ambition annoncée est claire : revenir sur 150 ans d’histoire souvent mal connue en Occident, en s’appuyant sur des images d’archives et des interventions d’historiens internationaux, pour expliquer comment l’Empire du Milieu a reconquis, étape après étape, un statut de puissance mondiale.
Le fil directeur est celui d’une civilisation qui, pendant des siècles, s’est pensée comme le centre du monde, avant d’être contrainte, au XIXe siècle, de regarder en face la violence du choc avec les puissances étrangères. Plutôt que de se contenter d’un récit linéaire, la série insiste sur une idée : la Chine ne s’est pas “occidentalisée” au sens simple du terme, elle a absorbé des influences venues de multiples horizons — du Japon à la Russie, de l’Allemagne aux États-Unis — puis les a digérées, transformées et réutilisées dans un projet propre.
Épisode 1 – “La Chute” (1853-1906) : survivre sans se renier
Le premier volet plante le décor : une Chine attaquée, fragilisée, au bord du gouffre, qui comprend qu’elle doit “se réinventer ou périr”. La narration fait vivre un demi-siècle d’ondes de choc où se croisent chefs rebelles, mandarins, femmes de pouvoir, et où s’entrechoquent des idéaux parfois contradictoires. Le documentaire souligne un point essentiel : les idées nouvelles ne sont pas importées mécaniquement, elles se mélangent à des références chinoises plus anciennes, tout en empruntant aussi, selon les moments, au christianisme, au nationalisme ou au féminisme.
Le cœur de l’épisode est cette tension constante : moderniser l’État et la société pour résister, sans “perdre son âme”. C’est le moment où se met en place, dans la douleur, la grande question qui hantera toute la suite : quel modèle choisir, et à quel prix ?
Épisode 2 – “La Guerre des Chines” (1907-1965) : le moment de vérité
Le deuxième épisode se présente comme un carrefour décisif. La Chine, convoitée par les Occidentaux et agressée par les Japonais, est poussée à trancher entre des chemins multiples : démocratie libérale, tentations autoritaires, émancipation féminine contrariée, communisme d’inspiration soviétique. La série centre alors le récit sur une lutte à mort entre deux forces rivales, au nom d’un héritage disputé : celui de Sun Yat-sen.
D’un côté, le communisme guidé par Mao Zedong ; de l’autre, le camp nationaliste de Tchang Kaï-chek. La série présente cette confrontation comme une bataille qui ne décide pas seulement d’un régime, mais de la forme même que prendra la Chine moderne, de son rapport à la nation, à la discipline politique, à la mobilisation des masses, et à la souveraineté face à l’étranger.
Épisode 3 – “Made in China” (1966-2021/2022) : de l’idéologie à la mondialisation
Le troisième volet raconte le redressement et la projection extérieure. Il commence avec la Révolution culturelle, moment où la Chine devient, “pour la première fois”, un modèle exportable, notamment via son idéologie et la diffusion du Petit Livre rouge, qui séduit aussi une partie de l’Occident. Puis le récit glisse vers l’autre bascule : l’entrée dans la mondialisation, symbolisée par l’arrivée à l’OMC, et la montée en puissance économique.
Ce dernier épisode met en scène des trajectoires variées — militants maoïstes hors de Chine, femmes politiques, cadres du parti, entrepreneurs, figures contestataires — pour montrer comment des voies multiples finissent, selon le propos de la série, par être “absorbées” dans une reconstruction nationale. L’idée centrale est celle d’une formule hybride : une voie propre, entre capitalisme de marché et socialisme à la chinoise, qui contribue à replacer la Chine au centre du jeu mondial.
Une fresque qui éclaire le présent
Sans prétendre résumer deux siècles en quelques slogans, la série insiste sur un constat : la Chine contemporaine ne sort pas de nulle part. Elle est le produit d’un long enchaînement de crises et de réponses, de blessures et de reconstructions, où la question de la souveraineté, de l’unité et du modèle social est permanente. En replaçant l’Occident non pas comme “auteur” de la modernité chinoise, mais comme l’un des facteurs d’un choc initial, le documentaire revendique un regard qui bouscule des habitudes.
La série « La Chine, rêves et cauchemars », signée par Karim Miské et Ilana Navaro, avec l’historien Pierre Singaravélou et la documentariste Ilana Navaro mentionnés dans la présentation, se veut ainsi un outil pour comprendre la Chine d’aujourd’hui à partir des fractures d’hier : une trajectoire où l’effondrement, la guerre civile, la révolution, l’export idéologique et l’intégration à la mondialisation s’enchaînent, jusqu’à faire émerger une puissance redevenue centrale dans la géopolitique mondiale.
Crédit photo : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.