Cléveland. Convention républicaine. Journée calme transformée en catastrophe

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20/07/2016 – 18H00 Cleveland (Breizh-info.com) – Pendant les conventions républicaines et démocrates du mois de juillet 2016 aux Etats-Unis, Pierre Toullec vous présente chaque jour un résumé de la journée précédente, en exclusivité pour Breizh Info. En commençant donc par la convention républicaine.

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Mercredi 20 juillet – Une journée calme transformée en catastrophe

La troisième journée de la convention républicaine devait être la plus aisée des quatre jours, avec la dernière journée, ce jeudi, car les votes sont terminés et seuls les dirigeants républicains devaient prendre la parole. Elle aurait dû être calme, maîtrisée et montrer enfin un visage d’unité.

Raté. Deux événements ont transformé cette journée en cauchemar pour Donald Trump. La première fut un communiqué apparemment publié à un très mauvais moment par la campagne officielle : l’équipe du milliardaire a reconnu à 01h17 GMT+1 que le discours de sa femme de lundi avait été inspiré et copié sur celui de Michelle Obama de 2008. A moins d’un quart d’heure du début de la troisième journée de la convention, les médias ont fait de cela la principale information alors que les américains allumaient leur télévision pour suivre l’événement. Après deux jours à nier ce que tout le monde pouvait constater aisément, le timing de la publication de ce communiqué était particulièrement mal choisi.

N’ayant aucun vote à organiser, cette journée était dédiée aux discours pour « couronner » le candidat républicain. Trois hommes étaient particulièrement attendus : le sénateur Ted Cruz, ex-adversaire de Donald Trump à la primaire, Newt Gingrich, héros des républicains dans les années 1990 et artisan de l’unification du parti depuis la victoire du New Yorkais et le gouverneur Mike Pence, ex-anti-Trump qui allait devoir expliquer pourquoi il est passé d’opposant à plus proche allié du milliardaire.

La soirée fut presque parfaite, mais, comme beaucoup l’anticipaient, le sénateur du Texas a brisé l’image d’unité et est désormais à la Une de la plupart des journaux américains.

Pire que tout, malgré l’importance des interventions de Mike Pence et de Newt Gingrich, leurs noms sont à peine évoqués. En trente minutes, Ted Cruz a renversé la balance et fait d’une journée qui semblait devoir être facile pour Donald Trump un désastre politique et médiatique.

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La Une de Politico ce jeudi : le discours de Ted Cruz semble être le seul sujet que les journalistes ont retenu de la soirée de mercredi

Pourquoi le discours du sénateur Cruz était aussi attendu ?

Tout au long de la primaire et jusqu’au mardi 19 juillet, le mouvement conservateur anti-Trump est resté fort. Près d’une centaine d’élus et de dirigeants du parti républicain ont fait le choix de ne pas se rendre à la convention de Cleveland par refus de soutenir Donald Trump. Ceux qui restaient opposés au candidat républicain mais qui sont venus à la convention ont tenu des discours d’unité. Si beaucoup d’entre eux ne sont pas allés jusqu’à soutenir le programme du candidat (notamment Mike Pence et Paul Ryan qui ont soutenu Trump mais en défendant leurs propres idées), tous ont travaillé à l’unité du parti.

Etant donné qu’il n’avait pas soutenu Donald Trump, beaucoup pensaient que Ted Cruz ne serait pas invité à faire un discours à la convention et qu’il ferait comme sept autres candidats à la primaire, c’est-à-dire qu’il ne serait pas venu du tout à Cleveland. Surprise le 8 juillet dernier, les deux hommes se sont rencontrés dans les locaux de la direction du parti républicain à Washington DC. Ils ont conclu un accord selon lequel Ted Cruz prendrait la parole à une heure de grande audience le mercredi 20 juillet, qu’il était libre de ce qu’il dirait et que la campagne officielle n’aurait pas de droit de regard avant que le discours ne soit prononcé.

L’espoir de Donald Trump était qu’en donnant la parole à son pire adversaire, il réussirait à réunir le parti autour de lui.

Raté.

Le discours de Ted Cruz

Contrairement à de nombreux adversaires de Donald Trump, tels que John Kasich, Jeb Bush, Rand Paul et quatre autres, Ted Cruz, le sénateur libéral-conservateur du Texas, a donc accepté de se rendre à la convention de Cleveland. Il n’y sera pas resté longtemps mais aura eu le temps de donner deux discours : l’un au cours de l’après-midi à ses plus fidèles partisans et anti-Trump, de manière similaire (mais moins longue) que la contre-convention de Ron Paul en 2012 pendant la victoire de Mitt Romney .

 Puis est arrivé le « grand moment ».

Ted Cruz a débuté son discours de manière sobre, en commençant par féliciter Donald Trump pour avoir remporté la nomination. Mais rapidement, son orientation a changé. Son intervention d’un peu plus de vingt minutes a été focalisée sur la liberté, dans un ton particulièrement similaire à ceux de Ron et Rand Paul. Sans ouvertement condamner ces deux mouvements, Ted Cruz a clamé « Freedom Matters », un clin d’œil clair aux mouvements « Black Lives Matter » en faveur des noirs américains et « Blue Lives Matter » en faveur des policiers. En commençant par un puissant « I want to be Free » (Je veux être libre), il est parti dans un programme de défense de la liberté et pour la réduction drastique du pouvoir de l’Etat. Il est allé aussi beaucoup plus loin, prônant la diversité des Etats américains dans un sens proche de l’origine, pré-guerre de Sécession, du terme. Avant 1860, chaque Etat était considéré comme étant une nation faisant partie d’une alliance : l’Union des Etats-Unis d’Amérique. Juste après, il a félicité les Anglais pour avoir voté en faveur du Brexit. Il a enfin rappelé que le Texas est la 11ème plus grande puissance économique au monde.

L’addition de ces trois idées n’est pas sans conséquence. Ted Cruz est sénateur du Texas, un Etat qui fut indépendant, qui a pris deux fois son indépendance (vis-à-vis du Mexique en 1836 puis vis-à-vis des Etats-Unis en 1861) et dans lequel le mouvement en faveur d’un référendum sur une nouvelle indépendance est au plus haut de sa popularité depuis la fin du XIXème siècle. Il n’est pas allé jusqu’à prôner l’indépendance de son Etat, mais il en a été remarquablement proche.

Le véritable problème pour Donald Trump fut le reste de son discours. Bien entendu, l’ensemble était en rupture totale avec le message du milliardaire mais Ted Cruz a utilisé ce thème de la liberté pour rappeler aux électeurs qu’ils sont libres. Il les a incités à voter à l’élection de novembre : « don’t stay home in november » (Ne restez pas chez vous en novembre). Plus important, il n’a pas dit pour qui voter. Sa phrase exacte fut « Vote your conscience » (votez selon votre conscience) avant de réaffirmer que l’unité du parti républicain se faisait autour des idées de liberté.

A ce moment, la salle a commencé à comprendre qu’il ne soutiendrait pas Donald Trump. Des cris de l’ensemble de l’auditoire ont commencé à se faire entendre, rappelant que le parti républicain est plus divisé que jamais. Certains criaient « Endorse Trump » (Soutien Trump) pendant que d’autre applaudissaient et criaient « Cruz 2020 » et « Dump Trump » (jetez Trump).

Il a achevé son discours en répétant « en novembre, votez selon votre conscience ». Puis il a terminé en passant la couronne du défenseur du mouvement conservateur à Mike Pence, une attaque violente contre Donald Trump car sous-entendant que désormais, le garant des idées du parti républicain est le candidat à la vice-présidence, pas le candidat à la présidence. Il a alors quitté l’estrade sous des huées et des applaudissements.

Ted Cruz : « sans classe » ou « conscience du parti » ?

Dans les minutes qui ont suivi, les pro et anti-Trump se sont une fois de plus précipités sur les journalistes ou bien leur ont envoyé des messages pour faire passer leur opinion sur ce discours. Les réactions étaient probablement prévues à l’avance « au cas où Ted Cruz ne soutienne pas Donald Trump » car ils furent remarquablement similaires.

Les proches de Donald Trump ont férocement critiqué le discours de Ted Cruz. L’avocat de Trump a qualifié son discours de « suicide politique » mais le message répété en boucle était que le Texan était « sans classe ».

A l’inverse, les anti-Trump ont applaudit ce discours et affirmé que le sénateur est désormais « la conscience du parti républicain » et donc garant de ses idées.

Ce jeudi, plusieurs commentateurs comparent cette intervention de Ted Cruz à celle de Ronald Reagan en 1976, après qu’il ait perdu la primaire contre le président Gerald Ford.

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De nouveaux actes de violence

Pendant ce discours historique de Ted Cruz, la tension est rapidement montée dans la salle. Si les pro et anti-Trump ne se sont pas attaqués directement comme ils l’avaient fait le lundi 18 juillet, la famille du Texan a été menacée. Sa femme, Heidi Cruz, a dû être escortée par Ken Cuccinelli, leader des pro-Cruz, hors de la convention pendant que les partisans de Donald Trump l’insultaient et la menaçaient. Puis, dans les couloirs alors qu’il souhaitait quitter la Quicken Loans Arena, Ted Cruz a été pris à partie et agressé par des fidèles de Donald Trump. Les services secrets ont dû intervenir pour protéger le sénateur.

La crainte de la campagne de Donald Trump, soutenue par les journalistes

Ainsi, les deux pires craintes de la campagne de Donald Trump et des dirigeants du parti républicain ont eu lieu pendant cette convention : un lundi chaotique et le refus de soutenir le nominé par Ted Cruz le jeudi, ces deux événements faisant la Une des médias. La journée réussie de mardi est déjà passée aux oubliettes.

Le sujet est la division de la droite américaine et les violences de la convention. Beaucoup parlent déjà d’un échec complet de l’événement pendant que le parti démocrate reste hilare et se prépare à une convention qui devrait être unifiée la semaine prochaine.

Ce jeudi, Donald Trump doit faire face à un terrible danger. Il doit donner son dernier discours de la convention et accepter la nomination. La journée ne présente pas les mêmes risques que lundi et mercredi mais il doit parvenir à réaliser un discours d’unité avec un langage présidentiel maîtrisé s’il veut faire oublier cette image de convention chaotique.

Le dernier clou dans son cercueil : prononcé par Donald Trump lui-même !

Cependant, au vu de sa prestation d’hier soir, cet impératif de réussite ne part pas sous les meilleurs augures. Donald Trump a pris la parole pour la troisième fois à Cleveland. Au cours d’une intervention relativement générique répétant beaucoup de ses idées habituelles, une remarque a immédiatement frappé le monde entier : le candidat républicain a affirmé que si un membre de l’OTAN était attaqué, en tant que président, il n’enverrait pas forcément de troupes pour défendre l’allié en question, en particulier si la Russie était l’attaquant. L’OTAN est une alliance de 28 pays à travers l’Amérique du Nord et l’Europe datant de 1949 et constitue une alliance défensive en cas d’attaque sur n’importe lequel de ses membres.

La France est probablement le pays le moins en faveur de cette alliance mais jamais aucun président de la république n’a proposé de ne pas intervenir tant que ce pays serait au sein de l’alliance.

Les réactions mondiales ont été particulièrement virulentes, à la fois à la tête de l’OTAN et dans les pays membres. Dans son discours, Donald Trump visait particulièrement l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie. Or, ces trois pays sont ceux pour qui l’OTAN est le plus important. Ils considèrent leur appartenance à cette organisation comme fondamentale pour leur sécurité et se sentent menacés par la Russie. Le Président de l’Estonie a immédiatement réagi pour condamner fortement cette prise de position de Donald Trump, affirmant que son pays respectait tous les termes du traité d’alliance et que c’est cela qui fait des membres de l’OTAN des alliés.

C’est une chose de vouloir quitter ou dissoudre une alliance. Mais rester dans une alliance et prôner de ne pas défendre ses alliés est un acte extrêmement grave et dangereux en termes géopolitiques.

Au final, cette soirée de mercredi fut un désastre politique et médiatique pour le candidat républicain, et ce jeudi, c’est Gary Johnson, le candidat du Libertarian Party, qui se frotte les mains de bonheur.

Retrouvez le résumé de la journée du 21 juillet demain sur Breizh Info !

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- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

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