[Vu ailleurs] L’Europe doit être une puissance, redevenons optimistes ! Par Georges Maurice

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07/11/2013 –12h00 Strasbourg – (Breizh-info.com via Metamag) – Les années actuelles nous ont légué une ironie de principe, un nihilisme ricaneur. Tout se vaut dans un monde dominé par la marchandise … Or, on assiste à une sorte de saturation de modèle individualiste, car les valeurs de rationalité issues du Siècle des Lumières, c’est à dire le progrès, l’individu, la raison, l’universel, n’enchantent plus le monde. Bien plus, les concepts « universalisables » de mondialisation, voire d’Humanité, attirent et inquiètent à la fois, car les forces qui poussent vers l’universel ne sont plus humanistes mais économiques ; dominées par l’hyper puissance américaine, ces forces effrayent et n’a-raisonnent plus les territoires du monde. A l’homogénisation du monde répondent les mots d’identité, de tribalisme mais les lignes de métamorphoses existent. (M. Maffesoli, La violence totalitaire, éd. Des clefs de Brouwer 1999).
Cette tribalisation est-elle l’annonce de la fin de l’individualisme ? Certains auteurs évoquent une « reféodalisation » de la Société ou encore d’un nouveau moyen-âge . Il est clair que la renaissance des communautés, que l’aspiration à l’authentique, au patrimoine, à la bonne bouffe selon José Bové participent des traits de la post modernité. Cette dernière fait et fera coexister technologie de pointe et références « archaïques ».
Si l’on admet que le lien social ne peut faire retour que dans l’instance du collectif, alors on assiste bien aujourd’hui à une véritable prolifération identitaire. Elle est aujourd’hui une donnée de base de la socialité, post moderne » : love parade, gay pride, techno parade, promenades collective en rollers, déferlent dans les rues de nos mégapoles … C’est à la fois un narcissisme collectif et la fin de l’individualisme calculateur.Ces mécanismes identitaires ont connu plusieurs vagues. Des années 60 au années 80, ce fut la revendication éthnoculturelle et régionaliste. C’était le renouveau des appartenances locales, le retour des traditions. La seconde période fut celle des années 80. La crise s’installait, les plus fragiles, notamment ceux issus de l’immigration, cherchent un sens et une unité que la Société globale ne leur accorde pas. Ils renouent avec leurs origines, et constituent des communautés alliant la promotion d’intérêts particuliers à l’affirmation d’une culture spécifique, (c’est l’éthnic – business). Les années 90 accentuent le repli communautaire, tous les secteurs de la Société sont touchés … Pour les uns, immigrés souvent, c’est une demande égalitaire formulée au nom de la différence (Fred Constant : La citoyenneté, clé Montchrestien 2000). Pour les autres, c’est une volonté de ne partager qu’entre soi. Depuis tout s’est aggravé.Ainsi, soit la communauté d’appartenance (de couleur, de race, de religion…), permet de revendiquer un droit à une dignité collective ; soit elle permet de revendiquer le droit à l’indifférence. Le temps des allégeances multiples est arrivé, sauf que par définition, la République ne reconnaît pas les minorités, mais que des citoyens.
Téléscopage de certitude qui voit s’opposer le citoyen héritier au consommateur de citoyenneté ! Les nouveaux chefs de ces identités concurrentes ont des ambitions parfois contradictoire. Ils peuvent contribuer à l’explosion de ce que l’on appelle pudiquement « les incivilités » alors qu’il s’agit de viser la rupture du lien social supérieur. Pourtant, des indices font apparaître dans ces « incivilités » les atteintes aux biens sont en constante augmentation de même que la juvénilisation. Ce phénomène des bandes s’exprime aussi par une dimension contestataire de l’ordre établi.En tout cas, ces nouveaux chefs démontrent tous les jours que la puissance publique n’est ni puissante, ni publique. On assiste alors inéluctablement à une privatisation de la sécurité, tandis que les quartiers difficiles sont devenus le no man’s land de la Société (Philippe Cohen, Protéger ou disparaître : les élites face à la montée de l’insécurité, Ed. Gallimard 1999). Dans ces lieux, il est convenu de parler de politique de la ville qui en fait n’est rien d’autre que l’achat de la paix sociale au prix fort en instrumentalisant notamment les chefs de bande, comme naguère on le faisait avec les fils de chefs … dans l’Afrique coloniale ! Toutefois, la différence est de taille, on exige plus que soit apprise la langue française ! Le business ethnique dans les banlieues, les disparitions des sanctuaires (on vole, on racket, on tue même à l’Ecole ….), les transports en commun sous contrôle policier, l’explosion de la délinquance des mineurs annoncent l’apparition de Seigneurs de guerre comme au temps de la Chine à la fin de la dynastie mandchoue. L’individu narcisse se réveille de son euphorie pour découvrir que les mafia sont devenues un mode de socialisation concurrents des Etats .La communautarisation produit un monde en peau de léopard, à côté des zones prospères offrant les capitaux par une fiscalité douce, on voit se multiplier des « zones grises » qui valorisent les matières premières du crime: drogue, armes, êtres humains… La classe dirigeante s’est dissoute dans un individualisme ambiant dont elle a organisé le triomphe. Elle s’est déracinée, diluant ses responsabilités dans un espace indéterminé, sorte de hub mondial, d’où elle regarde ébahie le monde changer. Tandis que la caméra filme avec douceur les horreurs, rythmant ses découvertes obligés de jeux imbécile ouvrant la voie du hub à quelques gagnants éberlués. La classe dirigeante « deshistoricisée » … a choisi d’être le spectateur désengagé de l’effroi sans fin dans lequel s’installent nos Sociétés en peau de léopard.

La reconfiguration d’un monde en commun demeure-t-elle encore possible ?

Les lignes de la métamorphose européenne sont éternelles. Elles ne passent pas par la nostalgie mais par la volonté de l’optimisme. La douceur amère de la nostalgie a toujours séduit les spectateurs lucides mais fatigués car incarnant une fin de race ; esthètes et fascinés à la fois par leur propre vulnérabilité.
On connaît leurs phrases dont le désarroi émeut : « tout a changé, la vie va trop vite… nous ne savons plus quoi transmettre… il y a plus en plus d’étrangers… je ne me sens plus chez moi… bientôt on ne pourra plus être Français… ». Il existe même une certaine fierté à regarder un monde qui mime l’occident… mais est-il encore Européen, cet occident ? Il est déjà cette Californie qui devient l’épicentre de l’occident hollywoodien.
Certains plus volontaristes revendiquent, au nom d’un judo intellectuel, une sorte de communautarisation territoriale par un fédéralisme généralisé où l’organique reviendrait par les canaux de l’affectif patrimonial. En fait c’est méconnaître la formidable juvénilité des peuples européens. Ils n’en sont pas à une révolution près, ni à une renaissance. Mais les lames de fond qui agitent les peuples qui font et défont les empires sont les métamorphoses.

Elles mettent en jeu des forces géopolitiques, démographiques, culturelles, militaires, technologiques. Elles ne sont ni des progrès, ni des décadences, mais des mouvements d’immenses mutations par lesquelles les peuples répondent aux défis de l’histoire. Il y a des peuples qui restent immobiles, figés dans les banquises de leurs traditions mortes… ils meurent dès que les défis du monde les provoquent. Mais il y a aussi les peuples qui combattent, qui font sur eux-mêmes des révisions déchirantes et qui connaissent des mutations. C’est à ces peuples et à leurs mutations que l’Europe doit d’être toujours présente dans l’arène du monde.
Depuis l’aube de son Destin, la civilisation Européenne a connu trois grandes métamorphoses : la première vit des tribus nomades indo europénnes se muer en peuples celtes, germains, hellène, latins et éclore en hautes civilisations antiques païennes. La seconde, sous l’assaut du christianisme contraignit les peuples européens à un syncrétisme religieux et à l’établissement des royaumes médiévaux. La troisième fut la transformation de l’Europe en occident. Transformation d’abord positive, puis négative.

Redevenir optimistes

Nous sommes donc appelés à notre quatrième métamorphose, ce que Claude Imbert, dans « Ce que je crois » Ed Grasset, a appelé le grand passage… c’est le recommencement grec… en esthétique, en politique, en science, en philosophie, la civilisation européenne saccage et reconstruit, elle est métamorphique par essence. Ce tragique mouvement de l’histoire, nous habite.
Réfléchissons encore ! L’Europe est plus qu’une culture, plus qu’une civilisation… N’y a-t-il pas entre Mycènes, Chartres et la fusée Ariane, entre la société italienne et les moeurs suédois, entre l’art flamand de XVllème siècle et l’esthétique classique française, à la fois une immense distance et une mystérieuse unité. L’Europe est selon le génie italien une civiltà, rencontre détonante de stabilité et de mouvement. Aussi, le premier travail à accomplir est celui d’une métamorphose mentale de nous-même. Redevenons optimistes !
Redevenir optimistes c’est d’abord ne pas avoir peur de nos faiblesses. C’est faire l’inventaire de nos forces et d’engager les reconquêtes. Nos forces sont puissantes ! Prenons seulement l’exemple de la France que les français par autoflagellation se plaisent à sous-estimer. L’hexagone est par sa superficie le plus grand pays d’Europe, peuplé comme la Grande Bretagne dont le territoire est deux fois moindre, il compterait 120 millions d’habitants ! La forte natalité des 30 glorieuses (1945 – 1974) lui assure encore pour dix ans « une inertie démographique positive ». Si on avait le courage d’engager une politique nataliste et familiale, nous n’aurions aucune difficulté à régler à terme la question des retraites, plutôt que d’envisager l’importation d’immigrés ! Puissance militaire non négligeable, la France est présente partout sur le globe. Puissance commerciale, puissance linguistique, création cinématographique, maîtrise des hautes technologie, confèrent à la France un rôle essentiel dans la promotion du thème de l’Europe puissance.

Car l’Europe peut et doit être une puissance…

La métamorphose commence déjà dans les esprits : elle progresse dans quatre domaines distincts social, culturel, idéologique, et géopolitique. Un trop plein d’égalitarisme a créé les prémices d’un mouvement en retour : regain des idées anti-égalitaires dans l’éducation, renouveau des écoles technoréalistes de peinture, apparition d’écoles de pensées plus centrées sur l’imaginaire et l’irrationnel. Dans le domaine idéologique, de nouvelles configurations, de nouveaux clivages apparaissent opposants droits de l’homme et droits des citoyens ou posant la question de la résistance à la mondialisation ou à l’homogénisation culturelle.
Sur le plan géopolitique et économique, on ressent une volonté de construire autre chose que la société de Mac World, celle qui fait du commerce l’alpha et l’omega du monde. Il faudra oser appeler l’Amérique le Vieux continent par rapport à la jeune Europe ! Ce jour là, la métamorphose aura lieu, les reconquêtes seront assumées. Reconquête de notre propre vitalité démographique, condition essentielle de notre pérennité par l’aristocratie de la jeunesse. Reconquête spacio-temporelle enfin.
Il y a bien en effet deux façon d’envisager l’homme et la société. Ou bien la valeur fondamentale est placée dans l’individu et par suite dans l’humanité ou bien la valeur fondamentale, ce sont les peuples et les cultures. Dans un cas l’humanité est la somme des hommes, dans le second cas l’humanité est l’ensemble des appartenances de chacun. D’un côté l’individu revendique la liberté intimité, dans l’autre il exige la liberté participation.
Le choix de la métamorphose, c’est-à-dire du sens, s’inscrit dans une démonstration simple. En effet, une société et un peuple sont en forme quand ils restent conscients de leurs origines et de leur histoire ; quand ils peuvent s’incarner dans un système de symboles ; quand ils conservent le courage de désigner leur ennemi ; Poser le problème de la forme qui définit une société, c’est poser le problème du sens et donc donner à nouveau son manteau de majesté à l’Auctoritas.

Le sens est une notion qui s’adresse au groupe afin qu’il puisse clairement identifier les valeurs partagées… Il n’y a pas de cohérence du groupe parce qu’il y a un sens aux choses, mais il y a du sens parce qu’il y a cohésion du groupe. Or, cette cohésion vient du retour de l’Histoire, or le retour de l’Histoire c’est l’acceptation du Tragique, de la Mort et donc la volonté de vivre en sculptant le futur. C’est peut-être encore au Cid qu’il appartiendra d’incarner le Destin des peuples Européens mais c’est à la techné grecque que reviendra le soin de forger les armes de la reconquête.

Puisse ceux qui nous gouvernent, retrouver le sens de leur Histoire.

* Professeur des Facultés de Droit


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