15/10/2013 -14H00 Nantes (Breizh-info.com) – C’est quasiment officiel.  Des quatre candidats à l’investiture de droite à Nantes,  deux (Sophie van Goethem et Julien Bainvel) sont hors course. La décision prise ce soir sera un choix entre deux femmes, Laurence Garnier et Marie-Anne Montchamp, toutes deux à l’UMP. Voici le match.

A ma gauche, Laurence Garnier.  Filloniste affichée, elle est soutenue par les notables de l’UMP locale, notamment François Pinte, et les vieux caciques centristes comme Joël Guerriau. Mère de quatre enfants, elle est investie dans la Manif pour tous et a 35 ans. Elle joue à fond la carte de l’implantation locale – élue sur la liste d’opposition UMP à Nantes en 2008, candidate  en 2012 dans la 2e circonscription (centre-ville, PS) où elle a été largement battue – mais elle est en fait lilloise, et n’est implantée à Nantes que depuis dix ans. Sa jeunesse et son engagement dans la Manif pour Tous sont aussi des points faibles, dans une ville où la droite reste tout de même un terrible panier de crabes et où la sociologie tend à pencher à gauche, malgré une forte présence catholique et une part prépondérante de l’enseignement libre. Par ailleurs, elle est soutenue par Christophe Béchu et Bruno Retailleau, respectivement présidents des conseils généraux du Maine-et-Loire et de Vendée. Des fidèles soutiens des Pays de Loire, qui ne veulent pas nécessairement du bien à Nantes et aux Bretons.

A ma droite, Marie-Anne Montchamp.  Ancienne députée, elle est par deux fois secrétaire d’Etat (2004-2005 et 2010-2012). Sa spécialité : la recherche sur le handicap et les maladies mentales, ainsi que le conseil. Elle est réputée proche de Nicolas Sarkozy et de Jean-François Copé et  a surtout un profil plus modéré et nettement plus expérimenté que sa rivale. En revanche, née à Tulle et jusqu’alors élue dans le Val de Marne jusqu’en 2010, elle reste étrangère à Nantes et a été donc parachutée, suscitant l’ire de certains notables locaux, qui craignent de ne plus pouvoir, si elle arrive aux affaires, tourner en rond dans leur panier de crabes de Basse-Loire. Consciente de la nécessité d’unir les droites pour gagner, elle a proposé à l’UDI Michel Hunault, ancien député de la 6e circonscription, de faire un ticket avec elle.

Mais, plus que les considérations liées aux deux femmes, ce sont des considérations bien plus éloignées de Nantes qui pèseront sur la décision finale. Les soutiens de Laurence Garnier ont en effet deux défauts majeurs. D’une part, tant au centre (Guerriau) qu’à droite (Pinte, Augereau…), ils ont perdu presque toutes leurs positions clés qu’ils détenaient en à peine dix ans et ne sont pas sûrs de garder celles qu’il leur reste. Par ailleurs, les interférences multiples de Joël Guerriau dans les campagnes des municipales de Nantes et de Châteaubriant – ce qui motive d’ailleurs en partie l’entrée de Michel Hunault dans la bataille aux côtés de Marie-Anne Montchamp – ne lassent pas seulement ses électeurs sébastiennais, mais aussi la direction de l’UDI, et ce, au plus haut niveau.

Leur second défaut, c’est qu’ils sont fillonistes. François Pinte est en effet l’ancien directeur de cabinet de l’ex-Premier Ministre et reste une pièce clé dans sa stratégie de conquête de l’UMP. Or, depuis qu’il a déclaré la guerre à Nicolas Sarkozy, l’ancien président s’est tourné vers Jean-François Copé pour bouter hors les fillonistes de leurs fiefs. Dans ce contexte, Nantes est un nœud stratégique. Celui qui y est investi détermine la teinte de l’UMP de l’ouest de la France, tant en Bretagne qu’en Anjou, Maine ou Vendée : si les fillonistes ne sont pas investis, et ne peuplent pas la liste des municipales, ce sera le début de la fin pour eux. D’où des tensions exacerbées, qui donnent lieu à des scènes cocasses, comme celle où Daniel Augereau, homme de l’ombre et des combinaisons, a appelé à « arrêter le bazar » et à désigner Mme Garnier après avoir déclaré qu’il serait dissident moins d’un mois auparavant .

Bref. Les fillonistes ont peur, et ce d’autant plus que le souci des copéistes et des sarkozystes d’en finir avec la principauté filloniste de l’ouest de la France trouve des échos au sein de l’UDI, qui cherche à caser ses candidats sur les listes d’alliance, afin de peser le plus possible dans les exécutifs sans pour autant aller à la castagne contre son camp idéologique. Jean-Louis Borloo a autre chose à reprocher à François Fillon : son profil modéré (jusqu’à l’affaire du « moins sectaire ») et sa propension à chasser sur ses terres, cet électorat centriste « raisonnable » qui a des valeurs mais qui refuse les coups d’éclat stériles et la rhétorique enflammée d’une droite courant derrière le FN.

Portons-nous un peu en avant, anticipons un instant la décision de ce soir. Si Laurence Garnier est investie, l’UMP fera le choix de la continuité, tant du panier de crabes que de la mainmise des fillonistes sur l’ouest de la France. Quitte à créer un problème insurmontable dans les prochains mois pour Copé et Sarkozy. Elle perd aussi l’occasion d’un renouvellement de générations – quand bien même Laurence Garnier est jeune, ceux qui l’entourent non – mais aussi de pratiques et de valeurs. Ce seront donc toujours les caciques des Pays de Loire qui seront aux commandes, et la nature profondément bretonne de Nantes passera au second plan comme d’habitude, au détriment notamment des réalités économiques et de la nécessité maintenant vitale pour les institutions nantaises – l’Université notamment – de se tourner vers la Bretagne, de combler le fossé qui les sépare de Rennes, de Vannes ou de Brest pour pouvoir exister encore dans la course européenne.

Si en revanche, le choix se fait en faveur de Marie-Anne Montchamp, ce sera une triple révolution. Qui signera le début de la fin des fillonistes, des petits arrangements entre amis et du panier de crabes. Qui amènera à Nantes de nouveaux hommes et de nouvelles femmes – de nouvelles compétences tirées notamment de la ville et du département. Qui, surtout, portera des valeurs nouvelles qui élargiront le profil de la droite de la capitale bretonne, qui la sortiraient du triangle Mellinet-Canclaux-Monselet où elle s’étiole, ainsi que son électorat. « Le chemin du paradis est étroit et plein de ronces », d’après un conte de l’ancien temps. C’est toujours vrai. Le choix de Montchamp n’est – à l’heure où nous écrivons – en rien une évidence, mais il correspondrait plus à la sociologie nantaise et au fait que la capitale bretonne, sixième ville de France et fief de l’actuel Premier ministre, n’est en rien une ville comme les autres. Tant que la droite ne l’aura pas compris, elle n’y aura aucune chance.

Louis Benoît Greffe

Crédit photo : Breizh Info
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