Arrêtons de taper sur le modèle agricole breton ! [tribune libre]

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Des voix se sont élevés ces derniers jours, y compris sur Breizh-Info, contre cette nouvelle mobilisation agricole bretonne que certains traduisent comme le cri  de tenants d’un modèle agricole déchu et en panne, drogué aux aides. Rien de plus faux.Que les Etats aident leurs agriculteurs, c’est normal. Tous le font : la Russie (2 milliards d’euros rien que pour les producteurs de porc cette année), la Chine, le Brésil, les Etats-Unis… Que les agriculteurs se tiennent à un modèle productiviste est logique aussi. Il est fini le temps où ils devaient se nourrir, et à la rigueur leur canton les bonnes années. Il est fini depuis le temps où la France royale a commencé à importer du blé de Flandres pour faire le pain du peuple (la brioche ne suffisant manifestement plus) et lorsque les veaux du Neubourg étaient engraissés sur les verts prés de l’Auge et du Vexin pour Paris. Aujourd’hui l’agriculteur nourrit le monde, la France nourrit le monde et s’en nourrit, important parfois les mêmes productions qu’elle exporte. Elle n’est pas la seule.

L’Italie, qui produit 15% de l’huile d’olive mondiale est passée maîtresse dans l’art d’acheter de l’huile d’olive grecque ou turque moins chère, de la réétiqueter comme si c’était la sienne et de la revendre deux fois plus cher. Et tout à fait honnêtement en revanche la France exporte du blé de haute qualité au Maghreb et importe du blé fourrager dont elle manque (sauf cette année où les blés ont en partie germé sur pied, donc c’est de blés de haute qualité que le pays manque).

Le bio? On en veut tous plus, mais le bio c’est peu productif et surtout c’est inabordable. Pas pour les décideurs de Paris, bien sûr, qui traitent les pauvres de « sans-dents », qui mangent de la viande du 1 au 31 du mois, qui claquent un SMIC en soirées et n’ont pas peur de payer leurs fraises 10 euros le kilo, leur jambon 50 et leur vin à plus de 50 euros la bouteille. Mais inabordable pour un pays dont le nombre de chômeurs a augmenté de 38% depuis 2008, et une part croissante de gens n’a plus les moyens d’acheter de la viande trois jours après la paye. Un pays dont la population a perdu 1500 euros de pouvoir d’achat depuis 2009. Les sans-dents, c’est à dire nous tous, ne mangent pas du bio. Ou très peu. Ils n’en ont tout simplement pas les moyens.
Reste enfin l’argument parisien classique, que des Bretons zombifiés ont repris à leur compte : « vos choux-fleurs et vos artichauts, personne n’en veut« . Mensonges, calomnie et provocation que tout ça. Revenons à la cause de la colère des légumiers bretons : l’embargo russe a fermé les débouchés de leurs produits. Russe? Ah oui, les sanctions qu’ont pris les russes contre les sanctions européennes et américaines (auxquelles la France s’est associéesand dire un mot, comme d’habitude).C’est à dire que les artichauts et autres choux-fleurs bretons allaient jusqu’en Russie. Ce qui fait tout de même loin et pas mal pour des produits dont personne ne voudrait. Et ils y retourneront dès que les sanctions seront levées – peut-être une affaire de semaines car les Etats-Unis ont besoin du soutien russe pour canarder les islamistes de l’EIIL.

En revanche les agriculteurs français sont écrasés de paperasserie, de normes nationales imbéciles et qui se chevauchent, de directives européennes. Ils sont agonis par des reproches constants de la part des écolos – qu’on n’entendra plus lorsqu’il n’y aura plus de paysans bretons ou français et que les produits viendront, abondamment arrosés de pesticides, de Pologne, Roumanie ou Brésil. Et qui se font d’une discrétion de violette alors que le « commerce équitable » n’est pas moins un chiffon de papier sans valeur que la « certification halal« .
Que demandent-ils? Qu’ils puissent éviter la hausse de la taxe foncière, et d’ailleurs du reste, par un état désargenté et incapable de boucler ses fins de mois, faute de gestion correcte. Qu’ils échappent à la directive nitrates, qui condamnera les élevages à 200.000 euros de travaux pour se mettre aux normes, des normes qui changeront dans trois ans. Qu’il y ait une politique de stockage, ce qui serait utile en cas de gros pépin : si ça arrive, la Russie ou la Chine ont des stocks d’exception et pourront nourrir leur population, pas la France. Un stockage au niveau européen tout au moins : l’agriculture, c’est comme la diplomatie, ça a des hauts et des bas. Et surtout que la République leur fiche la paix et qu’on les laisse bosser.
C’est tellement évident que l’on se demande pourquoi doivent-ils en arriver à faire tomber des portiques et brûler des trésoreries pour qu’on les entende enfin. Peut-être est-ce parce que les décideurs et leurs relais médiatiques sont tellement loin du peuple qu’ils n’ont oublié jusqu’à sa voix. Sauf au moment des élections.
Alain Lambert
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6 Commentaires

  1. Bonsoir,

    on peut comprendre la colère des agriculteurs, leur désarroi etc…

    mais je ne comprend aps pourquoi ils brulent un bâtiment de leur organisme de protection sociale…

    C’est la MSA qui rembourse leurs frais de médecins ou ceux de leur famille, qui paye leur retraite, c’est la MSA qui prend en charge les congés maternité de leurs conjointe, qui paye les associations de remplacement, qui leur verse le RSA… Et c’est les agents de la MSA qui annulent les majorations de retard que la loi impose pourtant de calculer quand les cotisations sociales ne sont pas payées !!!

    Et puis il faut noter que la part des cotisations agricoles ne couvrent pas les dépenses et que la MSA compense avec les cotisations des salariés agricoles voire avec l’argent des salariés du régime général !!!

    Contrairement au régime général la MSA est gérée par des administrateurs, et parmi ceux ci à majorité des exploitants agricoles, bien souvent membre de la FNSEA…

    a quelques mois des élections des administrateurs en MSA on peut se poser des questions….

    • heureux de voir un article plus reconnaissant envers le travail des agriculteurs (vu celui que j’avais dans vos colonnes sur l’élevage). oui ce n’est pas facile ce métier, et il est anormal que les agriculteurs ne vivent pas de leur métier, mais de subventions qu’ils reçoivent.

      quand au régime social, supprimons les tous pour n’en avoir qu’un seul, et on fera des économies. aaah les réformes !!!!!! c’est dur à faire !!!!

  2. parce que la MSA est encore plus mal gérée que le RSI peut-être…
    Que les retraites agricoles sont minuscules
    Que les cotisations sont une charge de plus pour des exploitations écrasées
    (bien qu’il y a un nombre croissant d’agriculteurs qui se tirent de la MSA et se font leur sécu ailleurs… comme d’ailleurs d’autres con-tribuables. Un an de procèdures il faut, et après liberté !)

  3. C’est sûr que les cotisations sociales ca coute toujours trop ! (les salariés se font « prendre » 20% de leurs paye pour la sécu…)

    Sauf que une maternité puis un accouchement (même quand ca se passe bien) ca coute cher : visites médicales, examens médicaux, hospitalisations etc…

    Sauf que un cancer ca coute cher : visites médicales, de spécialistes, examens, radios, chimio, hospit etc…

    Sauf que les prestations familiales (y compris pour les agriculteurs, prestations remplacements etc) coutent chères, mais que sans cela il y aura de moins en moins de « petits enfants blonds » dans nos écoles et qu’il ne faudra pas s’étonner du « grand remplacemen »t…

    Sauf que la MSA gère son propre service social pour venir en aide aux populations isolées dans le milieu rural et que cela a un cout (agence de proximité, infirmières de proximité, assistantes sociales etc)

    A noter aussi que le « trou de la sécu » correspond à l’ensemble des exonérations de cotisations sociales (les fameuses « charges » sociales) obtenus depuis 20 ans par les grandes entreprises…

    Et puis, parlons charges et impôt on oublie que les autoroutes qui servent a beaucoup de monde (et aujourd’hui engraissent des entreprises privées) on été financées par l’Etat, que la fonction publique permet d’assurer un minimum de services aux Français (en ville comme a ceux isolés en campagne) que le service publique c’est aussi l’école gratuite pour tous, des hôpitaux des maternité etc…

    TOUT CELA A UN COUT !!!

    Concernant la MSA on peut aussi évoquer que ses propres salariés n’ont aucune évolution de salaire depuis plusieurs années, que plus de 12OO postes ne seront pas remplacés (sans que les charges de travail baissent) et que certains agents sont agressé dans les agences (il y a 10 ans un salarié MSA était flingué par un agriculteur…)

    La solution est peut être de baisser certaines charges type impôts dans une optique de détaxation de proximité mais pas de remettre en cause la protection maladie ou retraite des français en diminuant les cotisations « charges » sociales !

    Et allons donc chercher le fric dans les poches de la finance internationale ! (pensons aux banques sauvées par l’intervention de l’état et nos impôts)

  4. Il faudrait peut-être aussi arrêter de parler de « modèle agricole breton »! Ce modèle a été élaboré par Paris, la Bretagne n’a aucun Ministère de l’Agriculture alors que la plus part des pays ou régions européennes de taille équivalente dispose du leur.

    Les agriculteurs bretons, à mon sens, on fait 3 erreurs :
    1) Dans les années 60-70, accepter d’être pris pour de ploucs ignorants qui attendaient la « connaissance » des « Monsieur » de Paris (Etat et syndicats),
    2) Bosser comme des forcenés, sans se poser de questions, pour la seule satisfaction qu’ils « nourrissaient la France »,
    3) Accepter de la Bretagne ne dispose d’aucun pouvoir sur les décisions de politique agricole.

    Maintenant, si les agriculteurs bretons continue de bosser comme ils l’ont toujours fait, mais en exigeant que ce soit les bretons, avec un ministère de l’Agriculture de Bretagne, qui prennent les décisions et dialogue avec Bruxelles, (comme cela se fait dans les landers Allemands ou au Danemark, pays de taille comparable à la Bretagne), il n’y a aucune raison qu’un VRAI modèle agricole breton ne fonctionne pas!

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