Princesse Mononoké, une œuvre inspirée par la mythologie celte ?

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26/01/2017 – 06h45 Brocéliande (Breizh-Info.com) – Il y a 17 ans, Princesse Mononoké, l’œuvre d’Hayao Miyazaki, sortait dans les salles françaises. Le mois de janvier 2000 marquait l’irruption durable du Studio Ghibli dans l’hexagone. Un succès tel qu’aujourd’hui ce film est considéré comme un chef-d’œuvre absolu.
Hayao Miyazaki a réussi l’exploit de créer une histoire emprunte d’une portée symbolique énorme critiquant radicalement le monde moderne. Princesse Mononoké est à la fois une œuvre symbolique que l’on peut rapprocher de la mythologie celte et un brûlot révolté contre le saccage de la Nature.

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Dans ce film se déroulant dans un univers médiéval, Ashitaka – un jeune prince d’une tribu oubliée -, tue un Dieu sanglier pour protéger son village. Maudit par celui-ci, il prend la route pour vaincre la malédiction. Dans son périple, il découvre la ville des forges, tenue par Dame Eboshi. Il découvrira que les Dieux ne sont pas immortels et que, chaque jour, les hommes guerroient entre eux et saccagent la montagne pour l’obtention du minerai de fer.

Princesse Mononoké est un récit épique qui a tous les attributs d’une saga mythologique. Il n’est donc pas étonnant de retrouver de nombreuses similitudes avec la mythologie européenne, et notamment celtique.

Le rôle des femmes dans Princesse Mononoké

Hayao Miyazaki place deux femmes au centre du récit : San, la princesse Mononoké et Dame Eboshi, la puissante gardienne des forges.
Voilà une stature donnée aux femmes qui correspond bien à la culture celtique qui accordait une grande liberté et un rôle important aux femmes. Yann Brekilien, dans son livre La Mythologie celtique, le confirme : « Sur les rivages atlantiques, les populations de l’âge du Bronze, puis les peuples celtisés ont conservé à la femme beaucoup plus de droits et de pouvoirs qu’elle n’en avait chez les Latins, les Grecs et les Germains. La femme celte était l’objet d’un grand respect. Elle participait aux conseils où il était décidé de la guerre ou de la paix. Elle pouvait remplir des fonctions royales ou sacerdotales, commander des armées. L’initiation des jeunes guerriers était assurée par des femmes. » (Yann Brekilien, La Mythologie celtique, Editions Jean Picollec, 1981, p. 133)

San peut également être comparée à la figure mythologique de Morrígan, déesse celte de la guerre. Cette dernière se transforme en corbeau tandis que San se grime en louve.

Ashitaka, entre héroïsme et humanité

Ashitaka, est une figure classique des récits héroïques. Ce jeune prince doit lutter contre la malédiction d’un Dieu qui, en le condamnant à la mort, lui a également donné un attribut divin : une force surhumaine.

Cúchulainn au combat

Dans la mythologie celtique, Cúchulainn ressemble étrangement à Ashitaka.
Premièrement, sa force physique est également hors du commun.
Ensuite, il dispose lui aussi d’une arme à distance, un javelot mortel à coup sûr. Ashitaka utilise lui un arc mais, grâce à la malédiction, ses coups sont tous dévastateurs.
Enfin, Cúchulainn possède un cheval ayant une intelligence humaine. Le prince Ashitaka possède lui-aussi une monture aussi fidèle qu’intelligente qui lui permet de réaliser sa quête.

Là où le héros de Miyazaki s’éloigne de la mythologie traditionnelle, c’est dans son rôle d’observateur. Celui qui veut « porter sur le monde un regard sans haine » est un humain qui n’est pas un Dieu et qui se bat pour retrouver sa normalité. Tel Ulysse cherchant à retrouver Ithaque, Ashitaka souhaite uniquement briser la malédiction qui le condamne à la mort.

Le dieu-cerf, symbole païen immémoriel

Le cerf est l’un des symboles celtes les plus évidents de Princesse Mononoké. Merlin lui-même se transforme en un magnifique cerf au pied avant blanc.

« Le cerf n’est pas un animal quelconque pour les Celtes. […] Il est l’être primordial, la créature des origines et l’esprit de la végétation. On connait par ailleurs le rôle important du cerf dans la mythologie celte et ses nombreuses représentations sur des monuments (autel dit de Reims, de Sommerécourt, pilier des Nautes en particulier) ou sur des objets à caractère cultuel comme le célèbre chaudron de Gundestrup. » (Fabienne Pommel, Cornes et plumes dans la littérature médiévale : Attributs, signes et emblèmes, Presse Universitaire de Rennes, 2010, p.80)
Fabienne Pommel pointe explicitement du doigt l’utilisation par Hayao Miyazaki de la symbolique du Dieu-cerf qui se rapproche de la vision qu’avait les Celtes de cet animal.

Les Sylvains, cousins des Korrigans

Dans le film Princesse Mononoké, Ashitaka traverse la forêt du Dieu-cerf avec deux blessés dont un sur le dos. Il est guidé à travers les sentiers par des milliers de Sylvains, des esprits de la forêt.
Comment ne pas relever l’extraordinaire similarité avec les Korrigans.

Dans La Grande encyclopédie des lutins, Pierre Dubois évoque les kornikaneds, korrigans habitant dans les bois et veillant jalousement sur leur territoire.

Un plaidoyer humaniste, écologique et traditionaliste

Le film Princesse Mononoké est un plaidoyer très fin contre le monde moderne.
Comme dans quasiment tous les films d’Hayao Miyazaki, l’écologie est le sujet central de l’œuvre.
Ici, les progrès scientifiques réalisés par les hommes entraînent la destruction de la nature. Pour accéder au minerai, les villageois abattent les arbres et tuent les dieux.

Comme le dit un des villageois des Forges à propos de Dame Eboshi : « Elle sait qu’elle va à l’encontre de nos traditions mais elle se moque bien des vieilles lois. » Et un autre de renchérir « Elle n’a peur de personne, ni des hommes ni des dieux. »

Pendant que Dame Eboshi déforeste la forêt pour satisfaire les nouveaux besoins des hommes, l’Empereur est mourant et souhaite obtenir la vie éternelle.
Face à ces deux absolus que sont le progrès technique et la démesure morale – l’hybris honni des Grecs -, les conséquences sont claires : la destruction des normes et de la paix sociale.

C’est là le cœur même du message de Miyazaki. Lorsque l’homme se coupe des vieilles lois immémorielles d’un monde habité par le sacré, il n’a plus de limites. Sans barrières, l’être humain est voué à la destruction.

Mais il y a de l’espoir pour Miyazaki. Face à la folie des hommes, Ashitaka, souhaite « porter sur le monde un regard sans haine ».
Ashitaka, humain ancré dans une société traditionnelle tente de concilier la fin des traditions et de la transcendance avec le respect de la nature et la paix entre les hommes. Il est le symbole de ceux qui sont conscients des ravages du monde moderne et qui doivent affronter la folie des hommes.

Lorsque l’on connaît les positions très critiques de Miyazaki sur le marxisme, on perçoit que son message, éminemment politique, ne peut pas être confisqué par ceux qui prétendent défendre l’écologie aujourd’hui. Pour le réalisateur japonais, la lutte contre les mauvais côtés de la nature humaine passe forcément par la défense d’un ordre naturel et traditionnel.
Et face à la destruction de cet ordre ancien qui entraîne la destruction de toute vie, il appelle à un ordre nouveau. Une société nouvelle basée sur le retour à la sacralisation et au respect de la Nature et de la Beauté. Une société dans laquelle tous les hommes regarderaient le monde avec le souci du bien commun et le rejet de l’hybris.

Il est assez difficile de regarder toutes les œuvres de Miyazaki – et particulièrement Princesse Mononoké – sans penser à la maxime chère à Dominique Venner : « La nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon. »

Crédit Photos : Studio Ghibli
[cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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5 Commentaires

  1. « Princesse Mononoké, une œuvre inspirée par la mythologie celte ? »

    Pas besoin d’aller si loin. Miyazaki s’est clairement inspiré de la société et des mythes aïnous, jusqu’à ces petits sylvains (koropokkuru) et autres dieux-animaux, ou plutôt kamis.

    Quant aux pensées très critiques de Miyazaki concernant le marxiste, autant laissé la parole à l’artiste lui même, plutôt que d’essayer de récupérer son message :
    « J’aspire toujours au fond de moi à une société plus juste, et je reste influencé par l’idéal communiste formulé par Marx, même si je n’ai bien sûr aucune affinité avec les expériences de socialisme réel menées dans l’ex-URSS ou ailleurs. »
    Pour le reste, Miyazaki exprime des propos très critique envers le nationalisme japonais et le militarisme renaissant de l’archipel. Le parallèle avec Venner peut éventuellement se faire sur le rapport que les deux ont à la nature, un rapport quasi-mystique. Mais ça s’arrête là.

    • S’il confesse son attrait pour l’idée d’une société plus juste, sa critique du marxisme et du gauchisme est pourtant extrêmement claire…

      « J’ai complètement abandonné le marxisme. Je n’avais d’autre choix que de le délaisser. J’ai décidé qu’il était erroné, que le matérialisme historique était également infondé et que je ne devais plus analyser les choses à travers ce prisme. » (http://www.nausicaa.net/miyazaki/interviews/afternausicaa.html#main)

      Et dans son entretien avec Libération, il considère (cela a déjà été relevé par vos soins) que, même si l’idéal communiste était beau, dans les faits, cela n’a rien donné de positif : « Je n’ai bien sûr aucune affinité avec les expériences de socialisme réel menées dans l’ex-URSS ou ailleurs. » (http://next.liberation.fr/cinema/2014/01/10/j-aspire-toujours-a-une-societe-plus-juste_972054)

      Alors oui, dans ce même entretien et dans d’autres, il critique le nationalisme. Simplement, il faut comprendre que le nationalisme japonais n’a RIEN à voir avec le nationalisme tel qu’il existe aujourd’hui en Europe. Un Japonais qui critique le nationalisme de Shinzo Abe est malgré tout souvent en phase avec un repli identitaire tellement fort qu’il serait considéré comme un fasicste s’il était Européen et jugé par des yeux d’Européens.
      Il ne faut pas regarder l’étiquette nationaliste brandie par un Japonais avec les yeux d’un Français, sinon, on ne comprend rien.
      Soyons bien clairs, je n’assure pas que Miyazaki est un identitaire japonais. Simplement, il y a de fortes chances qu’ils le soient. Pas d’ethnocentrisme.

      Dans cet entretien pour Libération, Miyazaki confirme tout à fait mon analyse : « Je suis une sorte de conservateur, oui, de naissance peut-être. Ou plutôt, je suis resté classique. »

      Et oui, Miyazaki est un réfractaire au progrès, un amoureux de la Tradition et d’un monde à taille humaine. Ça n’en fait pas un Dominique Venner japonais, bien entendu… Mais il est certain que, dans sa manière de voir le monde et de critiquer sa marche folle vers l’anéantissement naturel et civilisationnel, il partage beaucoup plus avec lui qu’avec un gauchiste français qui s’en réclame.

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