Assurance maladie. François Fillon fait machine arrière

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17/12/2016 – 09H00 Paris (Breizh-info.com) – Sept parlementaires bretons ont appelé les Bretonnes et les Bretons à voter pour François Fillon lors du second tour de la primaire de la droite : Alain Cadec, Dominique de Legge, Isabelle Le Callenec, Gilles Lurton, Marc Le Fur, Philippe Le Ray et Michel Vaspart. Ils appuient son « projet de redressement national, solide et courageux, qui apporte des réponses concrètes aux défis du pays, en s’appuyant sur deux valeurs fortes : la liberté et l’autorité » (Ouest-France, 24/11/2016).

Il est probable que les sept parlementaires en question n’aient pas lu de près le chapitre santé du « projet pour la France » mis en ligne par le candidat. Sinon ils auraient découvert que le mot-clé, utilisé par ce dernier pour résumer la politique qu’il souhaitait mener concernant le système de santé en France, était « désétatiser ». « Et pour cela le député de Paris promet dans son programme initial de « focaliser l’assurance publique universelle sur des affections graves ou de longue durée et l’assurance privée sur le reste ». Les affections de longue durée (ALD) (…) seraient ainsi prises en charge par la Sécurité sociale – ce que Fillon appelle « le premier des soins solidaires ».  Le reste, c’est-à-dire la médecine de base, serait pris en charge par les complémentaires (Libération, 13/12/2016).

Dans son propre camp, les propositions de Fillon en matière de santé avaient créé un malaise. A tel point que Bernard Accoyer, secrétaire général de l’UMP-LR, médecin ORL de profession, avait pris ses distances avec le projet : «  Il y a nécessité de le modifier dans sa mise en œuvre et dans sa présentation », se faisant l’écho de l’«incompréhension» et des inquiétudes que suscitent les mesures annoncées (réunion hebdomadaire du groupe UMP-LR de l’Assemblée nationale, mardi 6 décembre).

Le soir même, le candidat de la droite à la présidentielle a invité les parlementaires de l’UMP-LR à « riposter sans relâche à la gauche lorsqu’elle prétend incarner la défense du modèle social ». « Ma conviction est que je dois rester sur une ligne politique. Ce n’est pas en zigzagant qu’on convainc et ce n’est pas en négociant des compromis qu’on va redresser la France », a-t-il poursuivi, assurant : « Il en faudra plus pour m’intimider » (Le Monde, 08/12/2016).

Il ne faudra pas attendre longtemps pour que le rétropédalage devienne réalité : seulement cinq jours. Dans une tribune publiée par Le Figaro (mardi 13 décembre 2016), François Fillon expliquait en effet : « Mon objectif est de sauver notre système de santé qui fut l’un des meilleurs au monde et qui doit le redevenir ».

« J’entends réaffirmer le principe d’universalité dans l’esprit des ordonnances de 1945. L’Assurance-maladie obligatoire et universelle, pilier de la solidarité, doit rester le pivot dans le parcours de soins dont le médecin généraliste est l’acteur clé. Elle continuera à couvrir les soins comme aujourd’hui et même, mieux rembourser des soins qui sont largement à la charge des assurés, comme les soins optiques et dentaires. Il n’est donc pas question de toucher à l’Assurance-maladie et encore moins de la privatiser. »

On aura deviné que pendant ces cinq jours, un sondage aura montré à Fillon que tous les Français – de droite et de gauche – demeuraient attachés à l’universalité de l’Assurance-maladie. Y toucher devenait dangereux pour quelqu’un qui veut s’installer à l’Élysée. Pour « intimider » un homme politique – même Fillon –rien de plus efficace qu’un sondage. Sans oublier que pour récupérer François Bayrou dans sa majorité, Fillon était obligé de mettre de l’eau dans son vin. Quand on veut négocier le ralliement d’un poids lourd, il n’est plus question de dire : « Mon projet n’est pas brutal, il est réaliste » (Ouest-France, 24/11/2016). Il faut arrondir les angles.

Bernard Morvan

Photo : UMP photos/Flickr (cc)
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