Sortie de L’Afrique Réelle n°82 : Gabon, encore une erreur des médias

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Le 82ème opus du journal « L’Afrique réelle » est sorti, avec notamment deux dossiers sur le Niger et le Gabon. Voici le sommaire ci-dessous ainsi que l’éditorial de Bernard Lugan. Pour commander la revue ou s’abonner, c’est ici.

Dossier : Le Niger entre Boko Haram, les Touareg et les Toubou

– La paix est-elle définitivement faite avec les Touareg ?

– Réveil identitaire toubou ou nouvelle forme de l’ethno-trafic ?

Dossier : Le Gabon après les élections présidentielles

– Les Européens et le Gabon

– L’alliance entre Téké et Fang de l’Estuaire, est-elle le secret de la longévité du clan Bongo ?

– Le Gabon des Bongo

– Une économie en quête d’un nouveau souffle

– Les défis de la filière forestière

Editorial de Bernard Lugan : Gabon, encore une erreur des médias

Prisonniers de leurs dogmes, coupés des réalités et intoxiqués par une diaspora entreprenante, les médias français ont particulièrement illustré leur nullité partisane à l’occasion de la crise gabonaise. En effet, que n’avons-nous pas lu et entendu sur les « relations louches » et même « incestueuses » entre le Gabon et la France ? Que n’avons-nous pas lu et entendu à propos du « soulèvement démocratique » qui allait emporter le régime Bongo ?

Un retour au réel est donc une fois de plus nécessaire. Il tient en deux points :

1) La « françafrique gabonaise » n’est qu’un fantasme de tiers-mondistes sur le retour. Quelques chiffres vont permettre de le montrer.

Le Gabon est un minuscule pays qui occupe 0,9% de la superficie de l’Afrique, qui est peuplé par 0,18% de sa population et qui, économiquement, ne compte pas puisqu’il totalise à peine 0,9% de son PIB. Les perroquets de presse ne cessent d’écrire que la France y fait de juteuses affaires, les 120 entreprises ou filiales d’entreprises françaises présentes au Gabon détenant environ un quart des parts du marché local.

Des Français font certes des affaires au Gabon, mais cela n’a aucun impact sur l’économie française comme le montrent les chiffres du commerce extérieur :

– En 2015, sur  500 764 millions d’euros de biens et marchandises importés par la France, 172,8 millions provenaient du Gabon, soit  0,003% de toutes les importations françaises.

– En 2015, sur un volume de 454 999 millions d’euros de biens et marchandises exportées, la part du Gabon n’était que de 539,3 millions, soit 0,001% de toutes les exportations de la France.

2) Le « soulèvement démocratique » tellement espéré  par les médias français était un mirage. L’affaire gabonaise va en effet se régler « à la Gabonaise », comme à l’époque de « papa » Bongo. Dès l’annonce officielle de sa « réélection » par la Cour constitutionnelle, Ali Bongo a ainsi appelé les partisans de Jean Ping à un « dialogue post-électoral ». Traduction : le « cadeautage » va préparer la voie à bien des ralliements.

Voilà d’ailleurs pourquoi, après des déclarations pleines d’emphase destinées à donner le change, certains sont devenus subitement mesurés dans leurs propos. D’autant plus que, dans le futur « gouvernement d’union nationale », des maroquins seront réservés aux caciques dissidents  revenus à la gamelle…

L’erreur des journalistes français fut, une fois de plus, en universalistes qu’ils sont, d’avoir analysé la situation comme s’ils étaient en présence d’une élection dans un pays européen. Or, au Gabon, les deux camps en présence ne s’opposaient pas sur des programmes politiques, mais en raison d’une brouille familiale. Les journalistes n’ont pas vu que nous étions face à une querelle opposant deux ex-beau-frères, Ali Bongo et Jean Ping. Que leur querelle faisait penser à un mélange de « Dallas » et de  « Game of Thrones » tropicaux dont certains des acteurs seraient sortis de « Plus belle la vie » ; ainsi, quand Jean Ping, dont le père est Chinois, accusait Ali Bongo de ne pas être Gabonais…

Le plus affligeant est que, n’ayant pas davantage de mémoire que de culture, ces mêmes journalistes vont continuer à se tromper. Ceux qui continuent à les lire ressemblent donc de plus en plus à des cocus complaisants.

Photo : DR
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2 Commentaires

  1. Et vous, vous n’avez pas vu que l’élection était aussi entre un peuple qui recherchait du renouveau et des partisans qui n’étaient pas très partisans il y a 7 ans et qui profitent des avantages que des vieux roublards avaient eu avant eux. Les gabonais de la diaspora se devaient de parler, notamment avec une coupure des réseaux de télécommunication.
    Vous dites que la Françafrique n’est qu’un mirage. OUI, de votre point de vue de Français vivant en France, qui dilue des chiffres dans les importations et exportations globales d’un grand pays appartenant à un bloc économique. La Françafrique n’est pas un mirage lorsque l’on vit dans le petit pays en question.

    Ces journalistes que vous critiquez ont certainement eu une chose que vous n’avez pas. Vous avez les yeux de la personne qui dit « j’ai tout vu, je sais comment ça se passe, je connais mieux les gabonais qu’eux-mêmes se connaissent ». Détrompez-vous Monsieur.
    Un régime de 50 ans ne disparaitra pas facilement, mais je lance un « bien senti » à ces journalistes qui ont ressenti que le cadeautage de papa n’est plus là, Ali n’est pas Omar, et nous sommes en Afrique, la jeunesse est la part la plus importante de la population. Et c’est celle qui veut du changement.

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