Valeurs universelles contre valeurs européennes ! Par Thomas Ferrier

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Dans un article publié dans Le Monde « Culture et Idées » daté du 16/01/2016, l’historien Emmanuel Droit oppose Angela Merkel et Marine Le Pen, expliquant ainsi qu’il faudrait soutenir la première parce qu’elle prônerait une Allemagne « européenne, humaniste, défendant des valeurs universelles » sous prétexte de l’ouverture qu’elle a affichée vis-à-vis de prétendus réfugiés et qui a abouti aux conséquences déplorables qu’on connaît.

Cette définition m’a interpelé. En premier lieu, il est surprenant de définir l’Allemagne comme « européenne » parce qu’elle accueille des migrants non-européens. En fait, être « européen » serait donc vouloir que l’Europe cesse à terme d’être européenne. Etrange conception. Ensuite, qu’est-ce que l’humanisme ? Ce n’est visiblement pas la défense des humanités classiques, alors que l’enseignement du grec et du latin en France est menacé par une scandaleuse réforme de l’éducation nationale. En vérité, cet « humanisme » prétendu n’est qu’un humanitarisme éthéré, un autre nom pour une forme de gauchisme, mâtiné de christianisme des catacombes, tout cela au nom de la mauvaise conscience d’une Europe qui se serait « mal conduite » par le passé.

Le point essentiel qui suscite ma réaction est surtout qu’une Allemagne « européenne » défendrait des « valeurs universelles ». On comprend bien qu’il s’agit pour cet auteur de défendre la fameuse DUDH, dont la CEDH est la transposition juridique dans le droit national et européen contemporain.

Cette notion de « valeurs universelles » définirait donc l’Europe à la place de « valeurs européennes ». En résumé, l’Europe se définirait par son inexistence.

Il convient de comprendre cette expression de deux manières différentes. Or aucune des deux n’est acceptable.

Soit les valeurs européennes ont une portée universelle et alors cela siginfierait que la civilisation européenne serait supérieure moralement aux autres civilisations. C’est le principe même du colonialisme qui est à juste titre condamné et même du nazisme honni. Vouloir imposer des valeurs prétendument européennes au monde entier, c’est de l’impérialisme, ni plus ni moins, et c’est bien sûr indéfendable.

Soit les valeurs européennes n’existent simplement pas, et alors c’est nier l’existence d’un peuple européen, remettre en question le principe même de toute construction européenne d’ailleurs, et c’est alors une grave manifestation d’ethno-masochisme associé à un racisme europhobe. Et c’est bien sûr là encore indéfendable.

En réalité, il faut comprendre la mise en avant de valeurs universelles, c’est-à-dire de la DUDH, dans les deux sens. C’est l’expression d’un suprémacisme civilisationnel et en même temps celle d’une haine de l’homme européen, donc une forme de « chauvino-mondialisme », dominateur et suicidaire à la fois.

De vraies valeurs universelles devraient l’être sur un plan géographique mais aussi historique. De telles valeurs ne seraient donc liées à aucun peuple en particulier mais l’apanage de tous. On constate bien qu’il n’en est rien et que les valeurs du monde islamique, de l’Inde ou de la Chine sont sensiblement différentes des nôtres. Mais elles ne seraient également liées à aucune époque en particulier. Or la DUDH est née en Europe (au sens large) dans un contexte très précis, qui est la période post-traumatique de l’après-guerre (1948). Les valeurs contingentes qui en émergent sont définies par le rejet de ce que l’Europe a vécu entre 1918 et 1945. A un nationalisme exacerbé et criminel, on oppose un universalisme qui n’est pas moins exacerbé et qui va se révéler à sa manière criminel à son tour et cette fois encore au détriment des Européens. Ces valeurs, qui ne sont pas universelles, ne sont en vérité pas non plus européennes.

En effet, les valeurs européennes ne sont pas représentées par les fascismes, qui en furent davantage une sordide dénaturation que la négation, mais elles ne sont pas non plus représentées par le mondialisme qui leur a succédé. Les vraies valeurs européennes ne sont pas « universelles » mais simplement européennes, héritières de la matrice indo-européenne, de la Grèce, de Rome, de la double foi pagano-chrétienne et de l’Europe du Nord et de l’Est. Des valeurs que nous partageons pleinement avec la Russie de Poutine d’ailleurs. Des valeurs qu’on qualifie de chrétiennes quand elles sont si souvent païennes. Des valeurs héroïques. Les Européens selon le grec Hippocrate il y a 2500 ans étaient définis comme « chérissant la liberté et honorant la bravoure ». Voilà quelles sont nos valeurs.

Thomas FERRIER (voir son blog)

Photo : DR
Breizh-info.com, 2016, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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7 Commentaires

  1. L’auteur de cet article affirme l’existence indéniable d’un peuple européen, ce qui ne va pas de soi. L’observation des Européens montre au contraire qu’il y a des peuples européens qui se ressemblent (il n’y a sans doute pas plus proche d’un peuple européen qu’un autre peuple européen) parce qu’ils ont une origine commune (les Homo Sapiens Sapiens qui ont remplacé les Néanderthaliens et qui sont peut-être les vrais introducteurs des langues dites indo-européennes, longtemps avant le Néolithique; voir à ce sujet la théorie récente du Paradigme de la Continuité Paléolithique, dite PCP) et parce qu’ils n’ont cessé d’échanger entre eux des éléments de langues, des thèmes culturels, des techniques et des idées depuis quatre dizaines de millénaires, mais qu’il est impossible de réduire, malgré tout cet héritage commun, à un seul peuple. Il y a, entre eux, de très grandes différences et de très grandes divergences de points de vue et d’intérêts qui interdisent la fusion de ces peuples en un seul contrairement à ce que certains ont pu croire ou espérer. La formation d’un peuple est une construction historique qui requiert des conditions très rarement réunies. De toute évidence, à ce jour, ce n’est pas le cas; nous assistons au contraire à un affaissement de l’enthousiasme europhile consécutif à la deuxième guerre mondiale et à une réactivation vigoureuse des patriotismes historiques. L’indispensable union des Européens ou de certains d’entre eux seulement, ne peut être différée jusqu’au moment où un peuple européen se sera formé (nous risquerions d’attendre fort longtemps). Cette union ne peut qu’être une union politique visant certains objectifs tels qu’un marché commun protégé, un pacte défensif et des collaborations scientifiques, techniques, militaires et industrielles. Une telle union est possible tandis que la formation d’un peuple européen est, pour le moins, problématique.

    • 0.04% de différence génétique entre Européens (Cavali-Sforza). Donc vos allégations motivées par le dogme idéologique du souverainisme sont fausses.

      • J’ai écrit qu’il n’y a pas plus proche d’un peuple européen qu’un autre peuple européen et c’est vrai aussi au plan génétique mais l’homme est par nature un être de culture, comme l’a écrit Arnold Gehlen, et les différences entre les peuples ne se résument pas aux différences biologiques (comme le pensaient les  »völkisch » de sinistre mémoire); les nord-américains d’origine européenne sont également du point de vue biologique des européens mais ils sont du point de vue culturel très différents de nous malgré l’ influence considérable qu’ils exercent sur les peuples européens. Les différences entre les communautés humaines sont très largement d’ordre culturel (Konrad Lorenz parlait , à propos des différences culturelles, de pseudo-spéciation) et entre les Européens il y a, en plus des différences d’intérêt, des différences d’ordre culturel (au sens très large du terme) qui sont importantes et parfois très difficiles à surmonter.
        Je n’adhère à aucun dogme; pas plus à celui du souverainisme (??) qu’à celui d’un nationalisme européiste dont le fondement serait ancré dans la  »génétique ».

      • Vous mettez en avant des différences qui sont marginales. La vision globale du monde, d’un Basque ou d’un Breton, ne diffère guère de celle d’un Russe, d’un Alsacien, d’un Finlandais, ou d’un Catalan. « Ce lieu, cet espace ne sont pas seulement géographiques, ils sont spirituels. Pourtant le site est d’ici, et non d’ailleurs. C’est pourquoi l’identité d’un peuple, s’affirme notamment dans sa manière de travailler le sol, le bois, la pierre. Sa singularité se manifeste dans ce qu’il bâtit, ce qu’il crée, dans ce qu’il fait. Chaque peuple à sa façon personnelle, de se relier à l’espace et au temps. L’instant de l’Européen, n’est pas celui de l’Africain, ni celui de l’Asiatique. » : Dominique Venner… Alors voyez…. Tout n’est pas que génétique, justement… Mais ce que nous pouvons désigner sous le terme d’européanité est une réalité.

      • Vous avez mis en avant le chiffre de 0,04% de différences génétiques (différences entre qui et qui, d’ailleurs ?); ce faisant, vous avez mis en avant le facteur génétique et vous avez affirmé l’importance essentielle de la biologie. Maintenant vous affirmez l’existence d’une  » vision globale du monde » commune au Basque, au Breton, au Russe et au Finlandais; c’est une affirmation parfaitement gratuite. De plus, les Basques sont peut-être les ultimes descendants des Ibères dont l’anthropologue Marcel Otte dit qu’ils sont venus du Caucase et qui auraient donc des origines différentes de celles de leurs voisins (ils ont d’ailleurs des particularités biologiques dont une répartition très différente des groupes sanguins). Affirmer que les Basques partagent la même  »vision globale du monde » que leurs voisins, c’est affirmer que la vue du monde peut transcender les différences d’origine.
        L’européanité est une réalité qui est liée à une origine commune vieille de 40000 ans et à des échanges culturels incessants entre les descendants de Cro-Magnon; ceci dit, cela ne suffit pas à créer un sentiment national européen qui n’existe que chez une infime minorité d’Européens (quelques milliers ou dizaines de milliers de personnes; l’immense majorité des partisans d’une Europe supranationale sont des mondialistes pour lesquels la construction européenne est une étape vers la société mondiale). Les nations ne se créent pas à volonté; ce sont des constructions historiques qui requièrent des conditions très particulières et très rares. A ce jour, de telles conditions ne sont pas réunies et les vieilles nations historiques n’ont pas dit leur dernier mot. Sauter sur sa chaise en criant  »l’Europe, l’Europe, l’Europe » ne changera rien à cette situation.

      • @ François Arondel

        D’ailleurs c’est 0.004% et pas 0.04% (juste une précision), le taux moyen de différenciation génétique en Europe, mais peu importe. Cette parenté de peuplement est doublée d’une parenté culturelle et religieuse, d’une évolution convergente de tous les peuples composant l’Europe, qu’ils soient de langue indo-européenne (96% des Européens) ou de langue indo-européanisée (finno-ougriennes, caucasiennes, basque).

        Les liens entre l’Ibérie de l’ouest et l’Ibérie de l’est (Géorgie) relèvent d’une théorie totalement abandonnée depuis longtemps, mais quand bien même, cela nous rappelle qu’avant les Indo-Européens eux-mêmes il y avait une unité plus ancienne encore des peuples d’Europe (les Boréens).

        S’il y a une ascendance commune et des liens sans cesse renouvelés, alors oui il existe bien une nation européenne. Mais cette nation n’a pas (encore) son Etat. Elle n’a donc pas encore de dimension politique, de transposition sur un plan politique de sa réalité identitaire, devrait-on dire. C’est ce qui nous reste à bâtir, parachevant notre histoire, à savoir un Etat européen unitaire. Les partisans d’une « Europe » supranationale ne sont partisans en vérité d’aucune Europe du tout. Ce sont des usurpateurs stipendiés par le « parti de l’étranger » et pilotés par les USA.

        Tout ce qui divise l’Europe, y compris la promotion ad nauseam d’un ancien cadre politique « national » totalement dévoyé, et qui relève lui aussi à sa façon d’une escroquerie intellectuelle (par une relecture biaisée et fallacieuse des siècles passés), sert les intérêts de puissances étrangères à la vie du continent.

        En résume, le souverainisme fait partie au même titre que le mondialisme d’un « nihilisme européen », mot que je reprends de Nietzsche, et qui est l’incapacité non seulement à penser l’Europe comme un tout mais aussi à envisager son avenir. La nostalgie d’une France fétichisée des années 50, passant sous silence que les maux actuels sont nés hier et justement à cette époque, en oubliant la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie, l’humiliation de Suez… etc, n’a rien de crédible.

        Vous dites que les « vieilles nations historiques » n’ont pas dit leur dernier mot ? Si, elles l’ont dit, et c’était en 1914. Maintenant place à l’avenir, et face à des menaces mortifères comme jamais l’Europe n’en a connues dans son histoire, brisons mais brisons donc ces vieilles idoles qui nous empêchent de combattre et de vaincre ce qui nous tue, ce qui nous nie. Les Etats ne sont plus les défenseurs des peuples, mais leurs geôliers ! 70 ans de trahisons et de reniements, ça suffit !

        Cordialement

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