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La revue majeure de géopolitique Conflits sort son 11 ème numéro avec notamment un dossier central intitulé : la Russie et nous. En voici l’éditorial ci-dessous, ainsi que le sommaire.
Retour au XIXème siècle – par Pascal Gauchon
Depuis longtemps je pense que le XXIe siècle ne sera pas la prolongation du XXe, mais un retour au XIXe. Deux guerres et une crise mondiales ont ouvert une parenthèse dans laquelle le communisme s’est engouffré. Là où il s’est imposé il a gelé des problèmes qui resurgiront plus tard, voyez les rivalités nationales en Europe orientale.
Dans le monde, il a généré une géopolitique simpliste, l’opposition de deux blocs dotés de l’arme atomique et, pour l’essentiel, le gel des positions acquises.
La disparition de l’URSS fait naître le XXIe siècle et revenir le XIXe. La mondialisation reprend son cours. Comme autrefois la seconde révolution industrielle, la troisième fait naître des entreprises qui apportent la fortune à leurs créateurs. Les mouvements de capitaux retrouvent leur maximum (en pour cent du PIB).
Les droits de l’homme et le devoir d’ingérence légitiment les interventions de type néocolonial comme autrefois la civilisation et le fardeau des « peuples supérieurs ». L’idéologie et les politiques libérales s’imposent presque partout. Les États-Unis qui les incarnent redeviennent la grande nation progressiste et la Russie la puissance conservatrice à l’est de l’Europe.
Avec le Brexit le Royaume-Uni renoue le fil de son « splendide isolement » envers l’Europe, mais pas envers le monde. La France redécouvre les mêmes inquiétudes qu’autrefois face à une Allemagne réunifiée que deux défaites catastrophiques n’ont pas empêchée d’être le plus important État européen…
Ce schéma est bien sûr simplifié. La Chine et l’Inde ont émergé – mais les journaux anglo-saxons et l’empereur Guillaume II agitaient déjà la menace du « péril jaune ». Les nations européennes ne dominent plus le monde – mais l’économie américaine s’était installée à la première place mondiale dès 1880-1890. Reste surtout l’essor du mondialisme et du libéralisme qui caractérise la fin du XIXe comme le début du XXIème.
Pour l’essentiel, nous reprenons donc le cours de l’histoire là où il avait bifurqué au moment de la Première Guerre mondiale. Parfois nous remontons plus loin, jusqu’aux années 1830, avant que le mouvement démocratique prenne son essor. Alors le vote était réservé aux plus riches auxquels se joignaient ceux que l’on appelait les « talents », nos professions intellectuelles et diplômées : le suffrage était réservé à une minorité qui se disait éclairée, à l’abri des préjugés et des emportements qui caractérisaient les masses.
Ce bon vieux temps n’est plus, mais certains le regrettent. Il n’est que de voir la façon dont les résultats du Brexit ont été accueillis. Les électeurs favorables au Leave avaient tous les défauts des masses d’autrefois, mal éduquées et fermées au monde : pour James Traub, c’était les « élites » contre les « ignorants », « la victoire des gens peu formés sur les gens éduqués » précisait Alain Minc ; et Cohn-Bendit de conclure : « Il faut arrêter de dire que le peuple a toujours raison. » Le suffrage universel doit passer par la médiation de représentants éclairés qui décideront à la place du peuple sur des sujets qui le dépassent.
Pour son bien et pour le leur, comme le lâche avec naïveté (ou cynisme ?) Bernard Attali dans sa condamnation du référendum du Brexit : « Il est risqué de demander à la dinde ce qu’elle a pensé du dîner de Noël. » De là à traiter les électeurs de « dindons »…
Ce qui étonne c’est la bonne conscience retrouvée des dirigeants de nos pays, qu’il s’agisse de l’élite politique, économique ou médiatique : dans leur majorité ils ne doutent pas de leur supériorité intellectuelle et morale, ils trouvent légitime qu’elle soit récompensée par des revenus de plus en plus élevés. Pendant près d’un siècle, ils avaient craint la montée des totalitarismes et, poussés par la nécessité, ils avaient admis le partage du pouvoir et des richesses. Ils n’ont plus peur, ils n’ont plus de raison de faire de telles concessions ; revient le temps de « l’arrogance intellectuelle, sinon sociale », selon la formule de Dominique Moïsi. Comme aux plus beaux temps du XIXème.

Sommaire :
4 courrier des lecteurs et Échos
5 Éditorial – Retour au xixe siècle – Par Pascal Gauchon
6 Actualité
12 Entretien Jean-François Colosimo. La Russie et l’ordre du monde
16 Portrait
Justin Trudeau et le “rêve canadien”. Par Mathieu Bock-Côté
20 enjeux
Le Royaume-Uni reprend le large. Par Hadrien Desuin
24 enjeux
Les jeunes contre le Brexit ? Par Helena Voulkovski
25 enjeux
Timor oriental.
La Cendrillon de l’Asie du Sud-Est. Par Tigrane Yégavian
28 enjeux
Pour suivre les élections américaines. Par John Mackenzie
30 Mémoires conflits
Islam et islams malais. Par Maxime Arquillière, Florent Clément et François Hiraux
33 idées
De quoi la Realpolitik est-elle le nom ? Par Florian Louis
35 GRANDE STRATÉGIE
L’empire arabe : la grandeur fantasmée Par Pierre Royer
39 GRANDE BATAILLE
Hastings (14 octobre 1066). Quand l’Angleterre s’arrimait au continent Par Pierre Royer
DOSSIER
La Russie et nous
43 La Russie et nous. Par Pascal Gauchon
45 Russie-Europe :
Aux racines d’un malentendu
46 Bruxelles et Moscou,
deux grammaires de puissances. Par Florent Parmentier
48 Europe :
28 représentations de la Russie. Par Pascal Marchand
52 entretien
Thomas Gomart : Russie, Chine, états-Unis. Qui est de trop ? Propos recueillis par Hadrien Desuin
54 Europe/Russie
Les sujets qui fâchent. Par Tigrane Yégavian
58 Du panslavisme
à la diplomatie énergétique ? Par Alexandre Moustafa
60 L’OTAN aux portes de Saint-Pétersbourg Par éric Mousson-Lestang
62 Bouclier antimissile : Le grand jeu nucléaire relancé Par Hadrien Desuin
64 Qui gagne aux sanctions ? Par Pascal Marchand
66 Indépendance énergétique : le dimemme européen. Par Alexandre Latsa
68 Le meilleur allié de la Russie ? Le Saint-Siège ! Par Jean-Baptiste Noé
70 L’aigle bicéphale : symbole de la géopolitique russe . Par Alexeï Soloviev
71 Le soft power de la Russie .Par Didier Giorgini
73 L’histoire mot à mot. Churchill à propos de l’URSS. Par Pierre Royer
75 Boule de cristal et marc de café. Intellectuels maoïstes. Comment leur dire merci ? Par Jean-Baptiste Noé
76 bibliothèque géopolitique . John J. Mearsheimer : un “réaliste offensif”. Par Gérard Chaliand
77 chroniques
Livres/Revues/cinéma/Internet
80 Géopo-tourisme
Saint-Pétersbourg, ex-capitale. Par Thierry Buron
Photo : DR
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