Elevé dans une famille musulmane de la région parisienne, Akim (Fayçal Safi) se prépare, avec son frère Youssef (Brahim Tekfa), à devenir imam. Chaque vendredi, il se rend dans une salle de prière pour suivre les enseignements de son oncle. Mais un événement survenu dans son quartier va le bouleverser. La sœur d’un prêtre catholique (Yannick Guérin) est assassinée par un voisin. Or par charité, ce prêtre décide de vivre auprès de la famille de l’assassin afin de les aider. Après avoir assisté à un baptême catholique, Akim entame sa conversion. Mais sa famille, et notamment son frère, ne l’accepte pas. Il va subir, comme d’autres apostats, la violence de membres de la communauté musulmane…

Sorti en 2014, L’Apôtre est un film écrit, réalisé et produit par Cheyenne Carron.

Montrer sur grand écran la conversion d’un musulman au catholicisme est courageux. En effet, l’islam sanctionne les musulmans qui veulent changer de religion. Dans un hadith, propos attribué à Mahomet, il est dit : « celui qui quitte sa religion, tuez-le ». Ce thème avait déjà fait l’objet d’un roman (Le Prix à payer, de Joseph Fadelle, 2010), mais jamais d’un film.

Ce film démontre qu’une jeune cinéaste talentueuse peut, avec un budget dérisoire, réaliser un excellent film sur un sujet aussi intéressant. A travers le portrait d’un apostat, il s’agit en réalité de montrer une différence importante entre la religion musulmane et la religion chrétienne. Dans le christianisme, la Bible ne condamne pas à mort celui qui quitte sa religion, même si cela peut constituer une véritable déchirure.

La réalisatrice française Cheyenne Carron, âgée de 38 ans, aborde ce thème de la liberté religieuse avec courage, sans caricature. Certes, dans ce film, on peut être surpris par la rapidité de la conversion d’un homme qui était pourtant prêt à devenir imam. Mais particulièrement spirituel, cet homme depuis longtemps n’admettait pas certains aspects de la religion musulmane. Paradoxalement, ce film a davantage inquiété les chrétiens que les musulmans. Cheyenne Carron se souvient : « j’ai senti que les Chrétiens étaient plus craintifs, que des Musulmans eux-mêmes. La peur d’être polémique, peur de déranger, peur de faire du scandale, peur d’être taxé d’Islamophobe. Peut-être aussi la peur de représailles. Enfin, la peur dans toutes ses formes… ».

Pourquoi choisir un tel scenario ? Cheyenne Carron explique avoir eu « plusieurs sources d’inspiration. La première, c’est un drame que j’ai vécu à l’âge de 19 ans. La sœur du prêtre de mon village a été tuée. Etranglée par le fils de ses voisins. Je connaissais cette femme, elle était d’une bonté rare. Après le meurtre, le prêtre, a dit qu’il souhaitait rester vivre auprès de parents dont le fils avait tué sa sœur, car sa présence les aidait à vivre. C’était une famille Musulmane d’origine Marocaine. Ces paroles et ces actes m’ont profondément marquée. Cet acte de Charité si beau est, dans le film, le point de départ du désir de conversion de mon héros, Akim. Touché par ce message, il décide d’aller vers son chemin de la conversion. Ensuite, ma deuxième source d’inspiration, m’est venue d’un ami, converti de l’Islam qui fréquente la même église que moi. Il m’a raconté ses luttes, ses souffrances, son parcours m’a touchée, alors je m’en suis inspirée. Et pour finir, je suis Catéchumène, et cette période d’écriture correspond à la période de ma préparation au baptême ».

En raison de ce sujet non politiquement correct, Cheyenne-Marie Carron n’a pas obtenu de financement par le ministère de la culture. En effet, sans surprise, le sujet a déplu au Centre national du cinéma. Cheyenne-Marie Carron a alors eu l’idée de contacter les dix premières fortunes françaises. L’une d’entre elles a accepté de financer le film. Mais une fois le film achevé s’est présentée une autre forme de censure : le refus de distribution. Seules quelques salles en France, comme Le Lincoln (14, rue Lincoln, Paris VIIIe) ont accepté de diffuser ce film !

Mais aujourd’hui, cette talentueuse et courageuse réalisatrice veut pour son prochain film un véritable financement : « Mes films n’ont jamais reçu d’aide du CNC, ni de régions, je les ai faits chacun à moins de 50 000 euros. Ce film était le dernier que je faisais sans argent. A l’avenir, je ferai traduire mes prochains scénarios en anglais, et j’irai chercher de l’argent en Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Amérique, n’importe où, où on voudra de mon cinéma ». Il faut souhaiter qu’elle réussisse. Son sujet est encore plus audacieux : le racisme anti-blanc !

Pour commander le DVD, au prix de 28 euros (frais de port inclus) : www.cheyennecarron.com

Disponible également sur les sites internet Fnac.com et Amazon.fr

Crédit photo  : DR
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3 Commentaires

  1. A Paris, peu de salles l’ont programmé, en effet. D’abord ,début octobre,le Lincoln,puis, compte tenu de l’affluence, Les sept Parnassiens (XIVe).Quinze jours après, le film avait déjà disparu des deux écrans. Que s’est-il passé ?On peut s’en douter , mais il ne s’en est guère parlé,et même pas du tout, et, sans éléments de preuves, on ne peut rien affirmer.
    Il faut se rabattre sur le DVD, mais il est toujours plaisant de voir un film d’abord sur grand écran.

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