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15/11/2013 – 11H00 Carhaix (Breizh-info.com) – Les grandes centrales syndicales seraient-elles en perte de vitesse ? Si dans les entreprises, les sections  défendent les conquêtes sociales, l’emploi et les salariés tant bien que mal, au niveau national et médiatique, les centrales syndicales ne font plus parler d’elles.
La fronde sociale sur le terrain est en effet aujourd’hui menée par des sections syndicales paraissant de plus en plus en décalage avec leur organisation confédérale, mais surtout par des collectifs, comme les « bonnets rouges » qui rassemblent aussi bien des patrons que des artisans, agriculteurs, commerçants ou des salariés (syndiqués ou pas).
Un décalage qui met en lumière la profonde difficulté des centrales syndicales à comprendre et à relayer les aspirations des Français : le ras-le-bol fiscal semble en effet ne pas être une préoccupation des syndicats, tout comme la demande de plus de protectionnisme ou les votes de plus en plus contestataires de la part des syndicalistes de terrain.
Dans ce contexte, les syndicats réputés les plus «durs» (SUD, FO) ont manifestement peur. « Les dirigeants des grandes centrales sentent que le climat est explosif », nuance un expert du syndicalisme. « Ils ne veulent pas allumer l’étincelle qui déclenchera l’incendie. » Habitués par le passé à canaliser la colère collective, les syndicats peinent aujourd’hui à trouver la parade.
Les syndicats « modérés » (CFTC, UNSA, CFDT) accusent quant à eux l »‘extrême droite » d’être à la manoeuvre de ces nouvelles frondes sociales : « Le gouvernement a réussi à faire échouer deux réformes au départ consensuelles : les rythmes scolaires et l’écotaxe », juge Laurent Berger, le patron de la CFDT. « Il y a une montée du populisme et du Front national dans le monde salarial et on ne nourrira pas cette situation en gueulant le plus fort », fait-il valoir, pour justifier son refus de se mêler à la contestation actuelle.

À la CGT, le navire semble errer sans cap. De plus en plus proche du Front de Gauche le syndicat hésite entre contestation totale contre le gouvernement (avec SUD et FO) ou l’alignement sur la CFDT dans l’espoir de voir Mélenchon devenir ministre lors d’un éventuel remaniement gouvernemental. L’approche des municipales complique la donne. « Le Parti communiste dispose de solides relais à la CGT. « Or les communistes doivent faire alliance avec les socialistes pour les élections  » décrypte Bernard Vivier, le directeur de l’Institut supérieur du travail. Un déchirement. Car après avoir milité pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle, les adhérents CGT ont voté en masse François Hollande pour éjecter « Nicolas Sarkozy et sa clique », selon l’expression de Bernard Thibault. Et ils se sentent plus que trahis, ne voyant pas de différence entre la politique de l’actuel chef de l’État et celle conduite par son prédécesseur.

Contrairement à la CFDT ou même FO (avec des revendications totalement opposées), la CGT n’a pas fait de propositions majeures sur les retraites ou la sécurisation de l’emploi. Elle s’est contentée de s’opposer. « Il est facile de jouer les durs, mais cela ne peut suffire. Pour mobiliser les gens, il faut de l’espoir, des propositions », enrage un moderniste. « Le conflit entre les contestataires et ceux qui veulent une CGT plus ouverte n’est pas réglé », confirme un observateur.

Entre une CFTC et un UNSA en perte de vitesse, une CGT totalement discréditée, une CFDT soumise au gouvernement, et un syndicat FO qui semble ne pas savoir sur quel pied danser, le syndicalisme traditionnel pourrait bien devoir rapidement laisser sa place dans les prochaines années à de nouveaux mouvements de défense des intérêts économiques et sociaux. Là aussi on change d’époque.

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