Entre Belle Époque finissante et crépuscule contemporain, Gothic Olympus, livre édité par Arktos (uniquement en anglais pour le moment) propose une fresque mythopoétique où se mêlent occultisme, héroïsme spirituel et critique radicale de la modernité.
Son auteur, Christian Chensvold, y suit le destin de Julien Stanwyck, jeune Américain propulsé des brumes new-yorkaises aux cabarets européens et aux ruines d’un château ancestral, dans une quête alchimique visant à réveiller les dieux anciens face à ce qu’il décrit comme l’assaut du monde moderne. Entre Julius Evola, décadence fin-de-siècle et imaginaire épique, ce roman ambitionne d’offrir bien plus qu’un récit fantastique : une invitation à ce que l’auteur nomme une « spiritualité héroïque » au cœur du déclin occidental.
Nous avons interviewé l’auteur, en Anglais, traduction par nos soins ensuite.
Breizh-info.com : Gothic Olympus mêle la décadence de la Belle Époque à une « dystopie » contemporaine. Quelle expérience personnelle ou observation vous a donné envie de relier ces deux époques dans un seul arc mythopoétique ?
Christian Chensvold : J’ai beaucoup appris sur le processus créatif en écrivant ce livre, mais au final, j’ai du mal à l’expliquer. La conscience semble être quelque chose auquel nous avons accès, et l’inspiration est quelque chose que nous recevons plutôt que nous créons en nous-mêmes. L’idée m’est venue un après-midi dans la forêt, comme un moyen de « prendre ma revanche » sur le monde moderne en écrivant une version alternative de l’histoire dans laquelle la Belle Époque n’aurait jamais pris fin, avec un « super-héros » occulte qui devrait modifier le cours du temps et du destin pour y parvenir. J’ai grandi en regardant le film Superman de 1978, dans lequel il vole autour du monde pour remonter le temps. Je me suis immédiatement mis au travail, ayant décidé que je devais entreprendre ce projet, même si je n’avais qu’une vague idée. J’ai alors utilisé ma volonté pour commencer à écrire et mon imagination pour sculpter les possibilités du personnage et de l’histoire. Je remercie Eliphas Levi pour son travail qui m’a permis de comprendre ces trois facultés divines de l’homme : la raison, la volonté et l’imagination, et comment elles fonctionnent ensemble au service de la création.
Breizh-info.com : Le voyage de Julien Stanwyck commence à New York et se poursuit dans l’Europe fin de siècle. Pourquoi avez-vous choisi cette trajectoire transatlantique, et que symbolise chaque décor dans la géographie spirituelle du roman ?
Christian Chensvold : Lorsque j’ai commencé à travailler, j’ai pensé que l’histoire devait avoir un héros américain, puisque c’est la réalité dans laquelle j’ai grandi, mais qu’elle devait se dérouler dans la patrie ancestrale, l’Europe. Je suis à parts égales anglais, norvégien et suisse de Lausanne, ce qui semble être la partie que j’ai le plus héritée à travers les divers mystères du sang. J’aborde également dans le livre l’idée d’une race gothique, que je considère comme une sorte de race spirituelle qui s’est exprimée de diverses manières au cours des mille dernières années, de la période médiévale à l’art et à la littérature gothiques de la période romantique du XIXe siècle, jusqu’aux expressions actuelles à la fin du cycle, dans ce livre même.
Breizh-info.com : Le livre présente la modernité comme une « attaque » du collectivisme et de la tyrannie. Comment avez-vous abordé la transformation d’un diagnostic polémique en tension narrative sans sacrifier l’ambiguïté et la complexité des personnages ?
Christian Chensvold : L’élément polémique — qui est la pertinence du livre par rapport à la crise de 2026 — a été intégré dans l’intrigue, et les personnages discutent de la situation à différents moments de l’histoire. Comme le livre fonctionne comme une allégorie de notre situation actuelle et de la manière dont nous en sommes arrivés là, j’ai utilisé une approche uchronique pour présenter d’un seul coup toute l’offensive de la modernité du XXe siècle. Et il est étonnant de voir à quel point elle avait été prédite par les auteurs décadents de la fin de siècle.
Breizh-info.com : La transformation de Julien est décrite comme « alchimique ». Quelles traditions (hermétisme, initiation rituelle, astrologie, mysticisme chrétien, mythologie païenne, etc.) ont le plus influencé les étapes de sa métamorphose ?
Christian Chensvold : Mon précédent livre, Dark Stars, décrit un cheminement qui mène de la connaissance à la transformation, puis de la transformation aux pouvoirs actifs. Je ne veux pas en dévoiler trop ici. Considérez que tous les chemins que vous mentionnez, et bien d’autres encore, sont comme les différents pétales d’une même fleur de science sacrée. Je dirai simplement que les principales doctrines explorées dans le livre sont l’Ars Regia, la spiritualité héroïque et la théurgie. Je me suis inspiré de mon expérience directe de la dimension numinale de la conscience, guidé par la sagesse de Julius Evola et le renouveau occulte français du XIXe siècle.
Breizh-info.com : Vous intégrez la révolte de Julius Evola contre le monde moderne dans le steampunk, le dark fantasy et la décadence. Quels étaient les plus grands risques liés au mélange de ces registres, et comment avez-vous évité que le ton ne devienne pastiche ?
Christian Chensvold : Je pense que la meilleure réponse à cette question est le concept même de décadence, tel que l’ont exprimé les décadents de 1880-1900, en se référant à la Rome antique, et tel que l’ont examiné les chercheurs du XXe siècle. La décadence en tant que style et sensibilité se caractérise par le fait qu’elle se situe à la fin du cycle civilisationnel et juxtapose de manière sauvage les genres et les éléments. Huysmans en a posé les bases en 1884 dans À rebours. Ainsi, « mélanger ces registres » signifie simplement exprimer le concept même de décadence et le fait que nous nous trouvons à un stade très avancé de l’histoire des peuples européens.
Breizh-info.com : Le roman parle de « tourments infernaux » et de « fureur divine ». S’agit-il principalement de forces psychologiques chez Julien, de réalités métaphysiques dans l’univers du récit, ou délibérément des deux ?
Christian Chensvold : Dans l’ancienne tradition indo-aryenne, le processus de devenir dvija, ou « deux fois né », implique de mourir à sa personnalité terrestre inférieure et de « renaître » avec la conscience que le cœur de son être est constitué d’esprit. Josephin Peladan explique cela en détail dans son livre de 1892, Comment devenir mage. Il s’agit d’un processus long et douloureux qui comporte trois étapes principales, symbolisées dans la tradition alchimique. Julien traverse des tourments intérieurs sur son chemin vers l’immortalité conditionnée et partage la fureur divine des dieux pour le monde que l’homme s’est créé.
Breizh-info.com : Les « mystères du sexe » et l’élément « déesse pour épouse » suggèrent une dimension érotique initiatique. Qu’entendez-vous par initiation érotique ici, et comment l’avez-vous écrite de manière à servir les enjeux spirituels plutôt que la simple provocation ?
Christian Chensvold : Les énergies sexuelles en tant que voie initiatique étaient connues de toutes les grandes traditions anciennes, et Julius Evola les explique toutes dans son livre sur les mystères d’Éros. La « femme de l’esprit », la « dame secrète » et la « mariée occulte » figurent également dans la tradition de la spiritualité héroïque à travers la légende du Graal. C’est aussi quelque chose qui a germé en moi dès mes premiers souvenirs. Je voulais également rendre hommage à la position astrologique de Vénus en Scorpion, que j’ai personnellement et que j’ai donnée au personnage de Julien. Cette position est en détérioration et a agi inconsciemment en moi jusqu’à ce que le processus d’éveil commence il y a neuf ans. Depuis lors, j’ai compris comment cette énergie particulière dans mon thème natal a guidé et façonné ma conscience tout au long de ma vie. Pourquoi ? En dehors de l’espace et du temps, évidemment parce qu’un jour j’écrirais un livre dans lequel cette position de détérioration s’avère être le chemin vers l’illumination.
Breizh-info.com : L’épée d’Achille est un symbole saisissant : pourquoi Achille en particulier, et que représente cette arme dans la conquête de la mort par Julien : le courage, le destin, le style héroïque ou autre chose ?
Christian Chensvold : Achille est considéré comme le plus grand guerrier de l’Antiquité grecque, il était donc le choix logique pour la partie qui se déroule en Grèce. Nous le connaissons également grâce à l’interprétation de l’acteur Brad Pitt dans le film Troie. Pendant l’écriture de ce chapitre, j’ai passé beaucoup de temps seul dans la forêt avec mon épée d’entraînement, et j’ai vécu de nombreuses expériences dans la dimension spirituelle de la conscience avec l’archétype d’Achille.
C’est là que j’ai compris plus clairement que la grande bataille spirituelle se déroule au-dessus de nous dans la Grande Chaîne de l’Être, et non en dessous. Les gens se battent pour leurs chevaliers et leurs héros, qui à leur tour se battent pour le roi, qui se bat pour l’esprit et l’honneur de ses ancêtres, qui sont liés aux dieux, qui sont eux-mêmes des êtres dans l’esprit de l’Auteur suprême. L’épée, symbole de virilité spirituelle, remonte à mon enfance et à mes instincts les plus anciens
Breizh-info.com : Vous avez pratiqué l’escrime, étudié l’astrologie et vous êtes longtemps immergé dans la culture de la Belle Époque. Lequel de ces éléments a le plus influencé le livre (structure, imagerie, scènes de combat, cosmologie) et où les lecteurs peuvent-ils « voir » cette influence ?
Christian Chensvold : Ce que j’ai le plus apprécié dans ce livre, c’est d’avoir pu y intégrer une version très condensée de ma vie, faite de bien, de vérité et de beauté, mais aussi de ténèbres et de « fraîcheur ». On y trouve un peu de tout ce que j’ai découvert au cours de mon voyage terrestre.
Breizh-info.com : Si vous deviez citer le « réveil métaphysique » que vous espérez que le lecteur expérimente après avoir terminé Gothic Olympus, quel serait-il — et quel type de lecteur pensez-vous qui résistera le plus au livre ?
Christian Chensvold : Je crois que l’aspect le plus important du réveil à la réalité métaphysique que présente le livre est la notion de spiritualité héroïque. Cette notion m’a été inculquée dès l’âge de sept ans par le film Star Wars, dans lequel Luke Skywalker se sent appelé à apprendre les voies de la Force alors que plus personne n’y croit et que l’ordre des Jedi a presque disparu. Cette quête est intimement liée au sentiment d’avoir un destin personnel et de jouer un rôle dans le drame cosmique de l’Esprit de Dieu, au lieu d’être ce qu’on appelle aujourd’hui des PNJ (personnages non jouables). C’est ce que j’ai vécu pour atteindre un niveau de conscience qui m’a permis d’écrire un livre comme celui-ci, et c’est ce que vit Julien Stanwyck. À une époque tardive comme la nôtre, où la Tradition Primordiale est presque oubliée, vous devez partir à la recherche de l’Esprit par vous-même.
Quant au type de lecteur qui résistera à ce livre, ce sera un matérialiste convaincu qui n’a pas les qualités héroïques nécessaires pour aborder la dimension spirituelle de son propre être, ce qui nécessite de passer par le « dragon » ou l’ouroboros, où tout est possible et où tout rencontre son contraire. En d’autres termes, toutes les personnes dépourvues d’esprit, pour qui la vie physique sur terre — et tout ce qui se passe dans le moment présent — est la seule réalité.
Propos recueillis par YV
Photo d’illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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