Nantes : la chapelle des Petites soeurs des pauvres abattue la semaine prochaine

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16/01/2016 – 08h30 Nantes (Breizh-info.com) – La chapelle Sainte-Anne qui se trouve derrière la maison de retraite et couvent des Petites soeurs des pauvres à Nantes va disparaître du paysage. Déjà privée de ses vitraux, de son chemin de croix, de son autel, de son tabernacle et de ses autres objets d’art sacré – hormis trois statues – elle sera abattue la semaine prochaine, de lundi à vendredi. A son emplacement, ainsi qu’à ceux de l’ancienne ferme située au fond du terrain, contre l’enclos de l’ancien couvent des Capucins, une nouvelle maison de retraite aux normes de 77 places sera construite d’ici 2018.

Il y aura aussi une nouvelle chapelle, d’inspiration moderne voire moderniste, puisqu’elle n’aura pas de clocher – mais sera signalée sur la rue de Haute Roche par une grande croix – et sera revêtue d’un bardage de fer. Ses vitraux seront ceux de l’ancienne chapelle, qui ont été démontés. Le grand autel et le gros du mobilier religieux de l’ancienne chapelle y seront replacés ; en attendant, les religieuses ont converti en chapelle une salle située au rez-de-chaussée de leur bâtiment. Le clocher de la chapelle – un modeste clocheton en fait qui abrite deux cloches – reste : il est situé sur le rebord du bâtiment principal – œuvre de l’architecte Chenantais – auquel les démolisseurs ne touchent pas.

En revanche une partie de l’aile en retour de ce bâtiment est abattue ces jours-ci. Un trait de scie au droit d’une cheminée marque la limite que ne franchiront pas les mâchoires des pelleteuses. Perchés sur une nacelle garnies de disques de scie énormes, ce mardi matin des ouvriers traçaient aussi les traits de scie qui séparent l’ancienne chapelle du reste du bâtiment historique. A l’intérieur de l’édifice vide et désolé, trois statues peuplent encore le choeur. Solidement scellées à leurs socles, dans des niches du choeur, elles devaient être abandonnées. Finalement, le dépôt d’objets sacrés diocésain veillera à les faire démonter dans les jours à venir.

La maison de retraite des Petites soeurs des pauvres est une institution à Nantes. En 1858 l’asile Sainte-Anne est construit aux frais de la ville dans le quartier de Bel-Air, sur un terrain entre la rue Russeil où donne le bâtiment principal, et la rue de Haute-Roche. Il sagit de satisfaire à l’une des conditions de la donation de M. Urvoy de Saint-Bedan à la Ville de Nantes d’une statue en bronze, de 30 tableaux et d’une somme de 25 000 francs : acquérir ce terrain et y construire un asile pour les vieillards pauvres des deux sexes. Le 31 octobre 1856, Ferdinand Favre, maire de Nantes, informe le conseil municipal que l’asile Ste Anne est « terminé et livré depuis quelques mois à sa destination« . Aux frais de M. Urvoy de Saint-Bédan, l’asile est enrichi d’un système de chauffage et la chapelle est ornée d’un autel sculpté. Cette chapelle – très fonctionnelle et donc peu gracieuse de l’extérieur, mais à la construction soignée – est inaugurée le 24 novembre 1856 par le curé de Saint-Nicolas. Le donateur demande aussi que l’asile soit confié aux Petites Soeurs des Pauvres, dont la vocation est de loger et de soigner les personnes âgées pauvres.

En avril 1856, Jacques-Olivier Urvoy de Saint-Bédan achète un terrain limitrophe de l’asile de 1931.38 m² et le donne à la commune pour agrandir la superficie de l’asile, sous condition que celle ci se charge chaque année du chauffage de l’asile, avec 16 000 kg de charbon de terre anglaise (tourbe) de 1ère qualité. Il donne en outre 8000 francs pour que la Ville édifie un mur au sud du domaine. Ce legs est à l’origine d’un fait étrange : le territoire du couvent appartient en partie à la congrégation, en partie à la ville.

Le projet de nouvelle maison de retraite s’accompagne de la construction de nouveaux logements et de la conversion d’une partie du bâtiment historique en foyer logement et en appartements. Une coulée verte sera ouverte vers le jardin tout proche des Capucins, qui communiquera désormais avec la rue Russeil. L’entière propriété de l’ensemble sera transférée à la congrégation des Petites Soeurs des Pauvres, dont l’établissement de Nantes reste très actif, avec une communauté encore assez solide – ce qui n’est pas le cas de bien d’autres villes, comme Tours ou Reims que les sœurs ont récemment quitté, transférant la gestion de leurs établissements à des laïcs.

Certains regretteront cependant que l’adaptation nécessaire de l’établissement géré par les Petites soeurs des pauvres s’accompagne d’une nouvelle perte pour le patrimoine historique et religieux nantais. Les espaces où la ville respire – emprises des couvents, des jardins, des parcs des hôtels particuliers, des friches – ne cessent en effet de se réduire sous la pression croissante de l’urbanisation et de l’appétit des promoteurs.

Le quartier de Bel Air est très marquée par la présence d’établissements catholiques : outre les Petites soeurs des pauvres, il y a aussi l’ancien couvent des capucins aux deux chapelles – l’une murée, l’autre servant de studio de danse pour le centre chorégraphique national de Nantes, tandis que les bâtiments abritent un site du CHU – et le couvent encore actif des clarisses. Plus loin à l’est, la rue de Bel Air et ses deux chapelles d’établissements scolaires – celle du collège Victor Hugo, ancien collège des frères de la Salle, sert maintenant de cantine, celle du lycée Talensac est toujours affectée au culte. Encore plus près de l’Erdre enfin se trouve Saint-Stanislas doté d’une chapelle monumentale, presque aussi grande que les églises des bourgs ruraux. « Un pan de « Terre Sainte » – Nantes en possède encore deux autres, autour du boulevard Guist’hau d’une part, et dans les faubourgs Saint-Clément et saint Donatien d’autre part – dont il serait bon de reconnaître et de consacrer l’importance patrimoniale et architecturale« , estime un bon connaisseur de l’urbanisme nantais.

Photo : breizh-info.com
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14 Commentaires

  1. C’est de plus en plus systématique dans notre pays, de remplacer ce qui est beau par le laid !!! Comme en Russie Soviétique.

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