Nantes. Marche blanche pour Romain Barré : une réponse au crime ?

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25/10/2016 – 06H00 Nantes (Breizh-info.com) – Dans la nuit du 27 au 28 septembre dernier,  Romain Barré, un agent immobilier de 38 ans, disparaissait à la sortie du restaurant du centre de Nantes  où il avait passé la soirée avec des amis.

Sa voiture était retrouvée le 2 octobre à Bouguenais au sud de Nantes. Suite à cette découverte, c’est la police judiciaire nantaise qui sera saisie du dossier. L’enquête va être rondement menée, le 7 octobre cinq suspects étaient interpellés et placés en garde à vue. Deux d’entre eux seront finalement mis en détention pour meurtre. Le troisième, une jeune femme, pour complicité. Le scénario était macabre, Romain avait été étranglé dans sa voiture pour la lui voler. Son  corps avait était placé dans le coffre pour être ensuite jeté dans la Loire.

Le 19 octobre un cadavre était repêché dans la Loire et identifié comme étant  celui de Romain Barré. Le procureur de la république n’avait pas souhaité que les conclusions de l’expert soient communiquées à la presse, celles-ci devant rester secrètes.

Ce crime crapuleux avait suscité une forte émotion dans la région nantaise comme en témoignent les milliers de messages échangés sur les réseaux sociaux.

Alors que la presse est en général prolixe sur un tel fait divers, très peu d’informations étaient rendues publiques sur les inculpés. On a parlé seulement de « jeunes », de « jeunes gens », d’ « adolescents »,  un quotidien local précisant déjà : « ce scénario interroge sur la conscience qu’avaient les mis en examen sur la gravité de leurs actes et sur l’état dans lequel ils se trouvaient cette nuit là. » (Presse-Océan, 21/10/2016)

C’est Radio Kernews, de La Baule, qui révérera l’identité des meurtriers : Géraldino M, un Haïtien de 16 ans adopté, et Warren C, 19 ans, habitant le Blanc-Mesnil et originaire du Congo.

Les amis de Romain Barré ont voulu lui rendre hommage en organisant une marche silencieuse le samedi 22 octobre dans le centre de Nantes de en précisant « on ne veut pas de récupération politique, le drame n’a pas à être exploité ». . Les amis de la victime auraient régulièrement effacé les appels à la peine de mort publiés sur la page Facebook consacrée à l’évènement tandis que son organisateur déclarait : « je ne suis pas dans la colère ».

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L’appel à la « marche blanche » avait été largement diffusé dans les médias. Près de 2000 personnes y répondirent. Réunies place Viarme elles devaient  défiler en silence  jusqu’à la place Graslin derrière une banderole « Romain à jamais dans nos cœurs ». Nombreux portaient un T shirt blanc avec son portrait et tenaient une rose blanche à la main. Il n’y eut aucun discours sur les marches du Théâtre Graslin où les fleurs étaient déposées avec de nombreuses bougies, seuls de longs applaudissements retentirent  avant la dispersion.  Il y avait des larmes dans les yeux des proches et de la colère dans ceux des nombreux anonymes.

Au micro de France Bleu, Mehdi, ami de la victime devait déclarer : « il est temps que la maire de Nantes se rende compte que l’insécurité a explosé  depuis deux ou trois ans ici ».

Depuis 1996 et l’affaire Dutroux en Belgique,  la marche blanche est devenue la réponse quasiment  systématique et presque rituelle à un fait divers ou à un assassinat ayant marqué l’opinion. Christian Godin, professeur de philosophie dans une université parisienne, analyse ainsi ce phénomène dans Le Figaro : « Dans une société hyper-individualiste, elle permet de se reconstituer une communauté affective. (…) La marche blanche est le symptôme d’un malaise, elle est quelque part le signe d’une société en crise ». Très pessimiste, l’universitaire ajoute : « elle peut être le signe qu’un peuple en a terminé avec son histoire violente, qu’il n’est plus capable de se désigner un ennemi commun et de combattre ».

« L’avenir n’est écrit nulle part »,écrivait récemment Alain de Benoist dans la revue Eléments  L’histoire s’accélère, nous saurons vite qui des deux philosophes  a raison.

Photo : Breizh-info.com
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4 Commentaires

  1. Dans le genre, je me souviens des marches « Je suis Charlie ». Je ne voyais que des naifs.
    – Je voyais des mythomanes qui défilaient mimant les victorieux 14-18, oubliant la réalité des 1000 morts par jour de cette guerre.
    – Des slogans « même pas peur » dans un contexte sans danger.
    – Il y a aussi cette utopie de la démocratie et toujours plus de démocratie. Un grand nombre de gens, leur donne l’impression d’avoir raison puisqu’ils sont nombreux. L’autopersuasion d’avoir raison leur permet de dormir.

    • La démocratie est assez riche pour évoluer. Entre celle de la Grèce antique et la nôtre, elle n’a même pas utilisé la moitié de son potentiel. Ce n’est pas l’alpha et l’oméga d’une société mais difficile de ne pas penser à que c’est sa stagnation, voulue, qui explique en partie son déclin.
      Un exemple simple. Si on avait respecter le référendum de 2005 (un outil parmi d’autres de la démocratie), l’UE aurait évolué plus vite qu’elle ne le fait. Comment ? C’est une autre histoire. Mais on ne peut rejeter la faute sur la Démocratie. Tout au plus, et à raison, sur l’utilisation partielle de la Démocratie qui est faite depuis la Révolution américaine. La Démocratie n’en est qu’à ses bases, il reste beaucoup à construire. C’est au moins un projet inédit. Parce que la tyrannie de tous bords, ça, ça été essayé à fond un peu partout. On ne peut pas dire que ça a été de franche réussite.

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