Finance. Jacques Bompard veut interdire le trading haute fréquence en France

08/02/2016 – 07H00 Paris (Breizh-info.com) – Jacques Bompard, le député-maire d’Orange et chef de file de la Ligue du Sud (droite nationale) a présenté une proposition de loi pour interdire le trading haute fréquence (THF) sur le territoire national. Le texte a le mérite de poser des questions qui fâchent, tant ce procédé de transactions boursières à grande vitesse est opaque, et par là exposé au risque de manœuvres frauduleuses capables de déstabiliser le marché, voire l’économie réelle. Il a très peu de chances toutefois qu’il soit adopté. « Mon ennemi c’est la finance » affirmait sans rire François Hollande lors de la campagne présidentielle de 2012. C’était dans une autre vie…

Le texte, déposé le 19 janvier indique que le trading haute fréquence (THF) « s’exécute au moyen de très puissants ordinateurs dotés d’algorithmes informatiques extrêmement complexes. Ces algorithmes gèrent un flux immense de données à la manière d’un big data. Les algorithmes les plus puissants, comme ceux de la firme anglaise de THF « Algo Tech » sont en capacité de procéder à des transactions en 16 microsecondes. Rapportés à une seconde, les ordinateurs sont capables d’effectuer des milliers de transactions dans ce laps de temps ». Ce n’est pas un procédé secondaire : sa rapidité conduit le THF à un développement exponentiel, alors qu’il s’est implanté dans les Bourses entre 2005 et 2007. Et à une réelle importance : en 2014 le THF représentait  entre 24 % et 43 % des volumes sur les actions européennes et de 58 à 76% des ordres.

Cependant, note le député d’Orange, le THF serait « en marge de la légalité, opaque, difficilement contrôlable du fait de son gigantisme hors de portée de l’analyse humaine et bancaire traditionnelle ». En effet la très grande rapidité du THF permet la vente ou l’achat automatisé de milliers d’actions en quelques millisecondes. « Les traders font alors des bénéfices ne dépassant généralement pas un dollar (voire moins). Mais, leurs machines leur permettant de répéter des millions de fois cette opération, les bénéfices finaux deviennent alors très importants », remarque Jacques Bompard.

Il appuie sa volonté d’interdire le THF en France à cause de multiples tactiques de manipulation des marchés mises en œuvre par les traders de THF. « Par exemple le quot stuffing qui consiste à faire du « bourrage d’ordres » afin de saturer les systèmes de la concurrence alors obligés d’analyser les milliers d’ordres lui venant afin de le ralentir ; ne sachant pas quels ordres sont les vrais, ils ne peuvent plus passer d’ordres eux-mêmes. C’est une attaque par la complexité. La plupart de ces ordres seront annulés sauf en cas des meilleurs achats ou ventes. Robert Erra, docteur en informatique, estime que 90 % des ordres sont des faux-ordres ». Si les ordres sont faux, « ces robots jouent aveuglément, correspondant à des valeurs de l’économie réelle, déstabilisant de nombreux investisseurs et entreprises ».

Le projet de loi pointe trois autres techniques : d’abord le « spoofing [qui] consiste à charger le carnet d’ordres boursier dans un sens ou un autre et de retirer les ordres avant exécutions. Le procédé consiste à manipuler le marché en l’attirant par le gonflement du carnet d’ordre ». En miroir, il y a le layering, qui consiste dans le « remplissage d’un carnet d’ordre boursier à l’achat ou à la vente puis de surprendre les autres intervenants en inversant brusquement la tendance. Elle repose sur l’espoir d’un remplissage du carnet d’ordre à l’achat par les autres intervenants venant combler un écart artificiellement créé, puis de les surprendre en inversant la tendance. » Enfin « le cancelling, [qui] consiste à annuler brusquement un très grand nombre d’ordres afin de manipuler le marché tout en confirmant une minorité de ces derniers ».

Résultat des courses : le marché est manipulé et échappe à tout contrôle. Le projet de loi pointe « une dématérialisation du marché laissant aux hommes une capacité de contrôle et d’analyse moindre », ce qui rend illusoire le rôle d’un « gendarme des marchés » comme peut l’être l’AMF (autorité des marchés financiers) en France. Par ailleurs, remarque Jacques Bompard, « La THF rend le marché certes fluide mais particulièrement volatile en spéculant à outrance. Or, en cas de déstabilisation, les dizaines de milliers d’algorithmes, impossibles à contrôler tous, sont en mesure de réagir de manière très rapide sans aucune prise au réel. Pour eux une valeur en égale une autre. Par ailleurs, leur autonomie ajoute à la confusion ». A cela il faut encore ajouter les comportements bien humains : panique, esprit moutonnier, confusion. Un coup de mou momentané peut devenir un crash total en quelques minutes.

Le député donne quelques exemples de crashs boursiers liés au THF. Le premier qui lui fut officiellement attribué date du 6 mai 2010 : « La bourse a perdu 1 000 milliards de dollars. Le déclencheur fut un algorithme appartenant à un grand gérant de fonds. Ayant trop vendu de manière trop rapide, il provoque alors la panique des autres algorithmes. Sans que l’homme ne puisse intervenir pour maîtriser le phénomène. En définitive c’est 150 000 millions de dollars qui sont définitivement perdus. ». Un autre a eu lieu en 2013 : « Le 23 avril 2013, un faux tweet annonçant la mort du président Obama suite à un attentat provoque une panique. Les algorithmes réagissant par mots clés paniquent en anticipant une chute des cours. Le résultat se manifeste sous la forme d’une baisse momentanée équivalente à 150 milliards de dollars. » Il y en a eu bien d’autres depuis : « chaque année, il y aurait des milliers d’incidents de ce genre de moindre portée, notamment en fin de journée avant la clôture des bourses. ».

Mais alors que les algorithmes et les traders jouent avec des chiffres – ils ne savent pas ce qu’ils achètent ou ils vendent, ce sont de vraies entreprises qui en subissent les conséquences, ainsi que l’économie réelle. C’est pourquoi Jacques Bompard propose tout simplement d’interdire le THF en France et au sein de ses juridictions. Sa proposition a été renvoyée, comme le veut le règlement, en commission des Finances. L’Union Européenne n’envisage de son côté une loi pour tenter de réglementer le THF qu’en 2017. Il apparaît peu probable du reste que la proposition de loi du député d’Orange soit acceptée : en plus des problématiques politiques, elle s’appesantit sur des données trop techniques pour l’Assemblée qui préfère suivre docilement la feuille de route gouvernementale, du reste très chargée. Cependant, 2016 s’annonçant sous de très mauvais auspices économiques, Jacques Bompard a le mérite de poser des questions qui fâchent. Et si le THF était l’étincelle qui déclenchera un nouvel effondrement boursier et financier mondial ?

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