22/11/2013 – 08h00 Carhaix (Breizh-info.com) – Présenté au salon du livre de Carhaix à la fin du mois d’octobre, le dernier ouvrage de Lionel Henry, intitulé « Dictionnaire biographique du mouvement Breton » était largement attendu, notamment après la sortie il y a quelques années maintenant du livre qui a fait date, sur l’histoire du FLB (Front de Libération de la Bretagne) et de l’ARB (Armée Révolutionnaire Bretonne).

Comme le livre précédent, ce sont les éditions Yoran Embanner, basées à Fouesnant, qui publient le livre. Des éditions qui, par la qualité de leur production ainsi que le sérieux et la régularité de leur travail, sont devenues au fil des années une maison d’édition incontournable en Bretagne, au coude à coude avec la Coop Breizh.

Avec près de 600 pages et pas loin de 1000 entrées, ce dictionnaire biographique du mouvement Breton fera sans doute date dans les milieux militants dont est proche Lionel Henry (la gauche indépendantiste et autonomiste bretonne), mais nécessite néanmoins des ajustements (l’auteur parle d’une réédition après les élections municipales à venir) :

« Je n’ai retenu que les personnes reconnues comme militantes » annonce l’auteur, qui se prévaut au début du livre de n’avoir fait aucune censure concernant les acteurs de l’Emsav (mouvement breton). En fait, il semble qu’il ait tout simplement « oublié » parmi ces 1000 entrées mélangeant sommités du mouvement breton de type Yann Fouéré, Lena Louarn ou Thierry Jigourel, à de quasi-inconnus comme Geneviève Baudry-Haspot ou Robert le Dallic , toute référence aux militants connus de la droite nationale et autonomiste bretonne de ces 15 dernières années.

Les deux seules exceptions notables étant Yann Duchet (mais surtout en tant qu’ancien président de POBL, le parti de droite « modérée » pour l’organisation d’une Bretagne libre) et Padrig Montauzier, président d’honneur d’Adsav, la droite nationaliste bretonne, dont Lionel Henry insiste surtout sur le parcours « FLB ».

Aucune trace donc de Ronan Le Gall ou de Frederic Bouder, l’actuel et l’ancien président d’Adsav, un mouvement nationaliste breton sans concession qui compta jusqu’à 300 adhérents au milieu des années 2000 et qui existe toujours aujourd’hui. Aucune trace non plus de Boris Le Lay, ancien militant actif d’Adsav et fondateur et animateur du site indépendantiste breton Breizhatao, dont la notoriété (y compris celle due aux nombreux procès faits à ce site) dépasse les frontières bretonnes.

Aucune trace enfin de Yann Vallerie, ancien militant d’Emgann et d’Adsav, ni d’aucun autre membre du mouvement Jeune Bretagne (le mouvement breton pour l’identité, l’autonomie et la sécurité), qui a émergé en 2008 au sein du mouvement breton (émergence là encore freinée et contestée par les partis traditionnels bretons) et qui comptait en 2012 près de 200 adhérents, tout en ayant présenté 10 candidats défendant l’autonomie bretonne aux élections législatives.

De nombreuses autres entrées du mouvement breton identitaire ou nationaliste dit « de droite dure » ont été manifestement volontairement oubliées (des animateurs de la première mouture de Jeune Bretagne version années 70 aux candidats identitaires, nationalistes et autonomistes bretons candidats aux dernières législatives et aux deux dernières cantonales en Bretagne).

Un oubli volontaire qui, pour le non-initié, ne se remarquera pas puisque le non-initié n’est pas un connaisseur par nature, donnant là encore plus de côté « militant » à ce livre qui permet d’effacer de l’histoire du mouvement breton ceux qui ne plaisent pas à Lionel Henry et qui malgré tout, militent ou ont milité pour la Bretagne.

En conclusion, alors que cet ouvrage, brillant en terme de qualité, de bibliographie et de travail de recherche de l’auteur, pouvait apparaître comme un bon travail d’historien et comme une encyclopédie précieuse pour les futurs chercheurs sur le mouvement breton (comme les ouvrages de Michel Nicolas ou de Yann Fouéré auparavant) Lionel Henry a oublié de mettre de côté ses convictions de gauche radicale et « antifasciste ». Cela l’a conduit à omettre  volontairement des acteurs qui ont fait et font encore, qu’on le veuille ou non, le mouvement breton d’aujourd’hui et de ces quinze dernières années. Dommage.

« Dictionnaire biographique du mouvement Breton », par Lionel Henry – Editions Yoran Embanner – 28€

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