03-02-2014 – 07H00 (Breizh-info.com) – A la fin de la guerre d’Algérie, le kabyle Lounès vient en Bretagne. Il rencontre un ouvrier communiste des chantiers de Saint-Nazaire, qui collectait des fonds pour le parti algérien FLN pendant la guerre. Celui-ci lui trouve un emploi grâce à la CGT. Entre eux se noue une profonde amitié. Leurs garçons, Gianni le communiste et Nouredine le kabyle, sont également amis dès la petite enfance.

Ils deviennent, eux aussi, ouvriers des chantiers navals. Mais Nouredine déteste la France. Il a l’impression de devoir « ramper devant ces salauds de Français ». Il reproche à son père de ne pas s’être impliqué aux côtés du FLN pendant la guerre d’Algérie et d’être venu en France pour « continuer à faire l’esclave ». Il ignore qu’en vérité, son père avait été un fellagha mais s’était réfugié en France pour fuir la répression des arabes contre les kabyles. L’emploi de Nouredine est aujourd’hui menacé par la crise économique. Tandis que Gianni séquestre ses employeurs avec la CGT, Nouredine commet un attentat. Il est condamné à un an de prison. Mais il s’évade. Parvenu en Algérie, il devient islamiste…

Cette bande dessinée au scenario militant est l’œuvre de Hervé Baruela, dit Baru. Il est certainement l’auteur le plus primé à Angoulême : meilleur espoir en 1985 (Quéquette blues) et meilleur album en 1991 (Le chemin de l’Amérique) et en 1996 (L’autoroute du soleil). Le 31 janvier 2010, il reçoit le Grand prix de la ville d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre. On se demande si c’est grâce à son trait nerveux, sensible et engagé, ou à ses idées proches de l’ancienne gauche ouvrière. Rappelons qu’en 1998, il n’avait pas hésité, dans Bonne année, à imaginer la France, présidée par Le Pen, avec miradors, barbelés et policiers armés jusqu’aux dents !

Revenons au Silence de Lounès, bande dessinée de plus de 140 pages qui mêle le passé (le combat dans le maquis algérien) au présent (grève et attentat). Elle bénéficie des aquarelles de Pierre Place, lesquelles mettent en évidence les différentes ambiances du récit.

Cette bande dessinée est censée nous émouvoir sur le sort de Nouredine. C’est l’effet contraire qui est atteint ! Comment s’apitoyer sur cet algérien qui crache à ce point sur la France ? N’avait-elle pas accueilli et offert un travail à son père, pourtant ancien fellagha ? Cette bande dessinée démontre que Nouredine est en vérité la victime du racisme du FLN algérien et du déracinement provoqué par l’immigration.

Le silence de Lounès, éditions Casterman, 18 euros.