31/07/2014 – 07H00 Lorient (Breizh-info.com) – Nous avions évoqué sur Breizh-info une chanson intitulée  « la Rouge hermine » qui reprenait la musique de Gilles Servat, auteur de la célèbre Blanche Hermine, tout en l’attaquant vigoureusement. Depuis, « les Brigandes » ont vu leur clip censuré, avant de publier une nouvelle chanson (elles s’expliqueront demain sur breizh-info.com).
Mis en cause, Gilles Servat, qui avait déjà réagi dans les commentaires de l’article sur la Rouge hermine, a bien voulu répondre à nos questions. L’occasion pour lui de donner son point de vue mais aussi de faire le tour de son engagement pour la Bretagne, engagement politique et musical.

Breizh-info.com : Gilles Servat, vous sortez un dvd intitulé « libres propos d’un homme sensible », de quoi s’agit-il ?

Gilles Servat : C’est le résultat d’une rencontre avec Simon Le Peutrec, lors du Festival du Conte des Iles de la Madeleine, au Québec. Il m’a filmé en interview, puis il a eu envie de continuer, sur l’île d’Hoëdic et ailleurs, pour aboutir à ce DVD documentaire de 52 mn dans lequel je m’exprime sur des sujets tels que la naissance des chansons, la langue bretonne, les langues et l’école, la « pureté » bretonne, ma liberté de faire ce que je veux, la confiance dans les musiciens, les romans que j’écris, les îles, le conte, l’engagement, les chansons qui restent, l’avenir…

Breizh-info.com : Vous avez vivement réagit suite à la parution d’une chanson intitulée « la rouge hermine » qui reprend votre « blanche hermine » en modifiant les paroles et en vous attaquant notamment. Qu’est ce qui vous a posé problème ?

Gilles Servat : Qu’ils utilisent ma chanson sans mon autorisation. Ils disent ce qu’ils veulent et je n’ai pas à les en empêcher, même si je ne suis pas d’accord avec eux, et même si je suis insulté. C’est la liberté d’expression.
Mais qu’ils le fassent avec une de mes chansons, je ne l’accepte pas. Je pense que n’importe qui dans la même situation que moi, aurait défendu ses droits. Ils sont tout à fait capables de faire des musiques à eux.

Breizh-info.com : Vous êtes réputé pour être un partisan anti Front-National, comme vous l’aviez d’ailleurs expliqué dans votre chanson « touche pas à la blanche hermine ». Est-ce toujours d’actualité ?

Gilles Servat :  Je ne partage pas leurs idées. J’exprime les miennes, ils expriment les leurs. Si j’ai réagi en écrivant « Touche pas à la Blanche Hermine », c’est que le Front National récupère tout. On l’avait vu quand Mégret avait été déposer des fleurs sur la tombe de Brassens.
Il s’est ridiculisé car tout le monde connait Brassens. Pour moi, c’est différent.
En entendant chanter la Blanche Hermine dans des fêtes du FN, ceux qui me connaissent mal auraient pu croire que j’étais d’extrême droite. Je voulais mettre les choses au point et au clair. C’est tout.

Breizh-info.com : Dans la chanson « rouge hermine », la chanteuse reproche aux Bretons de se laisser faire face à un certain « politiquement correct » et de refuser de voir les questions d’immigration et d’islamisation. Ces sujets de société, qui n’existaient pas il y a encore trente ans en Bretagne à l’époque de la Blanche Hermine, vous préoccupent-ils ? Quelles réponses doivent selon vous y apporter les Bretons ? Les dernières élections en Bretagne, avec une percée régionaliste, mais aussi FN, et un net recul de la gauche, ne démontrent-elles pas un changement dans les mentalités bretonnes ?

Gilles Servat : L’islamisation de la Bretagne? C’est sérieux cette question? Vous connaissez les Bretonnes? Je pense qu’on vit une période « économiquement difficile » comme disent les hommes politiques dans leur langage édulcoré.
L’Europe n’intervient pas beaucoup pour améliorer les choses. Le FN ne peut qu’en profiter. Il a fait un beau score en Bretagne au municipales, mais il n’est pas arrivé en tête comme il l’a fait ailleurs.
Cela dit, il y a eu 60% d’abstention. En réalité, le score du FN ne représente que 10% des inscrits. Alors que les médias arrêtent un peu de tout manipuler et de faire du reuz pour vendre plus.

Breizh-info.com : On vous a vu impliqué dans le mouvement des Bonnets rouges. A t-il un avenir selon vous ? N’y a t-il pas un paradoxe à défendre la Bretagne, son sol, son identité, son écosystème même comme vous le faites dans vos chansons et comme le font au quotidien de nombreux militants bretons, et en même temps soutenir le maintien des emplois industriels ou agro-alimentaires, dans des industries qui ont souvent contribué à la pollution des sols et au développement de « la malbouffe » ?

Gilles Servat : Les « Bonnets rouges » c’est surtout un rassemblement. Je ne suis pas plus impliqué que la plupart de ceux devant qui j’ai chanté à Carhaix. Mais si ils ont envie de lutter conter le centralisme français, je suis avec eux.

Breizh-info.com : Soutiendrez-vous une liste aux élections régionales à venir ? 

Gilles Servat : Je ne soutiens aucun parti directement. Je ne veux être le porte parole que de moi-même.
Breizh-info.com : La réunification bretonne n est pas dans le projet de réforme territoriale. Comment y parvenir selon vous ?

Gilles Servat : En en finissant avec le centralisme. En en finissant avec les technocrates parisiens qui décident sans avoir la moindre idée de l’humain. En en finissant avec les barons qui ne veulent pas lâcher leur fromage.
En en finissant avec l’idée qu’il faut sortir d’une grande école pour diriger. Si les imbéciles de la SNCF avaient pris un cheminot avec eux pour leur projet de nouveau train, il n’aurait pas été trop large pour les quais. J’ai quelquefois l’impression de vivre sous Louis XV.
La bourgeoisie a renversé la noblesse en 1789. La république a été instaurée. La démocratie a suivi quand les femmes ont eu le droit de vote en 1945. Jusque-là c’était une oligocratie puisque seuls les hommes votaient. Depuis une vingtaine d’année s’est installée une ploutocratie.
La bourgeoisie parisienne confisque tout les pouvoirs, s’enrichit, se la pète, vit dans son monde en vase clos et planque son fric à l’étranger. Les hauts fonctionnaires, inamovibles, sortis de l’ENA, dirigent à leur guise. Les politiciens élus ont peu d’espace de manœuvre.
Je trouve 
d’ailleurs qu’on devrait changer les noms des partis et les appeler, comme aux USA, Parti Républicain pour l’UMP, Parti Démocrate pour le PS. Les choses seraient plus claires.
Breizh-info.com :  Le festival Interceltique ouvre ses portes dans quelques jours, et vous aurez l’occasion de vous y produire. Un mot sur ce festival qui vous tient à coeur ? Que pensez-vous de l’ouverture ces dernières années à de nouvelles nations, dont certains contestent le côté celtique ?

Gilles Servat : J’ai participé au premier, en 1971, avant les Dubliners. Du coup, je suis allé enregistrer mon premier disque à Dublin.
Voila un exemple concret des effets du Festival Interceltique. Il a ouvert les esprits et donné aux musiciens bretons un regard sur le monde.
J’entends encore parfois dire que la culture bretonne est repliée sur elle-même. C’est faux. Les musiciens bretons les plus enracinés dans la tradition sont capables de jouer avec des groupes de jazz, de musique électro, de musique classique.
C’est grâce en partie au FIL… Mais n’oublions pas que Lorient est un port. Et, depuis longtemps, les ports ont ouvert les Bretons sur le monde. Cela leur a d’ailleurs enlevé la prétention de se croire universels, comme beaucoup dans « l’élite » parisienne.
J’ajouterais que dans d’autres pays celtiques tels que l’Irlande ou l’Ecosse, il n’y a pas ce mépris français de la bourgeoisie pour la tradition. Les musiciens classiques sortent d’un concert avec leurs instruments et vont au pub faire une session. Quant aux nouvelles nations, si cela peut leur faire autant de bien qu’à nous, tant mieux!

Breizh-info.com :  Quel est votre opinion sur la scène musicale bretonne actuelle ? La relève est-elle assurée ? Quels sont les groupes ou artistes que vous appréciez particulièrement ?

Gilles Servat : Il m’est difficile de répondre à cette question. Mes goûts sont subjectifs. Je trouve que la qualité musicale et vocale est extraordinaire. Nous vivons une période où fleurissent des chanteuses magnifiques, traditionnelles ou non. J’ai fait récemment un concert avec le groupe Bran Project et le Bagad de Quimperlé, dans lequel je disais des textes de Xavier Grall et j’ai été bluffé. Des impros jazz à la bombarde. Magnifique!
En Irlande, nos musiciens seraient connus dans le monde. En France… Je chante dimanche avec Donál Lunny, un très grand musicien irlandais. Qui le connait à Paris dans les médias? 
Photo : DR
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9 Commentaires

  1. Pauvre Gilles Servat, il vieillit mal le bougre! La solitude sans doute…
    On le rassure: nous chantons depuis longtemps la Blanche Hermine dans les camps scouts, les bivouacs militaires ou rassemblements du Front National, et on continuera encore longtemps!
    Tiens, on va la rajouter dans le carnet de chants de l’université d’été du FN-Jeunesse en septembre, juste pour faire plaisir à Gilles.
    Et merci à lui de nous avoir fait connaitre la Rouge Hermine, un excellent pastiche très sympathique et servi par de bien meilleures voix que la sienne!

    • Pauv’français perdus..ils ne savent plus a quels saints se vouer, l’aliénation, ils chantent la résistance Bretonne face au centralisme français..c’est ça la blanche hermine !..kaoc’h ki gwen kaoc’h ki du !…

  2. Doit pas sortir beaucoup en dehors des cercles celtique, Gilles Servat dont j’aime par ailleurs beaucoup les chansons depuis longtemps : il n’y a pas aller loin dehors à Nantes, SN, Rennes, pour voir les troupes de voilées.
    Il y a longtemps déjà qu’il y a plus d’arabophones que de celtophones en Bretagne

  3. C’est malheureusement vrai, il y a plus d »arabophone que de bretophone .
    Deront nous subir l’islaisation qui est en progression.

  4. ,oui c’est bien grave tout ça! Le FN fait feu de tout bois et le pire se sont ceux qui courent après. Ils ferait bien d’écouter ce que chante Mr Servat et d’y réfléchir. Ainsi ne détourneraient-ils pas tout ce qui se dit en général pour y donner une autre dimension. Bien sure qu’ils disent des choses vraies, mais dans quel but.

  5. tout à fait d’accord avec Servat!, et puis… ça va peut-être paraître bête ce que je vais dire, mais on est pas plus con qu’ailleur!

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