Istoerioù Breizh. 1870, Le Camp de Conlie, des Bretons sacrifiés [vidéo]

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07/11/2016 – 07H15 Centre Bretagne  (Breizh-info.com) –Istoerioù Breizh, c’est le projet de Nicolas Graignic, un jeune breton de 28 ans dont nous vous avions parlé en Mai 2016.

L’objectif : faire découvrir de façon ludique et « compressée » l’histoire de la Bretagne, trop souvent méconnue, notamment par les scolaires de la région.

Depuis le mois de mai, Nicolas Craignic a réalisé 8 vidéos (voir la chaine ici), dont la dernière, sur un épisode tragique pour la Bretagne ; 1870 et le sacrifice des Bretons du camp de Conlie.

Musiques :

Ar chouaned a vro gwened – Pobl an ermin-
Adrian Von Ziegler -Wolf blood- -Skilfingr-
Triskell -Soudard Conlie-

Références:

Jean Sibenaler
Conlie, les soldats oubliés de l’armée de Bretagne-

Arthur Le Moyne de La Borderie
Le camp de Conlie et l’armée de Bretagne- Rapport fait à l’Assemblée Nationale

www.loire1870.fr

Alain Boulaire, professeur d’histoire-géographie, est par ailleurs revenu sur ce tragique épisode, sur le site de l’université du temps libre « Kreiz Bro Leon »

Historique

La guerre de 1870 a été provoquée par Bismarck pour faire l’unité de l’Allemagne aux dépens de la France. Défaite de Sedan et abdication de Napoléon III le 2 septembre 1870.  La république est proclamée le 4 septembre. Léon Gambetta installe un gouvernement provisoire à Tours et entreprend  la « guerre patriotique » pour résister à l’ennemi envahisseur. Parmi les résistants se trouve Emile de Keratry , noble breton, qui l’incite à lever une armée de Bretagne, dans le but de libérer Paris assiégé par les Prussiens, en raison du poids économique, politique et surtout symbolique de la capitale. L’armée bretonne comporte 50 000 mobilisés dès octobre 1970, en avance sur les autres régions.

Emile de Keratry commande cette armée, assisté d’Ernest Carré-Kerisouet.

Ce qui est prévu : L’armée bretonne partira du Mans, appuyée au nord  par une armée de Normandie, au Sud par une armée des pays de Loire. Elle sera fournie en armes perfectionnées, semblables à celles de l’armée régulière : 40 000 fusils remington, dont une partie sont des surplus de la guerre de Sécession. En fait ces armes ne seront jamais livrées, les Bretons recevront des fusils en bois, des fusils qui explosent dès qu’on s’en sert, et même des bâtons.
Noter que la Bretagne est bretonnante et gallèse, et très proche encore de la  chouannerie. Mais les Bretons feront leur devoir.
Le camp est installé à Conlie, à l’ouest du Mans, pas loin de la voie ferrée. L’état-major sera logé dans une ferme sur la butte de la Jaunelière.
Pour le génie, Keratry appelle Armand Rousseau (fils du fondateur de Keremma). Il est issu de polytechnique,  ingénieur du port de Brest, républicain convaincu. Il commence à mettre en place les installations. Mais les troupes arrivent avant que les travaux ne soient réalisés, et sont logées sous  des tentes. Or l’hiver 1870 est l’un des plus rudes du XIXème siècle : le baromètre descend jusqu’à – 20°, il neige et il pleut abondamment. Partout en France la boue est omniprésente, en particulier à Conlie où 50 000 hommes piétinent.

Keratry est remplacé par le général de Marivault alors que le camp est déjà un cloaque. Ce dernier ordonne immédiatement une première évacuation, contre les ordres de Gambetta , le 19 décembre 1870. Dès le lendemain, les 15 000 soldats les plus faibles se replient sur Rennes. Les plus malades sont renvoyés dans leurs familles.  Sur 45 bataillons, 6 seulement ont combattu l’ennemi, envoyés en première ligne sans avoir jamais été entraînés, sans être armés (pour le combat de Saint Malo ils disposaient de fusils hors d’usage et de 100 cartouches, pour être confrontés à l’élite de l’armée prussienne).

Si les Bretons sont maltraités par Gambetta c’est pour des raisons idéologiques.  Persuadé que les Bretons sont des chouans  opposés à la république, des catholiques réactionnaires, il les envoie à l’abattoir, ne fait jamais aucun effort pour les secourir. Leur souffrance est incommensurable : les conditions climatiques les empêchent de s’entretenir physiquement, de se déplacer. Ils sont malades, le seul fait de se ravitailler les épuise.

Anecdote significative : Lorsqu’ils essaient de manifester leur refus  en demandant de retourner « à la maison », d’arguer en breton, on prend leur demande à contre-sens, comme une demande d’aller à la guerre.

Lorsque le cessez-le-feu intervient en février 1870 l’armée n’a quasiment pas combattu mais a payé un tribut énorme à la maladie. Il s’en dégage un sentiment de gâchis, dû à une accumulation d’erreurs et de mauvaise foi.

Une commission parlementaire mène une enquête, qui aboutit au livre d’Arthur Lemoine de la Borderie. Il rapporte les vexations dont ont été l’objet Keratry et son successeur.  Il charge Gambetta dont on ressent l’acharnement.

Le romancier Léon Bloy a été particulièrement marqué par cet épisode. Dans son ouvrage « Sueur de sang » il compare la situation des soldats bretons à celle des naufragés du radeau de la Méduse.

L’histoire s’est déroulée sur cinq mois, sans bataille majeure, et on a compté plus de morts en pourcentage que lors de la première guerre mondiale.

Pourquoi le silence sur cet épisode ?

Après 1871 l’ambition de la France est de reconquérir les provinces perdues. Pour former une jeunesse patriote et nationaliste, l’école de la république enseigne l’histoire revue par Lavisse. Prenant le temps à rebours, on exalte tous les personnages qui ont agrandi et sauvé la France. Napoléon III devient un mauvais souverain, Louis Philippe un bon roi bourgeois,  on chante Napoléon 1er le grand, la révolution créatrice de la république. Louis XVI est vu comme un benêt mené par une Allemande. Les grandes figures sont Louis XIV, Saint Louis, Jeanne d’Arc…

Au moment où se poursuit l’unification du pays à travers la langue, aucune place n’est faite aux  provinces et aux particularismes locaux. Une armée de Bretagne est perçue comme réactionnaire, dans la suite des bonnets rouges et des chouans. On a hâte de l’oublier.

De son côté Gambetta  est perçu comme un grand homme, il ne peut avoir de zones d’ombres ni de faiblesses. En fait c’était un opportuniste.

Des mouvements bretons ont mis en avant le camp de Conlie, faisant des soldats Bretons des héros. Mais ils ont été très peu acteurs de leur tragédie : ils avaient seulement la volonté d’être utiles ou de rentrer chez eux.

Dès 1873 on a érigé la croix des Bretons au cimetière de Conlie. C’est seulement en 1913 qu’un monument souvenir a été élevé à La Jaunelière. Une plaque commémorative y a été apposée lors du centenaire en 1971.

Photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2016 dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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Une réponse à “Istoerioù Breizh. 1870, Le Camp de Conlie, des Bretons sacrifiés [vidéo]”

  1. PL44 dit :

    « La guerre de 1870 a été provoquée par Bismarck ». C’est la France qui a déclaré la guerre à l’Allemagne. Peut être Bismarck l’avait-il un peu cherché mais quand même…

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