02/11/2014 – 09H00 Bretagne (Breizh-info.com) – En 2010, la revue bretonne Nidiad a vu le jour. Se définissant comme magazine littéraire et philosophique, elle est exclusivement en breton. Le 17ème numéro a vu le jour récemment, et ce fût l’occasion pour la rédaction de Breizh-info d’interroger ses créateurs, sur le contenu, mais aussi sur les perspectives qui se dressent aujourd’hui pour les revues en langue bretonne.

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Breizh-info.com : Qu’est-ce que Nidiad ? D’où vient le projet ?

Rédaction Nidiad : Nidiad est un magazine littéraire et philosophique en langue bretonne. Il a été lancé en janvier 2010, à l’initiative d’anciens élèves des écoles Diwan. Ce magazine est né de l’envie de mettre en place un cadre au sein duquel serait donné la possibilité d’échanger et de s’épanouir à de jeunes et moins jeunes personnes, attachées à la langue et à la littérature en breton, et désireuses de mener à bien des projets d’écriture, de traduction, d’étude. Paraissant de manière trimestrielle, chaque numéro faisant environ une trentaine de pages, Nidiad possède une formule que l’équipe de rédaction a élaborée au cours de ses cinq années d’existence.

Breizh-info.com : Quelle est votre audience actuelle ? Le contenu de votre magazine ?

Rédaction Nidiad : Dans l’équipe de rédaction autant que chez nos lecteurs, l’audience est variée, avec une forte concentration de jeunes étudiants ou actifs. Nous lisent également des néo-brittophones qui souhaitent lire quelque chose différent en breton.

Le numéro s’ouvre à chaque fois sur un édito, non signé, ou plutôt si, par le magazine lui-même. Il est suivi d’une section poétique, où se mêlent compositions originales, traductions et articles spécialisés. Par exemple, l’année 2011 avait consacrée trois de ces numéros à la composition des haïkus dans la littérature traditionnelle japonaise.
Ensuite vient la prose : dans la section intitulée « Spered plaen » (tournure bretonne qu’on pourrait rendre par « Esprit de prose ») se croisent des nouvelles et des articles dont l’objet est la littérature, qu’importe l’époque, le lieu ou le genre.
Mais c’est en fin de revue que s’élabore les articles les plus audacieux, tant du point de vue de la langue, que du point de vue de la pensée. Nidiad est avant tout un magazine littéraire et philosophique, et le philosophique, terrain encore en friche pour les brittophones, relève de la gageure chaque fois renouvelée.
La gageure est intimement liée au volume de la matière existante : en effet, il existe en breton autant de traductions d’écrits philosophiques que d’essais à proprement parler. C’est donc sur le terrain philosophique que Nidiad devrait œuvrer le plus intensément.

Breizh-info.com : Quels sont les messages que vous cherchez à faire passer ?

Rédaction Nidiad : Comme nous le disions plus tôt, c’est préalablement une forme que nous proposons, un cadre dans lequel puisse s’insérer n’importe quelle personne désirant créer en breton. Le contenu se pose plus comme question, comme problématisation, que comme affirmation ; néanmoins, n’en demeure pas moins parmi les membres participant au projet la conviction que, si quelque chose en nous prend la peine d’écrire en breton, c’est quelque chose d’intéressant qui s’y passe, et c’est cette chose que nous tâchons de transmettre.

Nidiad en langue bretonne signifie « le démiurge » : créateur de monde, faiseur de mots et d’idées, ce créateur est la figure tutélaire de la question que nous posons à chaque ligne, à chaque mot, à chaque article ; même si c’est sous des déclinaisons très diverses, allant de la pensée politique de Machiavel aux mouvements d’avant-gardes du XXe siècle, en passant par des traductions d’auteurs comme Lovecraft, Pouchkine, Pascal et Platon. Cette question, que nous posons inlassablement, c’est tout simplement : la création.

Breizh-info.com : Selon vous, la langue bretonne peut-elle devenir une langue économique et sociétale à l’avenir ? N’y a t-il pas rapidement un risque de disparition ?

Rédaction Nidiad : Tout cela ne recouvre qu’une seule et même question : en vérité, la mort n’est pas l’état d’une langue, mais son horizon permanent, et c’est le cas de toutes les langues.
Certaines langues considérées comme « mortes », ne seraient-elle pas plus vivantes que certaines langues usitées à l’heure actuelle, en cela qu’elles nous diraient plus de choses ? Une langue, ce n’est pas proférer de vains sons, c’est parler, c’est chanter, c’est déclamer.
Là encore, la question de la création se pose : une langue n’est elle-même que quand elle exprime un monde qui dépasse sa simple pratique ; parler une langue, c’est construire un monde, l’habiter, le parcourir. Toute langue qui crée est donc d’ores et déjà et d’emblée une langue économique, sociétale, tout autant que politique, scientifique, philosophique, etc. En somme n’est vraiment langue qu’une langue qui se refuse à mourir, et renouvelle toujours son ambition de dire le monde. Et c’est peut-être dans la pleine conscience de cette vulnérabilité-là, dans cette conscience permanente, que la langue bretonne est plus vivante que d’autres.

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Pour avoir plus d »information, ou s’abonner, vous trouverez ci-dessous le contact de l’association.

NIDIAD BREIZH – 33 straed Lorraine – 44000 NAONED
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Photo : DR
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1 COMMENTAIRE

  1. Revue de bonne facture en breton qui voit la participation de personnes diverses et variées : Gwendal Piégais, Malo Adeux, Hoel Mahé, Guy Étienne, Alan Kervern, Yann-Ber Tillenon, Ronan Le Déroff, Dan Ar Wern, Yann-Varc’h Thorel, Yann-Ildut Galiou, Fabrig Coupechoux…C’est varié et ça change du petit emsavblishment conventionnel habituel puisque ça semble très ouvert au vu de la personnalité des participants et en plus c’est écrit dans un bon breton moderne.

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