29/09/2013 – 19h00 – Indre (Breizh-info.com) –Tous les deux ans depuis 2003, la ville d’Orléans organise dans la troisième semaine de septembre le Festival de Loire, qui est le plus grand rassemblement de batellerie fluviale en Europe. Dans la foulée de l’édition précédente, celle du 18 au 22 septembre 2013 a accueilli 650.000 festivaliers, 700 mariniers de diverses nationalités et plus de 200 bateaux. Le Festival de Loire se fait ainsi l’un des meilleurs symboles d’une ville qui a radicalement changé d’image en dix ans, sous la houlette de son maire actuel Serge Grouard, et de son équipe.

Le Festival de Loire, une prouesse bretonne
La fois dernière, seuls six bateaux bretons étaient venus, parmi les 150 que le bas niveau de la Loire et la difficulté d’accèder à Orléans n’ont pas rebuté – tous les bateaux qui ne viennent pas de Meung sur Loire, de Nevers, de l’Allier ou du Giennois rejoignent la ville… en camion – dont évidemment le bateau de l’organisateur du festival, qui est breton. Depuis 2003, Jeff Wagner est à la barre avec son entreprise, Événements Voiles Traditions qui s’occupe d’organisation d’événements maritimes et fluviaux, de transport de bateaux, de vente de produits spécifiques aux bateaux traditionnels et de restauration ou fabrication de vieux gréements. Pendant les cinq jours du festival, mais aussi des mois avant, c’est le rush. Pour reconnaitre et baliser le plan d’eau, sur 1 km  entre le pont Thinat et le pont Royal, sur les deux bras de Loire. Faire venir des bateaux – EVT se charge du transport aller-retour, et cela chiffre rapidement lorsqu’ils viennent de Pologne ou d’Italie – les gruter à Orléans, les ressortir après le festival, gérer l’animation, l’implantation des stands des mariniers et des commerçants… bref EVT peut être fière du travail accompli.
Le bateau de l’organisateur est reconnaissable à sa coque verte, décorée d’un liseré jaune, le Tin, long de 11 m hors tout. Ce canot « à tape-cul », avec une voile à l’arrière, est la réplique d’un bateau de servitude de 1802 du port de Quimper et avait été réalisé par les ateliers de l’Enfer, à Douarnenez, en 1992, à l’origine pour être l’annexe du « Corentin », réplique d’un lougre de la même époque. Dessus, on trouve Mikael, marin de métier et employé d’EVT. « Mon bateau habituel… il fait 47 mètres de long », nous déclare t-il. C’est l’Etoile du Roi, une frégate du XVIIIe siècle. C’est son premier festival de Loire. D’habitude, sur son navire, il accueille les personnes à bord pour les visites à quai, organise des sorties en mer, participe à des fêtes maritimes. Il a aussi amené un kayak de mer, bien pointu et en bois, qui se dore au soleil sur la petite grève sablonneuse devant l’écluse qui marque le début du canal d’Orléans.

Des bateaux de partout
En plus des alignements habituels de bateaux de Loire orléanais, nivernais, giennois, magdunois (Meung) ou de Touraine, le Festival de Loire est l’occasion de voir des bateaux de tous types et de toutes origines. Cette année, l’invité d’honneur, c’étaient les italiens de Cesenatico, sur l’Adriatique. Leurs bateaux, amarrés en une belle île chamarrée, dominée par des voiles triangulaires lie-de-vin et or, étaient situés tout près des bretons. Quartier de l’étranger. Lors de la dernière édition, c’étaient les hollandais qui étaient les invités d’honneur ; ils étaient à nouveau là cette année et leur stand préparait du hareng traditionnellement fumé dans une sorte de guérite. Il y avait aussi un moulin-bateau, plus proche d’une cabane posée sur une coque avec une roue à aube que d’un bateau d’ailleurs, mais qui avait la particularité de venir des rives de la Vistule (Pologne) qu’il participe à faire revivre.
Du côté de l’Hexagone, il y avait plusieurs bateaux traditionnels des marais audomarois (Saint-Omer, en Picardie). Notamment deux escutes, les meilleurs outils du maraîcher sur ces marais cultivés de 3700 ha, mais aussi un bacove,  un navire long de 9 m qui permet d’embarquer jusqu’à 3 tonnes 5 de choux-fleur, le « camion du maraîcher ». L’association qui les a amené, ainsi que, hors de l’eau, une périssoire en attente de restauration, se nomme Faubourgs et Marais Audomarois et c’est son second festival depuis 2011. Sous l’ombre de sa géante sortie lors des carnavals et autres ducasses, ses membres vendaient de délicieuses gaufres flamandes. Miam. Il y avait aussi une très belle réplique, bien verte, d’une barque de poste du Canal du Midi de 1818, et une belle gabare de Cognac, la Dame-Jeanne, dont la reconstruction a été financée par la communauté de communes locale.

A la recherche des Bretons du festival
La dernière fois en 2011, en plus du Tin, il y avait une yole de l’Odet, le C’hwitellig, le Saint-Jean, réplique d’un bachot de Basse-Loire dont le propriétaire nous était resté invisible, l’Avalig II, et hors de l’eau les deux bateaux du chantier Nénuphar de Plescop, animés par Cédric Pougis, un orléanais d’origine qui a quitté la cité johannique en 2007. Ils étaient tous de retour, et hors de l’eau face à l’école d’artillerie, en plus du Nuf Nuf I et du Nuf Nuf II se dressait la belle coque bleutée d’un troisième Nuf Nuf. Cette année, il y avait dix-neuf bateaux bretons, dont six étaient hors d’eau, à savoir les trois Nuf-Nuf, la yole et la plate de Grand-lieu et un kayak de mer.
Derrière l’imposante carrure de la Dame Jeanne, des hermines et l’étendard au Kroaz Du de Plouguernau signalent le bateau breton caché par l’imposante charentaise. Nous voici sur le Brioc, construit à Saint-Brieuc en 1999. C’est une réplique d’un de ces curragh sur lesquels les saints évangélistes irlandais venaient évangéliser la Bretagne et de là le reste de l’Europe. De 11 mètres de long par 2.50 de large, il est en bois et en peaux de vaches cousues (il en faut 60). Son capitaine s’appelle François Breton, il est sculpteur de métier. Travaillant sur une dune à Plouguernau, il lui arrive de s’en servir pour livrer ses statues, notamment dernièrement une lourde Sainte-Anne pour un particulier de l’Aber Wrac’h situé au bord de l’eau. « Ce n’est pourtant pas un bateau facile », tempère-t-il : « il est très léger, il a des dérives latérales, bref, on ne va pas contre le vent avec des bateaux comme cela ». Venir en Loire permet pour ce navigateur né – sa femme et son fils aussi naviguent depuis leur enfance – d’élargir le cercle de navigation et de tester d’autres plans d’eau. C’est aussi son premier festival de Loire. Le bateau, donné à l’association du Père Jaouen, a été concédé au sculpteur par cette dernière, afin de le faire vivre. Il peut accueillir jusqu’à douze personnes d’équipage.
Juste à côté du Tin, l’on trouve l’Avalig II, barré par Philippe Guguin, déjà présent en 2011 avec son bateau, long de 4,65 m, large d’un mètre vingt-cinq, construit en 1986 et dérivé de l’Avalig I, lui-même inspiré d’un dériveur de classe olympique dénommé Petite pomme en français. Derrière est amarré le doris Label Rance. L’équipage, Mikael, Benoit et Dephine, chef de bord qui arrive avec une pinte (au moins) de café généreusement distribué à l’accueil des équipages sur le quai, fait partie d’une association de Plouër-sur-Rance, ville qui organise d’ailleurs un rassemblement annuel de doris. Celui-ci a été construit en 2000 par un constructeur local en hommage à ces embarcations typiques de la rivière. « Empilés sur les terre-neuvas, ils étaient descendus du bateau mère et s’éparpillaient autour de lui ; sur chacun deux pêcheurs à la ligne pêchaient la morue. Ils étaient ensuite remontés et réempilés sur le bateau. Lorsque ces doris devenaient trop vieux pour la mer, les patrons de pêche les donnaient à leurs marins », explique Benoît. Et c’est ainsi qu’on les retrouve dans la Rance, les côtiers bretons ou encore sur le rivage de Saint-Pierre et Miquelon. L’association a aussi une yole de Bantry, construite sur le modèle du canot élégant qui servait d’annexe à la frégate La Résolue, en 1796. Elle a été capturée alors en Irlande et y est conservée dans un musée.
Cette année, il y a aussi trois yoles de l’Odet, Théodore (Quimper), C’hwitellig (Gouesnac’h) et Bénodet (même ville). Longs de 7 m et larges de 2,20 m, ces bateaux ont à peu près 35 cm d’eau de tirant, mais jusque 1,20 m quand la quille amovible est mise. L’équipage normal est de six rameurs et un barreur. Ils font partie d’une série de huit bateaux construits en 1992 suite au rassemblement des vieux gréements sur les plans de l’architecte Vivier aux chantiers Hénaff du Guilvinec. A l’époque, les communes de Quimper, Bénodet, Gouesnac’h, Plomelin, Pleuven, Combrit, Bénodet et la Forêt-Fouesnant avaient participé à l’opération, Combrit construisant même deux yoles. A part la yole de Pleuven sous hangar depuis deux ans, toutes naviguent ; certaines ont changé de communes pour continuer à vivre. Michel Fresneau fait partie de l’association de Bénodet, qui a deux yoles, celle de la ville et celle de la Forêt-Fouesnant que la commune a racheté. Elle ne subventionne pas l’association, « mais nous offre deux mouillages l’été et un hangar de 80 m² l’hiver, c’est bien mieux qu’une subvention », note Michel. Avoir deux yoles rime avec entretien : « tous les hivers, elles sont démontées, nettoyées, séchées, poncées, saturées (trois couches), vernies (deux autres) ». Ce travail paie : les yoles brillent au soleil de Loire. Pour Michel, le festival c’est « très original. D’autant plus que nous ne sommes pas habitués à ce plan d’eau resserré, chez nous, lorsqu’on navigue, c’est sur vingt kilomètres au moins. Nous, on adore le festival, d’autant plus que cette année, on a un stand et on peut promouvoir nos activités et les produits de notre territoire », notamment Armor Lux, autrement connue pour le ministre français qui en est le VRP.
Sur les quais, on trouve des bateaux bretons un peu partout, en cherchant un peu. Tout près d’un bateau flanqué de panneaux solaires, se dressent la coque et les voiles du Madiba, construit à Saint-Nazaire en 2011 dans le sillage du Grenelle de la Mer. Sur le quai, hors de l’eau, un collectionneur de la Possonière d’Anjou présente plusieurs bateaux, dont une yole et une plate de Grand-lieu. Un de ses bateaux porte un écu à l’hermine et marqué « Nantes. Détendez-vous, allez à la pêche ». Hors de l’eau toujours, l’on trouve le stand du Chasse-Marée, présent depuis le début du festival en 2003. Olivier Boucharie, mi-breton, mi-périgourdin et salarié des éditions, explique que le but est « de promouvoir notre activité d’édition, avec le magazine et les livres, mais aussi de vente par correspondance, le Chasse-Marée vend aussi des objets maritimes pour la décoration ». En cherchant du côté du Canal d’Orléans, bien en eau cette année, on trouve l’Antonella et le Diadora, deux navires italiens…mais propriétés du club d’aviron de Sucé sur Erdre. Le premier est une gondole, tandis que l’autre est un sandolo, navire du quotidien multitâches (pêche, travail, courses…) construit en 1910. Quelque part se trouvent le Saint-Jean, de la Télindière (44) et le SOLWEnIG, réplique au 1/5e du cotre pilote Solweig de Brest, mais nous ne les avons pas vus. En revanche, derrière deux ou trois bateaux de Loire était amarré un petit navire blanc, le Galet Youenn, réplique construite en 1960 d’un sardinier de Douarnenez. Par ailleurs, l’attraction de la Bretagne a converti deux navires français, le Amzer zo, un canoë de Longecourt les Culêtre, en Côte d’Or, et l’Arc’hant Avel, qui comme son nom de l’indique pas est un futreau de Châteauneuf sur Loire.

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