Bardot et Sagan, deux femmes libres pour notre temps.

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Il y a deux bonnes raisons d’aller à Emmaüs, ici à Pont-Saint-Martin, près de Nantes : se délivrer de ce qu’on ne veut plus mais qui peut en satisfaire d’autres, trouver ce qui ailleurs a disparu.

L’album photographique : « Brigitte Bardot raconté par Françoise Sagan. Vue par Ghislain Dussart » (Flammarion, 1975) fait partie de ces trouvailles. Photographies prises au Nikon et à l’Hasselblad par le professionnel attitré de l’actrice. Superbes. Une des plus belles femmes du temps passé et d’aujourd’hui. A 82 ans, ridée, plissée et semblable aux vieilles dans les toiles de Caravage ou des Le Nain.

La présentation de Françoise Sagan peut sembler dans un premier temps incongrue, malséante. Disparue à 69 ans en 2005, elle n’est pas une immense écrivaine. Son premier roman, « Bonjour Tristesse », écrit à 18 ans, sorti chez Julliard en 1954 fit sa réputation, lui assurant une rente presque à vie. Le suivant, « Un certain sourire » (1956 était de la même veine : un regard distancié, plutôt cynique servi par une écriture minimaliste qui se voulait à la Stendhal, d’où ce pseudonyme : Sagan, ville de Prusse où Henri Beyle passa.

Tout cela ne se lit plus. Il reste quelques courts essais, des nouvelles et de l’assez bon théâtre. Femme à hommes puis à femmes, forte consommatrice d’alcool et de stupéfiants, Sagan se fit mondaine et politique, la mine ennuyée. Mitterrand, lecteur assidu de Chardonne et de Jünger l’aimait bien. Elle trompa le fisc, mal conseillée par un sieur Guelfi et le paya cher. Une femme libre, à tous risques, jusqu’au terme.

En 1975, elle n’a jamais rencontré Bardot. Mais elle est fascinée et lui dédie un éloge que j’ai bien envie de qualifier d’admirable. Je transmets :

« On vit une femme, en 1954, faire l’amour parce qu’elle en avait envie, aimer un homme puis un autre, et ne ressentir de tout cela aucune honte mais plutôt, au contraire, un sentiment de liberté qui était grisant, et qui est d’ores et déjà maintenant dépassé et comme annulé, comme tout mot d’ordre et toute mode et tout exhibitionnisme sans folie, Hélas.

En 1954, il s’agissait d’être vertueuse et Bardot ne l’était pas. En 1975, il s’agit d’être licencieuse et Bardot ne l’est toujours pas. Elle ignore ces deux termes. Comme tout animal doué de raison, elle n’a rien à voir avec la civilisation chrétienne et ses tabous et en même temps rien à voir avec la destruction ou la haine de ces tabous. Brigitte Bardot était une femme qui se trouvait bien dans l’eau tiède de la Méditerranée, il y a 20 ans, et qui s’y trouve toujours bien. C’est aussi une femme qui aime encore que les hommes trouvés et les chiens perdus posent leurs têtes sur son épaule. C’était, et c’est toujours, une femme que la caméra éblouit, mais dans le sens du Dictionnaire, c’est-à-dire : « frapper les yeux par un éclat qu’ils ne peuvent soutenir ».

Soumise à son destin de flashes, de star et de bête curieuse mais plus soumise encore à son instinct d’animal femelle parfaitement libre de son sang et de ses impulsions.

C’est alors qu’on tenta de lui imposer des devoirs. Ayant tous les droits païens : choisir, apprécier, aimer, quitter. On tenta de lui imposer des devoirs chrétiens :  « Travailler, épouser, aimer son métier, élever, etc. ».

Elle ne s’y trompa pas, elle refusa. Elle prit les droits naturels de sa beauté, de sa nature, et refusa les faux devoirs avec une belle énergie de guéparde. On la dota d’hommes qu’elle rejeta un jour, de rôles qu’elle se borna à interpréter, de malaises qu’elle se refusa à ressentir ouvertement. Même pour cette société pourrie et fascinée elle refusait de jouer à ce jeu dérisoire et baroque du devoir et du droit. De mesurer. Elle était résolument anarchique.

Les gens de la publicité, de la presse et du cinéma ne supportent pas qu’on leur résiste et se croient tous la voix de Circé (c’est-à-dire que si on leur résiste, ils essayent de vous briser et que, s’ils n’y parviennent pas, ils se résignent à vos volontés). La vie logique, normale, donc tumultueuse, puisqu’elle était belle et exigeante, de Brigitte Bardot ressembla longtemps, grâce à eux, à une sorte d’exhibitionnisme forcené. On parlait de ses hommes comme on parle de pions et, pour une femme qui aime ses hommes, cela est très difficile à supporter. Elle le fit avec, j’imagine, mille difficultés mais aussi avec mille désinvoltures. Et de cela, grâces soient rendues à son éducation bourgeoise, son indifférence foncière ou sa perversion hypothétique, cela n’est pas important.

Pour ma part, je croirais à un naturel parfait, naturel aussi bien dans la générosité que dans l’égoïsme, la férocité que l’affection, l’exigence que la tendresse. Bref, à un être humain qui, mis dans une situation inhumaine, celle d’objet (et pas dans le vieux rôle de la femme objet dont il est tant question actuellement) mais dans celui d’objet tout court, objet de caméra, objet de commérages, objet de désir, objet d’insulte, un être humain qui sut rester beau, naturel, féroce, tendre, aimant les chiens, les chevaux, et la mer et les hommes…

Jean HEURTIN

Apologue : Les vraies femmes libres ne sont pas forcément celles qui le revendiquent. Sans prêtresses ni gourou (es) elles vivent leur singularité, telles Bardot et Sagan.

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Une réponse à “Bardot et Sagan, deux femmes libres pour notre temps.”

  1. Alex dit :

    Deux Françaises. Rien à carrer. Ici c’est la Bretagne.

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