Langue bretonne. De qui se moque Larousse ?

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05/02/2015 – 10H00 Paris (Breizh-info.com) – À la faveur de la sortie d’un nouveau guide de conversation en breton édité par Larousse, la polémique fait rage sur les réseaux sociaux, et notamment sur le groupe Facebook “facebook e brezhoneg”, tant ce livre regorge de fautes grossières et scandaleuses en breton, dénotant un manque de sérieux et un mépris certain vis-à-vis de la langue bretonne de la part de la maison d’édition parisienne.

Ecrit par Jean-René Bonissent et corrigé par Marie Gabiache, personnes parfaitement inconnues dans le monde de l’enseignement et de la traduction du breton, ce guide destiné aux débutants, aux faux débutants et aux élèves en collège et lycée d’après sa présentation sur le site de Larousse est plein de fautes grossières. Ainsi, ne serait-ce qu’aux pages 10 et 11 de ce livre, trouve-t-on la phrase Peseurt teodoù komz out ?” censée traduire “Quelles langues parles-tu ? » mais qui signifie “Quelles langues (organes, alors que le breton distingue la langue parlée “yezh” de la langue anantomique “teod”, ndlr) parler es-tu ?”, ou encore la phrase Da belec’h o chom dit ?” censée traduire “Où habites-tu ? » mais qui se traduit “Vers où en train de demeurer à toi?” en français, sans parler de nombreuses fautes d’accord, de mutations. Du travail ni fait, ni à faire.

La réaction ne s’est pas faite attendre sur le groupe “Facebook e brezhoneg” où de nombreuses personnes ont réagi violemment devant un tel manque de sérieux et de rigueur. Notamment, Mikaël Bodloré-Pennalez, auteur de nombreux atlas en breton, ou encore Hervé Sébille-Kernaudour qui a reçu le prix du brittophone de l’année en 2015 et qui qualifie ce guide de “scandale absolu”.
De nombreuses personnes de ce groupe ont joint la maison d’édition Larousse par mails ou par téléphone ; cette dernière s’est fendu d’une simple note où elle parle de “gros souci”. Elle prévoit de réagir sur la radio France Bleu-Breizh-Izel où ses détracteurs ont déjà donné leur point de vue.

Cette affaire est assez symptomatique de ce qui se passe dans le monde du breton où l’amateurisme est de mise. En effet, il est scandaleux, tant sur le plan éthique qu’économique, de faire appel à des personnes incompétentes pour ce qui tient de la langue bretonne, alors que celle-ci se développe et a de nombreuses personnes qualifiées à son service pour assurer des traductions et du matériel pédagogique de qualité, notamment au sein de l’Office Public de la Langue Bretonne ou encore à Ti Embann ar Skolioù .

Larousse affiche donc un mépris certain envers la langue celtique, alors même que la maison d’édition aurait sûrement fait appel à des professionnels s’il s’était agi de la langue anglaise, allemande, russe, arabe…Car il ne suffit pas de traduire mot-pour-mot à partir d’un dictionnaire pour parler breton. Être traducteur ne s’improvise pas. De même, un tel travail baclé coupe l’herbe sous le pied à de nombreux traducteurs qui ont du mal à trouver des débouchés pour leur activité professionnelle et qui serait heureux de travailler à la défense du breton en fournissant de bonnes traductions, correctes et sérieuses.

Si la maison d’édition Larousse est donc à blâmer sur le cas qui nous occupe ici, elle n’est pas toute seule à s’adonner à de telles pratiques ; même en Bretagne, la langue bretonne est un enfant pauvre. En effet, combien de personnes ne se sentent-elles pas autorisées à exiger des traductions en breton sans rémunération comme si le breton était une sous-langue ? Accordant de remplir la tâche de traduction, sans s’enquérir du niveau de celui ou de celle qui se propose de la faire ?

Un tel état d’esprit va jusqu’à de nombreuses enseignes ayant pignon sur rue, telles le Centre Leclerc de Carhaix où un bilinguisme de pacotille est mis à la vue de tous avec de mauvaises traductions telles que “gwiadennus” censé “traduire le nom “textiles” (alors qu’il s’agit d’un adjectif), ou bien encore ce bar-restaurant nommé Mat Kalon à Rennes censé traduire “bon appétit” alors que ça se dirait plutôt “kalon vat” en breton… Et les exemples de la sorte sont légion.

Il importe donc de continuer à dénoncer de tels scandales où le breton n’est vu que comme un argument marketing qu’on ne prend pas au sérieux et de mettre en avant les solutions professionnelles offertes au public et aux acteurs du secteur privé pour une utilisation correcte et respectueuse de la langue nationale de Bretagne.

Yannick Legall

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2015, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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8 Commentaires

  1. pas facile de s’y retrouver , quand d’une région à une autre , le breton n’est pas le même . d’un département à l’autre on vouvoit ou on tutoit etc

  2. Ne pouvez-vous pas publier le même article en langue bretonne justement?
    Car Breizh-Infos est un site sympathique, mais manque vraiment d’articles écrits en breton…

  3. En effet, Breizh In fo est un excellent site d’information, bien au dessus de l’Agence Bretagne Presse, de Breiz Atao, de Bretagne Info et de 7seizh. Il se pose en leader sur le marché du site d’infos en Bretagne. Par contre, il est vrai qu’il gagnerait encore en excellence s’il y avait une rubrique dédiée en langue bretonne – au moins mensuel, ça n’est pas dur à faire, si ? – et un peu plus de présence du breton dans les titres, intertitres…

    Il y a un paradoxe à s’appeler « Breizh » et à n’avoir rien en langue bretonne, quand même. Il faut y remédier.

    • Je dirais que Breizh Info se démarque de Agence Bretagne Press : plus culturel et moins info en continu.

      Il a un côté populaire qui est positionné pour concurrencer directement Ouest France et le Telegramme. Un jour sa fréquentation pourrait exploser. Sur le web ça peut être exponentielle.


      Langue bretonne. C’est vrai qu’il y a un manque de ce côté.

      Je suis pas brittophone mais je ne demande qu’à apprendre, des mots, des expressions tout en suivant l’actualité.

      A court terme pourquoi ne pas introduire des titres traduits, des mots, de l’éthymologie ( avec de la phonétique ).

  4. La france détruit le breton depuis 2 siècles, m.le pen est contre le breton dans la sphère Publique, critiquant par ex. la signalitique bilingue..amputation de 40% du potentiel économique (Nantes-st.Nazaire..)
    Comment peut on encore supporter le bourreau Français ?
    Re-souveraineté de la Bretagne.
    Un deiz e vo sklaer an amzer…

  5. « Cher » Yannick Legall, je connais Marie Gabiache : on lui a demandé de relire et corriger uniquement les textes et phrases en français, vu qu’elle ne connaît pas le breton. C’est la faute de Larousse, et pas la faute de Marie. S’il y a bien un responsable, c’est Larousse… et éventuellement Bonnissent, qui a dit avoir décrit le breton comme il le parlait dans sa famille, mais a justifié ses erreurs en disant « oui euuuh c’est parce que beaucoup d’expressions changent avec le temps ». Si Bonnissent savait au fond de lui que son breton n’était pas parfait, il aurait dû suivre des cours et surtout refuser le job en disant à Larousse qu’il n’était pas l’homme de la situation. Donc voilà, Yannick Legall, évite de pointer n’importe qui du doigt, avec tous tes préjugés. Lis la méthode Assimil en breton, elle est écrite par un « vrai » Breton et ça te calmera.

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