12/01/2016 – 08H00 Nantes (Breizh-info.com) – Vendredi encore, le démarrage prochain des travaux à Notre-Dame-des-Landes paraissait acquis. Depuis samedi, c’est beaucoup moins sûr. En réunissant presque sans préavis plus de 15.000 manifestants et des centaines de tracteurs sur une portion de rocade, au cœur de l’hiver, par une météo peu clémente, l’Acipa (Association citoyenne intercommunale des populations concernées par le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes) a réussi une démonstration qui dépasse sans doute ses propres espérances.

Elle a prouvé sa capacité à mobiliser très vite des opposants déterminés : une opération coup de poing des pouvoirs publics sur le terrain ne pourrait que dégénérer en violences incontrôlées. Les dizaines de manifestations organisées ailleurs en France montrent que le risque est national et non localisé à un canton de Loire-Atlantique.

La relative discipline des manifestants entrave la communication des partisans de l’aéroport, recentrée depuis des mois sur les violences des « zadistes » et non sur le projet lui-même. (Malgré quelques tentatives pour les monter en épingle, les incidents mineurs de fin de manifestation n’ont probablement pas le moindre retentissement dans l’opinion publique, contrairement aux violences du 22 février 2014.) Quant à la communication de l’Acipa autour de la manifestation, elle vise habilement François Hollande, « pour qu’il respecte sa parole donnée ».

Hollande, Retailleau, même combat ?

Et en effet, François Hollande se trouve bel et bien au cœur du problème. L’équation est simple : sera élu président en 2017, croient la quasi-totalité des commentateurs, le candidat qui arrivera en numéro 2 derrière Marine Le Pen. La réélection de François Hollande se jouera donc au premier tour : il devra devancer le candidat des Républicains. Pour cela, il lui faudra rassembler à gauche et attirer un peu à droite. Mais une partie de la gauche cherche des prétextes pour rompre avec lui, on l’a vu à propos de la déchéance de nationalité. La présence importante de groupe d’extrême-gauche dans la manifestation de samedi indique que Notre-Dame-des-Landes, un aéroport « capitaliste », pourrait devenir un excellent thème de rupture nationale.

Et si une partie de la droite est séduite par l’état d’urgence, lancer les travaux désormais n’apparaîtrait plus comme un rétablissement de l’état de droit ; ce serait au contraire le fait déclencheur de troubles dont la France n’a pas besoin. Sur sa gauche comme sur sa droite, le projet de Vinci menace directement la réélection de François Hollande.

Localement, la situation est encore plus compliquée pour le président de la République. Jacques Auxiette, principal héraut du projet jusqu’en 2015, a quitté la présidence du conseil régional en laissant la place à la droite et ne représente plus que lui-même. Son poulain battu, Christophe Clergeau, est inaudible faute d’une envergure suffisante. Philippe Grosvalet, président du conseil départemental de Loire-Atlantique, est à peine mieux placé. Johanna Rolland, maire de Nantes, évite soigneusement une question à laquelle elle a la chance d’être trop jeune pour avoir été mêlée au départ. Le défenseur le plus en vue de l’Aéroport du Grand Ouest est désormais le nouveau président du conseil régional, Bruno Retailleau. Lequel a toutes les raisons d’appuyer là où ça fait mal : si le projet est lancé, il pavoise, s’il ne l’est pas, il reproche à l’État de délaisser la région – pile je gagne, face tu perds ! Mais permettre à Bruno Retailleau de pavoiser serait se mettre à dos la gauche régionale… dans l’une des dernières régions qui votent majoritairement à gauche.

François Hollande prendra-t-il le risque de perdre sa présidence pour construire un aéroport ? Ce n’est pas le plus crucial des problèmes auxquels il est aujourd’hui confronté, mais ce n’est sûrement pas le moins irritant.

nddl7

Crédit photos : Breizh-info.com (mention obligatoire) 
[cc] Breizh-info.com, 2016, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

2 Commentaires

Comments are closed.