09/02/2015 – 10H00 Budapest (Breizh-info.com) – Après la Grèce, un second état européen amorce un discret pivot vers la Russie. Il s’agit de la Hongrie, que Poutine visitera le 17 février. Ce rapprochement russo-hongrois est lié à l’approvisionnement de la Hongrie en gaz et au conflit ukrainien.

C’est la quatrième vague de mobilisation ukrainienne qui a mis le feu aux poudres dans la Hongrie frontalière : près de 200.000 Hongrois habitent en Ukraine, notamment en Transcarpatie pour 150.000 d’entre eux et peuvent être potentiellement mobilisables. Ce que la Hongrie refuse. Márton Gyöngyösi, du parti nationaliste Jobbik l’a résumé dans le journal russe Vzgliad : « pas un hongrois ne doit combattre pour Porochenko ». Cette position fait consensus parmi l’ensemble des hommes politiques hongrois, au point que le socialiste Zolt Molnar, qui dirige le comité de sécurité nationale au sein du Parlement a appelé la Hongrie « à prendre des mesures pour que l’Ukraine ne puisse mobiliser un grand nombre de Hongrois ».

Le parti Jobbik va même plus loin en appelant à « ne plus s’en faire pour l’intégrité territoriale de l’Ukraine, qui ne sera plus jamais telle que l’on a connu avant » le conflit, ce qui est un appel à peine voilé à récupérer la Transcarpatie qui faisait partie avant 1920 de l’Empire austro-hongrois. Dans cette région vivent aussi des Ruthènes – des Slaves russophiles – dont les revendication indépendantistes sont latentes depuis 2008. Depuis le début de la guerre d’indépendance du Donbass, l’Ukraine maintient en permanence une division sur le pied de guerre en Transcarpatie, pour y contrecarrer l’apparition d’un second front.

Pour sauver les Hongrois de la mobilisation, le premier-ministre Viktor Orban menace l’Ukraine de suspendre les livraisons de gaz russe : plusieurs pays autour de l’Ukraine lui livrent en effet du gaz que la Russie leur a vendu, bien que Gazprom s’y oppose fermement. Mais cela ne suffira à peser sur l’Ukraine que jusqu’au printemps. Deux autres vagues de mobilisation sont prévues par l’Ukraine en avril et en juin, et il est fort probable qu’il y en ait d’autres dans la seconde moitié de 2015.

La Hongrie devrait par ailleurs négocier mi-février un contrat de livraison de gaz russe à long terme; celui-ci prendra en compte la fin du gazoduc vers le sud de l’Europe South Stream, qui intéressait beaucoup la Hongrie, l’Autriche et l’Italie, et règlera les conditions de la liaison entre ses gazoducs et ceux de la Grèce ou de la Turquie, à travers les Balkans. La Russie a en effet prévu de couper l’alimentation de tous les gazoducs traversant l’Ukraine en 2019, lorsque le tuyau vers la Turquie et la Grèce sera achevé.

Il est fort possible que dans les semaines à venir la Hongrie ne fasse d’autres concessions à la Russie et que certains troubles sociaux éclatent à nouveau, comme à l’automne 2014, pour tenter de les contrecarrer et de maintenir coûte que coûte le pays dans le camp occidental.

Photo : DR
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4 Commentaires

  1. Obliger de choisir son camp est une erreur dont on voit les conséquences en Ukraine. La question de la Grèce et de l’Hongrie est donc très mal posée- doivent-ils vraiment choisir ou juste vivre en bons voisins européens ? L’UE n’apprend rien à ses erreurs…

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