07/01/2015 – 09H00 Rennes (Breizh-info.com) – Sport de combat d’origine médiévale pratiqué depuis de nombreuses années en Europe, le Béhourd tend à se développer en France et désormais en Bretagne, grâce au dévouement de passionnés. Breizh-info a interrogé le responsable de l’association bretonne «Ar Kroaz Du» afin de découvrir ce sport pour passionnés d’histoire et de chevalerie, ainsi que ses relais et audiences en Bretagne.

Breizh-info.com : Pouvez vous présenter ainsi que votre association ?

Ar Kroaz Du : Je m’appelle François-Eric Fosse, 37 ans, chef de projet en informatique de profession et président de l’association Ar Groaz Du et capitaine de l’équipe. Je signale d’ailleurs que le nom de notre ‘association va être modifié pour une raison que tous vos lecteurs parlant correctement le breton comprendront…
Ar Groaz Du est une association de Béhourd, membre de la fédération française de Béhourd qui regroupe les différentes équipes françaises pratiquant ce sport. J’ai fondé l’association en mars 2014 avec un autre passionné et mon épouse, 6 autres combattants nous ont rapidement rejoints. Nous continuons à grandir, nous devrions atteindre la quinzaine de membres actifs pour l’année 2015 si tout va bien.

Breizh-info.com : qu’est ce que le combat médiéval ? Un sport ? Une représentation historique ?

Ar Kroaz Du : La notion de « combat médiéval » est quelque chose de très large. On y retrouve, entre autres, le combat de « mêlée spectacle » que l’on peut voir dans les fêtes médiévales ou les rassemblements de reconstitution ; l’escrime artistique enseignée par les maîtres d’armes de la fédération française d’escrime ; les Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE), qui cherchent à interpréter les différents traités de combat et sources dans une démarche historique et sportive ; et il y a le Béhourd.

Le Béhourd est un sport qui s’inscrit dans la lignée des tournois en France du XIIIe siècle et suivants, qui a été remis au goût du jour par la Russie et des pays voisins depuis près d’une dizaine d’années. Une première fédération internationale a vu le jour là-bas, HMB (Historical Medieval Battle), et organise depuis 5 ans le tournoi « Battle of the Nations » qui, à ses débuts en 2009, regroupait 4 pays. Quelques Français ayant assisté à ces compétitions ont décidé de ramener ce sport en France, de monter une association et d’organiser les premiers tournois.
C’est ainsi que le Béhourd a commencé à se répandre en France depuis 2011 On compte désormais une trentaine d’équipes nationales différentes à travers le monde entier. Une deuxième fédération internationale, IMCF (International Medieval Combat Federation), s’est créée en 2013 et organise ses propres championnats du monde depuis 2014.

Le Béhourd consiste en un combat à pieds, par équipe, en armure complète et avec des simulateurs que, pour simplifier, nous appelons armes. Ces armes sont en métal, non tranchantes et de plusieurs formes : épées à une ou deux mains, haches à une ou deux mains, fauchons, vouges… L’objectif du combat est de mettre au sol les adversaires avec ces armes ou autres coups autorisés (coups de pieds, de bouclier, prises…). L’équipe qui a encore au moins un combattant debout a gagné. Les catégories de combat en équipe que l’on rencontre en championnat sont le 5vs5, le 21vs21 et le AllvsAll (50 contre 50 en général). De nouvelles catégories apparaissent avec le 3vs3, 7vs7, 16vs16 et 30vs30.
Il existe également des catégories individuelles (1vs1) dont le triathlon : combat épée-bouclier, combat épée à deux mains et combat fauchon-bocle (petit bouclier rond) et le duel à la vouge (hallebarde primitive). Dans ces catégories, c’est le nombre de touches franches qui est pris en compte pour déterminer le vainqueur.
Enfin, la dernière catégorie est le « pro-fight » qui est un duel en 3 rounds avec l’arme de son choix, tous les coups, ou presque, étant permis et rapportant un nombre de points différents selon leur portée, y compris la mise à terre.
Les femmes ont également leurs catégories en combat individuel et en 3vs3.
Tous ces combats sont régis par des règles internationales, définies par les deux fédérations en place. Selon les tournois, l’une ou l’autre règle s’applique.
Il s’agit donc d’un sport, mais l’aspect historique n’est pas en reste. L’équipement de chaque combattant doit correspondre à un équipement historique issu des périodes allant du XIIIe au XVIe siècle, cohérent en terme de temps et de lieu, tout en respectant les règles de sécurité obligatoires (protections du dos, de la nuque…). Il n’est pas possible de mélanger des protections du XVe siècle avec un casque XIIIe par exemple. Par contre, on put voir s’affronter des chevaliers français du XIVe siècle et des combattant en armure de mongols, voire même des samouraïs dans l’équipe du Japon. Bien évidemment, dans l’équipe, nous privilégions les armures de type françaises (et bretonnes…), principalement du XIVe siècle.

Breizh-info.com :  quelle est l’audience de ce sport ? Quelles sont les qualités requises pour pouvoir en faire ?

Ar Kroaz Du :  Le béhourd est un sport encore relativement confidentiel en France et est surtout connu des pratiquants de la reconstitution historique. La France a déjà accueilli la bataille des nations en 2013 à Aigues-Mortes et certains tournois ont bénéficié d’une couverture médiatique des journaux ou de la télévision. Malgré cela, notre activité reste souvent assimilée aux spectacles des fêtes médiévales, à tort évidemment… Les spectateurs qui font l’effort de se déplacer sur les tournois ne s’y trompent pas et repartent souvent surpris par l’intensité des combats et séduits par l’esprit sportif qu’ils ont rencontré.
On compte près de 200 combattants en France à l’heure actuelle et plus d’une douzaine d’équipes régionales, cela va croissant.
Les qualités requises pour un bon combattant sont d’abord physiques, surtout un bon cardio et de solides appuis ; vient ensuite la technique, qui s’acquiert surtout par la pratique et l’expérience ; l’esprit sportif et de camaraderie qui sont des éléments essentiel à la tenue du groupe et aux respect de ses coéquipiers et de ses adversaires. Le Béhourd est un sport où l’on est impitoyable sur la lice mais, une fois la barrière franchie, un lien indescriptible nous unit entre combattants et cela va au-delà de l’appartenance à telle ou telle équipe. Enfin, il faut un grain de folie pour oser franchir le pas et se retrouver à combattre sur la lice car, si cela peut paraître brutal vu de l’extérieur, le vécu dans l’armure est encore plus impressionnant. Plus d’un ont reculé au dernier moment avant d’aller au combat.
Le dernier point important pour pouvoir combattre est le matériel. Une personne non-équipée devra débourser entre 1500€ et 2000€ avant d’envisager combattre en tournoi pour du matériel qui tient le choc. La plupart de nos nouveaux arrivants ne sont pas encore équipés mais peuvent le faire au fur et à mesure, avec le conseil des anciens pour ne pas faire de mauvais achat et le prêt de pièces d’armure pour certains. L’idéal pour pouvoir s’entraîner correctement est d‘avoir le gambison (veste rembourrée), un casque et des gantelets.

Breizh-info.com : y a t-il d’autres équipes en Bretagne ? Quelles sont les compétitions les plus huppées ?

Ar Kroaz Du : J’ai passé deux ans à fréquenter les tournois sans faire partie d’une équipe constituée et j’ai constaté qu’il n’y avait pas vraiment de bretons à participer, pourtant il y a en Bretagne nombre d’associations de reconstitution dont certains membres aimeraient participer à ce genre d’événements. Nous avons donc décidé à trois de créer cette association afin d’avoir une structure permettant à ceux qui voudront combattre de s’inscrire, indépendamment des troupes de reconstitutions historique. Dans le même temps, les différentes associations de Béhourd françaises se sont regroupées en une fédération nationale et, dans ce cadre, Ar Groaz Du représente la Bretagne au sein de cette fédération. Il n’y a, pour l’instant, qu’une seule équipe, dont je suis le capitaine, mais si certains souhaitent monter d’autres équipes et rejoindre la fédération par notre biais, ils seront bienvenus. Nos membres se répartissent d’ailleurs de façon large sur la Bretagne et la Loire Atlantique, jusqu’en Vendée !
Il y a trois tournois majeurs à l’heure actuelle en France liés à la fédération de Béhourd, auxquels nous avons pu participer l’an dernier : Le tournoi de Château-Thierry, qualificatif pour l’équipe de France (7 et 8 mars 2015), le tournoi de Murol, près de Clermont Ferrand, au mois d’août et le tournoi du Faucon Noir, à Montbazon, près de Tours, en septembre.
A ceux-ci devrait s’ajouter prochainement un tournoi au château de Blain, près de Nantes. La date n’est pas encore fixée, ce sera probablement au début de l’été. Nous sommes encore dans l’élaboration, mais nous espérons faire figurer cet évènement dans la liste des tournois qui comptent en France.
Les Championnats internationaux les plus importants sont le championnat IMCF, du 30 avril au 3 mai 2015 à Malbork (Pologne), la Bataille des Nations, du 7 au 10 mai 2015 à Prague (République Tchèque). L’équipe qui participera à ces championnats sera celle choisie à l’issue des qualifications pour l’équipe de France.
Enfin, il existe plusieurs tournois de renommée internationale en Europe et dans le monde, tels que le tournoi de Bernau en Allemagne, la Dynamo Cup en Russie… ainsi qu’au Luxembourg, Angleterre, Italie… Nous n’avons pas encore prévu de nous déplacer sur ces évènements, faute de moyens, mais si l’occasion nous en est données nous irons porter les couleurs de la Bretagne dans ces tournois.

Breizh-info.com : L’histoire bretonne ayant compté de hauts faits d’armes de chevalerie, quelles sont vos références historiques ?

Ar Kroaz Du : 
L’histoire de la Bretagne ne manque pas, en effet, de personnages héroïques et de hauts faits d’armes. Pour notre sport, la référence la plus évidente est le combat des trente, qui eut lieu en 1351 entre Josselin et Ploërmel. Ce combat, qui prit en fait la forme d’un tournoi, dura une journée entière et se solda par la victoire des Bretons du parti de Charles de Blois face à une coalition de Bretons du parti de Montfort, d’anglais et de chevaliers du saint empire. Cet épisode symbolique de la guerre de succession de Bretagne au XIVe siècle n’eut aucune incidence sur la suite du conflit, mais fut un bel exemple de chevalerie, d’opiniâtreté, de vaillance et d’honneur. Ce sont aussi ces qualités dont nous essayons de faire preuve à travers notre sport.

Photo : DR
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2 Commentaires

  1. Je ne vois pas en quoi l’utilisation du nom de notre drapeau ducal pose un problème à cette association.
    Une croix noire n’est pas systématiquement synonyme de la période de l’occupation.

    • L’association n’a aucun problème avec l’utilisation du drapeau ducal, au contraire… et je ne vois pas où c’est indiqué ici!
      La modification du nom réparera juste une faute de grammaire puisque le mot « Kroaz » (croix) devient « Groaz » après l’article « ar ».
      Mais vous avez raison, ne laissons pas les extrêmes de tout poil s’approprier des symboles qui n’en demandent pas tant.

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