Le feu chez les Celtes anciens, par François Pinsard

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La rédaction de Keltia Magazine, nous adresse en exclusivité sur Internet un article extrait du dernier numéro (janvier mars 2016). Il s’agit d’un écrit de François Pinsard sur la place du feu chez les Celtes anciens.

La « Guerre du feu » s’était éteinte depuis fort longtemps (des dizaines de milliers d’années) lorsqu’au quotidien, nos ancêtres (toujours les mêmes) s’occupaient d’allumer ou d’entretenir leurs foyers. Un acte, mais aussi un remède, un symbole, et bien davantage encore, au regard de leur culture….

Allumer un feu, se chauffer, cuire ce qui est cru, donner un autre goût à l’aliment rendu digeste, fumer la viande pour la conserver, boire chaud, enfumer aussi indirectement les toits des chaumières pour annihiler les effets des insectes nuisibles, c’est la plus concrète des attitudes dans chaque demeure celte comme d’ailleurs dans chaque foyer du monde ancien.

Le feu, cause et témoin

Le foyer rassemble les membres de la famille, autorise à dépasser la limite de la lumière du jour et de réactiver, par le regroupement des individus, l’inconscient collectif et le partage des contes, des légendes lors des veillées, de la connaissance et de la tradition.

Le feu est au-delà, cause, témoin et éternel signe de purification. Les moyens pratiques de créer à volonté cet état calorifique par transmutation chimique des éléments combustibles (en trois lettres « feu ») ont toujours été délicats, et chacun connaît déjà la plupart des procédés primitifs utilisés.

Des découvertes archéologiques attestent que les Gaulois, et sûrement ailleurs d’autres Celtes en Europe ont, par le talent de leurs maîtres forgerons, utilisé l’outil à feu qu’est le briquet ou fusil. S’il est naturel qu’un archéologue identifie la nature d’un objet avec toutes les précautions nécessaires, il est amusant de constater que lors des premières découvertes de ces briquets, on a d’abord attribué par ignorance une autre fonction à l’objet, décoration de char, partie d’outils agricoles, objets votifs.

Jusqu’à incandescence

Composé d’une simple barre de fer recourbée à ses extrémités afin d’être facilement préhensible par deux doigts d’une main, le briquet est frappé contre un silex maintenu dans l’autre main sur le bord duquel on coince avec le pouce un morceau d’amadou jusqu’à incandescence. Une fois la présence réussie d’un point rouge d’ignition, on souffle délicatement en déposant l’amadou brûlant sur un dépôt combustible et sec comme de la mousse, du lichen ou de la charpie afin de provoquer une flamme nette, le début d’un nouveau foyer. Le feu est allumé !

Créer des étincelles

L’examen métallographique des briquets révèle que les barres de fer doux ont été aciérées par un procédé empirique de cémentation, dans leur partie large de percussion au moyen d’une chauffe vive en présence de matière organique comme corne, cuir, qui brûlés, transmettent leurs atomes de carbone conférant à la surface du fer la qualité dure de l’acier, donc propre à créer des étincelles.

Les traces

La similitude de formes trouvées en France, Allemagne, ou Belgique dans ces couches du IVe et Ve siècles avant J.-C. avec les briquets gallo-romains, mérovingiens et des époques successives jusqu’au début du XXe siècle ne laisse aucun doute sur ces outils à feu. Pourtant, malgré une telle évidence, on prétendait encore voici 25 ou 30 ans qu’il était impossible de supposer que les Celtes aient pu fabriquer et utiliser ces objets. Démarche de pensée caractéristique, qui a bien changé depuis. Des briquets ont été retrouvés dans les grottes ardennaises où se cachait le peuple des Éburons avec son chef Ambiorix en 57-56 avant J.-C. lors de sa résistance patriotique, avant d’être exterminé par les Romains de César.

Le feu transposé

Le feu est vitalité. L’aurore rouge de chaque matin est célébrée comme ardente. Il préside, à la fête de Samonios, la fin de l’an où on l’éteint au cours du rituel. Il est rallumé ensuite pour durer toute la nouvelle année. À la fête de Belotepnia (ou Beltaine), hommage à Belenos (ou Bel), un malade de chaque espèce de bétail, passe entre deux feux vitaux pour purifier sa santé durant une année. L’utilisation du feu est attestée uniquement lors de ces deux seules fêtes. Sous le chaudron, un des quatre attributs des druides primordiaux, le feu transforme la matière. Il donne une seconde naissance aux guerriers des sagas irlandaises. Il anime aussi leur vigueur guerrière. Le nom du peuple des Éduens, « Aedui », signifie les Ardents. L’eau s’allie au feu dans les noms des Îles du Nord du Monde de la Tradition où la lance de Lug et le chaudron du Dagda irlandais se trouvaient initialement. Il est manié par les druides et leurs paroles en sagesse et poésie sont dites aussi composées de feu. Rapportant leurs propos, Strabon disait que les druides « affirment, et d’autres avec eux, que les âmes et que l’univers sont indestructibles, mais qu’un jour le feu et l’eau prévaudront sur eux » (Géo, IV, 4).

Les opposés sont partout comme le sombre et le clair, l’hiver et l’été, l’eau et le feu. C’est le chemin du renouvellement constant, de la renaissance perpétuelle.

Cette notion de feu, souvent associé à son contraire, l’eau, se retrouve effectivement dans toute la culture, les légendes irlandaises et galloises, et probablement celles, perdues, des Celtes du continent européen, Elle est aussi rencontrée, en parallèle, dans le monde indien et indo-européen.

Les paroles prémonitoires des druides cités par Strabon doivent nous aider à réfléchir, en ces périodes de réchauffement climatique et de montée des eaux des océans, à l’avenir de notre Terre…

François Pinsard

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine.

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2 Commentaires

  1. Il n’y a pas de transmutation chimique dans le feu qui est une réaction chimique naturelle, qui sépare et recombine des éléments chimiques existants dans des molécules en d’autres molécules. (exemple : CH4 + 2O2 = CO2 + 2H2O)

    La transmutation signifie qu’un élément chimique est transformé en un nouvel élément chimique, ceci est très spécifique au domaine nucléaire et existe sous deux formes :

    – naturelle : par ex désintégration de l’uranium 238 (radioélément naturel le plus courant, demi vie 4.45 milliards d’années) en thorium 234 par émission spontanée d’une particule alpha (phénomène extrêmement rare, cf radioactivité naturelle très très basse)

    – artificielle : par ex lorsque dans un réacteur nucléaire un atome d’uranium 238 capture un neutron, il devient du plutonium 239 (après deux désintégrations beta- assez rapides) artificiel 190000 fois plus radioactif que l’élément de départ (demi vie du Pu239 24000 ans)

    Ainsi les réacteurs nucléaires civils produisent chaque année, par activation (capture d’un neutron) ou par fission, des centaines de millions de tonnes équivalents uranium (l’élément de départ) de déchets nucléaires artificiels, éléments chimiques qui n’existaient pas, s’accumulent et qu’il faut surveiller 24h/24 pendant des milliers d’années si l’on ne veut pas transformer la terre ou nos terres en enfer radioactif.

    Qu’il y ait problème climatique ou pas, le nucléaire est dans tous les cas, la pire solution et l’énergie la plus sale.

    L’erreur de l’auteur de cet article est un peu bizarre, ce ne serait pas la première fois que cette revue serait prise la main dans le sac sur ce sujet…

    De la part d’un celte, breton de vielle souche bien décidé à défendre nos terres contre toutes les saloperies, y compris en passant certains auteurs habitués des impostures/filouteries au lance flamme purificateur si cela est nécessaire.

    • Je modifie l’avant dernière phrase en supprimant la remarque sur cette revue, remarque un peu excessive après réflexion…

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