Etats-Unis. Second débat présidentiel : victoire totale pour Donald Trump !

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11/10/2016 – 07H15 Washington (Breizh-info.com) – Tout au long des élections américaines de 2016, retrouvez chaque vendredi l’analyse de Pierre Toullec, spécialiste de la politique américaine, en exclusivité pour Breizh Info ! L’occasion de mieux comprendre les enjeux et les contours d’élections américaines finalement assez mal expliquées par la majorité de la presse subventionnée – sponsor démocrate de longue date. L’occasion également d’apprendre ce qui pourrait changer pour nous, Européens, suite à l’élection d’un nouveau président de l’autre côté de l’Atlantique.

Second débat présidentiel : victoire totale pour Donald Trump !

L’avalanche de scandales du week-end à la suite des révélations sur les agressions sexuelles dont Donald Trump s’est vanté a mis le candidat républicain en très grande difficulté au cours des dernières 48 heures. Des centaines d’élus et cadres du parti républicain ont condamné ses propos et son comportement. Des dizaines de membres du Congrès ont décidé de lui retirer son soutien. Les condamnations ont été quasiment unanimes, avec seulement une poignée de ses plus proches soutiens qui se sont affichés pour le défendre.

L’ensemble de son équipe a été rappelée à New York City. Donald Trump est resté silencieux pendant la majorité des deux jours après avoir présenté ses excuses et promis d’être un « meilleur homme » samedi matin.

Les sources provenant de l’équipe de Donald Trump ont fait état d’une situation qui semblait désespérée. Le moral à Trump Tower était au plus bas de toute la campagne. Alors que les rumeurs s’amassaient affirmant que son candidat à la vice-présidence était sur le point d’abandonner la course, plusieurs cadres officiels et élus du parti républicain ont publiquement appelé à remplacer Donald Trump par Mike Pence. Ce mouvement au cours du week-end est devenu tellement fort que le parti démocrate a commencé à tourner ses attaques contre Mike Pence, au cas où ils se retrouveraient à l’affronter le 8 novembre.

Ce débat semblait très mal engagé.

Le prélude au débat

Dans les heures qui ont précédé cette soirée, les événements se sont précipités. La direction du parti républicain s’est mise en attente de voir comment Donald Trump allait répondre aux scandales du week-end mais l’idée de cesser tout financement de sa campagne était clairement sur la table. Du côté de l’équipe du candidat, l’idée était que Donald Trump ne pouvait pas gagner cet affrontement, il ne pouvait que limiter la casse. En clair, ses réponses allaient déterminer s’il continuerait la course à partir du lendemain.

Trump n’a pas accepté de se laisser faire. Sa performance l’a montré : cette période de deux jours de silence n’a pas été pour éviter de répondre aux accusations. Au contraire, il semble s’être réservé cette période pour faire l’inverse de ce qu’il avait prévu : une préparation très intense au débat pour connaître parfaitement ses sujets et ses données. Aussi, son objectif fut similaire à celui de Hillary Clinton lors de leur précédent affrontement : parvenir à faire sortir son adversaire de ses gonds. Dans les deux heures précédentes, Donald Trump a organisé son propre événement dans lequel il a invité quatre femmes qui accusent Bill Clinton de les avoir violées ou agressées sexuellement.

Tous les éléments pour le débat le plus ignoble de l’histoire des Etats-Unis étaient en place.

La performance de Donald Trump

Donald Trump a été très impressionnant cette nuit. Il s’agit sans conteste de sa meilleure performance sur l’ensemble des débats auxquels il a participé. Certes il conserve ses défauts vus au premier débat : il interrompt, il ne respecte pas son adversaire, il joue les victimes face aux modérateurs. Cependant, sa préparation était clairement supérieure. Bien plus compréhensible, ses phrases et ses arguments étaient énoncés clairement. Il ne s’est pas laissé emporter par ses émotions face aux attaques de Hillary Clinton. Au contraire, il fut en mesure de lui répondre coup pour coup de manière posée, sans lever la voix et de manière assertive.

Donald Trump s’est comporté comme il se décrit depuis des années : un maître dans l’art de la négociation en sachant se mettre en position de force.

Avec ce comportement toujours agressif mais plus maîtrisé, ses attaques violentes (parfois très violentes) contre son adversaire lui ont permis de lui faire perdre le contrôle. Il l’a amenée là où il la voulait.

Il n’a pas été tendre avec Hillary Clinton. Affirmant clairement que sa place est en prison, il a ouvertement affirmé que l’une de ses premières décisions s’il est élu président sera de mettre en place une enquête sur ses actions au cours des dernières années pour l’envoyer derrière les barreaux. Il n’a pas hésité non plus à affirmer qu’elle est une incarnation du diable, qu’elle est une personne haineuse et qu’elle devrait avoir honte de qui elle est.

Sa stratégie de défense a aussi été modifiée. Plutôt que de couper la parole en répétant « faux » sur chacune des attaques de Hillary Clinton, il a au contraire décidé d’accepter les attaques et d’y répondre en présentant sa version des faits. Ce simple changement a réellement modifié la donne. Qu’il s’agisse du fait qu’il n’ait pas payé d’impôt depuis les années 1990, de son soutien à la Russie, du refus d’attaquer la Syrie, de ses scandales sexuels, chaque fois il a répondu de manière détaillée plutôt que de simplement accuser son adversaire de menteuse. Cela lui a permis de se montrer plus honnête, compétent et humain tout en montrant une maîtrise des dossiers qui lui avait cruellement manqué lors du premier débat.

Bien que les deux adversaires aient abordé différents sujets politiques, en particulier sur l’international, ils sont rapidement passés au second plan grâce à ce comportement nouveau et plus présidentiel de Donald Trump sans pour autant abandonner son style !

La contre-performance de Hillary Clinton

Hillary Clinton n’était pas préparée à la manière dont cet échange s’est joué. Très certainement confiante avant même le début du débat, elle s’attendait probablement à une soirée facile et une victoire garantie. L’entrainement que Trump a réalisé et son étude précise des sujets lui a fait perdre son équilibre. Souriante et aimable malgré les violentes attaques dans les premières minutes, elle a rapidement perdu son sourire. A l’inverse du 26 septembre, c’est elle qui s’est énervée. A plusieurs reprises, elle a coupé la parole à son opposant et a souvent cherché à parler plus longtemps que ce que les modérateurs ne lui permettaient.

A l’inverse de son style structuré d’il y a deux semaines, Hillary Clinton enchaînait les arguments à toute vitesse, cherchant à aborder le plus de sujets possibles pour que Donald Trump ne puisse pas y répondre par manque de temps. Cette « stratégie » est en général ce qui se passe lorsqu’un débateur se sent en difficulté et en perte de prise sur les événements (rappelez-vous la performance catastrophique de Ségolène Royal contre Nicolas Sarkozy en 2007). La sensation fut désagréable et étrange pour une personne aussi entraînée que Clinton. En mélangeant de nombreux sujets, cela ressemblait davantage à une fuite en avant dans une bouillie argumentative sans aucune structure.

Donald Trump n’a pas hésiter à l’exploiter, faisant remarquer qu’elle abordait tellement de sujets en peu de temps qu’il n’était pas possible pour lui d’y répondre. Dans le même temps, ce fut une force pour lui : perdant petit à petit confiance, l’ex-première dame a cessé d’argumenter pour ne plus faire que des monologues de listes de sujets et d’expériences qu’elle a eues sans expliquer pourquoi elle avait raison sur ces sujets ni en quoi ces expériences étaient supérieures à celles de Donald Trump.

Hillary Clinton s’est transformée, devant des dizaines de millions de téléspectateurs, en une petite fille non sûre d’elle et proche de la panique.

Trop certaine de sa victoire avant même le début du débat, Hillary Clinton a transformé son occasion d’achever Donald Trump en une déroute totale et complète pour elle. Son comportement dans ce débat ravive la flamme de la candidature du milliardaire républicain après deux jours où il semblait qu’il était définitivement terminé.

Une politique de terre brûlée : quelles conséquences ?

Donald Trump savait qu’il n’avait plus le choix. Il lui sera très difficile de remonter dans l’estime des électeurs et ses scandales vont continuer à le suivre au cours des prochaines semaines. Son unique espoir de l’emporter est désormais de détruire totalement et entièrement Hillary Clinton pour que davantage d’électeurs haïssent la démocrate qu’il n’y en a qui le détestent.

Il a, avec talent, réussi à mettre en place les premiers éléments de cette stratégie et a démontré qu’il est capable de l’achever.

Cela va-t-il lui permettre de remporter l’élection présidentielle le 8 novembre ? C’est trop tôt pour le dire. Beaucoup d’informations sont encore à venir. La direction du parti républicain et Mike Pence attendaient de voir comment allait se passer ce débat. Au cours des 24 prochaines heures, de nombreuses décisions seront prises. Il est probable que ces quelques jours qui restent jusqu’à l’élection vont continuer sur ce registre extrêmement négatif.

Cela peut sauver la campagne de Donald Trump et lui permettre de devenir président des Etats-Unis. Une chose est sûre, si lui ou Clinton remporte l’élection, le prochain président américain va débuter son mandat en étant le plus impopulaire de l’histoire de ce pays.

Photo : DR
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5 Commentaires

    • On a pas du voir le même débat. Un gamin face à une gamine. Si Ç est celui qui a parlé le plus fort qui a gagné alors oui, il a gagné. Mais la raison et l’intelligence ont perdu.

      • Il ne s’agissait pas du débat en tant que tel mais de l’affaire dans son ensemble: suite aux déclarations sur Trump sur les femmes, il aurait dû être grillé politiquement, ce n’est pas le cas.

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