Dinard. Prevenge. A la rencontre d’Alice Lowe, actrice et réalisatrice anglaise 100% Coventry [interview]

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11/10/2016 – 09H00 Dinard (Breizh-info.com) –  A l’occasion du festival du film britannique de Dinard, nous avons été particulièrement séduits par un film : Prevenge. Trash, sanglant, incisif, mais aussi parfois très drôle, le film est réalisé et mené de bout en bout d’une main de maître par Alice Lowe, une actrice et réalisatrice anglaise de 39 ans.

Ruth est enceinte… et une tueuse en série aussi absurde que vicieuse! Elle se glisse dans la peau de différents personnages pour mieux gagner la confiance de ses victimes issues de tous les milieux, avant de les condamner à une mort qui les punira de leur égoïsme. Toutefois, dans sa folie, Ruth reste méthodique : le père de son enfant est décédé, et c’est son fœtus qui lui intime de s’en prendre à la Terre entière.

Dans cette aventure, Ruth a pour unique confidente une sage-femme bienveillante qui l’incite à faire table rase du passé afin d’endosser le rôle de mère aimante et épanouie que la société attend d’elle. Aux prises avec sa conscience, sa solitude et un foetus TRÈS exigeant, Ruth peut-elle, en devenant mère, se racheter, ou court-elle à sa perte ?

Le film Prevenge sortira en salle à l’été 2017. En attendant, il continue d’être sélectionné et présenté à de nombreux festivals, et gageons qu’il remporte un prix ici ou là, tant ce film est un ovni. Pour en parler nous avons interrogé Alice Lowe, qui a accepté de répondre à nos questions à propos de son film, mais aussi du cinéma britannique, du festival de Dinard …

Rencontre avec une actrice qui a été découverte par le grand public dans le film Hot Fuzz, ou plus récemment dans Touristes (Sightseers) mais qu’on a aussi vu apparaitre dans les séries Sherlock, ou Skins, ou dans de nombreux autres films ou séries malheureusement non disponibles en France.

Breizh-info.com : Qu’avez vous pensé du festival du film britannique de Dinard cette année ? Etes vous déçue que Prevenge, votre film, n’ait pas remporté de titre ? Quels films (si vous en avez vu) avez vous apprécié durant le festival ?

Alice Lowe :  J’adore le Festival de Dinard. C’est la deuxième fois que je viens ici. Je suis toujours impressionnée par la réaction du public français aux films, si chaleureuse et accueillante. Et il y a de vrais cinéphiles ici. C’est comme un rêve pour un réalisateur. Vous galérez à faire des films avec peu de moyens, dans des conditions difficiles, pendant des heures. Et quelques mois après, on est ici, dans ce bel endroit, au bord de la mer à siroter du champagne. Pour nous, c’est une récompense.

Malheureusement je n’ai pas pu voir beaucoup de films cette année parce que j’ai amené ma fille de 9 mois. La plupart du temps je fais la promotion de ce film ou je travaille le suivant, donc le peu de temps que je peux passer avec elle est précieux. J’espère voir tous les films dès que je peux. Je sais que ça a été une année incroyable, donc j’ai hâte de pouvoir tout voir en DVD à la maison comme beaucoup de jeunes parents.

Breizh-info.com : Comment avez-vous réussi à concilier le fait d’être réellement enceinte et d’incarner une psychopathe enceinte ? Cela a du être difficile non ?

Alice Lowe : hé bien, je dois être bizarre, parce que je n’ai pas trouvé ça difficile.(rires) !Pour ma défense, je dirai que le concept original du film était  l’idée que la mort et la naissance sont alignées. Qu’est ce qui se passe si les deux se passent en même temps et que cela devient très confus, mélangé dans la tête de quelqu’un ?

Un accouchement c’est sanglant, sale, choquant … comme la mort. Pour moi, les naissances d’aujourd’hui sont aseptisées, c’est la raison pour laquelle nous n’avons plus trop peur aujourd’hui d’y être confronté. Peut être que la mort l’est aussi désormais ?
Je voulais ramener la naissance dans le royaume de l’existentialisme, la mort dans celui de l’absurde, de la comédie ou de la farce. Dans la tête des personnages principaux, les deux choses sont liées.

J’ai vécu cela juste comme une expérience ; tout est hypothétique. J’ai réussi à ne pas être impactée émotionnellement en approchant tout cela comme si ce n’était que de simples idées . Pour moi, une des plus belles choses avec le cinéma, c’est que vous pouvez vous battre contre vos peurs. Et soudain, elles disparaissent et ne vous effraient plus ! Je ne porte aucun jugement moral sur les personnages de mon film. J’essaie de montrer  l’humanité avec tous ses défauts, mais également avec son charme.

Une partie du film a été faite pour montrer qu’on ne change pas une personne simplement parce qu’elle est enceinte.  Mon travail est souvent sombre et controversé, je n’allais pas changer cela juste parce que j’étais enceinte si ?

Breizh-info.com : Prevenge apparait parfois comme une forme de révolte contre le monde moderne (la scène du meurtre de la chef d’entreprise par exemple). Est-ce quelque chose que vous avez voulu exprimer ?

Alice Lowe :  Je pense qu’il y a des éléments de satire, c’est sûr.  Je voulais montrer (dénoncer) les hypocrisies qui existent dans nos comportements autour de la grossesse. Mais aussi les contradictions avec lesquelles nous traitons les bébés ou les femmes enceintes. Par exemple, pourquoi sommes-nous plus gentils avec les bébés que nous ne le sommes avec les autres ? Nous avons tous été bébé au moins une fois !

J’ai lu Hobbes et des théories sur la relation entre l’homme et la société.

Je pense personnellement que notre société est de plus en plus égoiste et individualiste. Et devenir mère, ça m’effrayait pour l’avenir ! Vous vous attachez à penser que la société protégera naturellement votre enfant, mais jusqu’à quel point ?

Je suis partie de cette interrogation et j’ai fabriqué un personnage (le bébé dans le film) misanthrope et méfiant vis à vis de la société, qui profite du fait que la société pense qu’il est faible et vulnérable.

Dans un certain sens, le caractère de chacun des personnages que le personnage principal rencontre est  une représentation d’une partie de la société et de la part d’égoïsme qu’il y a en chacun de nous.

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Breizh-info.com : avez vous trouvé un diffuseur en France ?

Alice Lowe : pas pour le moment, mais nous aimerions. Nous croisons les doigts.

Breizh-info.com : pouvez-vous parler du cinéma britannique actuel, et des différents projets dans lesquels vous êtes impliquée ?

Alice Lowe : Je crois qu’il y a une nouvelle vague motivée de réalisateurs qui émergent en Grande Bretagne. Des gens qui ont réalisé qu’il n y a pas besoin d’un budget monstrueux pour pouvoir s’exprimer.  Il y a beaucoup d’originalité qui découle de cela, d’excentricité., d’humour noir…
Et beaucoup de femmes réalisatrices émergent également. J’ai travaillé avec beaucoup de réalisatrices brillantes ces deux dernières années. Je joue dans The Ghoul, de Gareth Tunley, un thriller psychologique brillant (NDLR :  Un film qui s’annonce bien trash également , sortie prévue à la fin de l’année). J’ai joué dans Burn Burn Burn de Chanya Button, une super comédie, et dans Adult Life Skills, de Rachel Tunnard, une comédie également (comédie présentée cette année à Dinard en avant première, avec notamment l’actrice Jodie Whitaker).

Actuellement, j’écris un film qui sera tourné cette année.

C’est top secret, mais je peux déjà dire que c’est le projet le plus fou que j’ai fait ! J’ai hâte !

Propos recueillis par Yann Vallerie

Photo : DR
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