Ploufragan. De l’Armorique à la Bretagne. Mickaël Gendry en dédicace

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06/03/2017 – 08H00 Ploufragan (Breizh-info.com) – Mickaël Gendry sera en dédicace ce samedi 11 mars à 10h, à Ploufragan (Espace Culturel Lelerc) pour son livre « de l’Armorique à la Bretagne » sur les Bretons et l’Armorique durant le haut moyen-âge.

Mickaël Gendry est professeur d’histoire de l’enseignement secondaire, spécialisé dans l’étude du fait religieux : de l’architecture (L’Eglise, un héritage de Rome. Méthode et principes de l’architecture chrétienne, Harmattan, 2009), des minihis et évêchés bretons au haut Moyen Age (publications universitaires sur les origines de l’évêché d’Alet/Saint-Malo, les minihis et les troménies). Sa passion de l’histoire de Bretagne est liée aux travaux de recherche réalisés sous la direction d’André Chedeville et Bernard Merdrignac, grands spécialistes de la Bretagne au Moyen Age qui ont marqué l’historiographie sur le sujet.

Il est aussi auteur d’un ouvrage sur le patrimoine de Quintin, une des 22 cités de caractère de Bretagne (Quintin, genèse et développement d’un bourg castral, Edilivre, 2012).

L’ouvrage fait le point sur les migrations Bretons au haut Moyen Age et offre un positionnement sur la fondation des évêchés bretons et de l’histoire de Bretagne au haut Moyen Age, du VIe au IXe siècles.

Les termes Armorique et Bretagne sont souvent confondus dans l’opinion commune. Ils s’appliquent pourtant à des réalités bien différentes. Le premier désigne un commandement politique militaire romain (Tractus Armoricanus) puis un territoire de l’Antiquité qui enveloppait la Bretagne et la Normandie actuelle. Le second est utilisé au Moyen Age, à partir du VIe siècle avec l’arrivée des Bretons.

Pendant longtemps on a cru qu’il y avait eu deux migrations des Bretons : une colonisation militaire à la fin de l’Antiquité et une  seconde de peuplement encadrée par les saints au début du Moyen Age. La recherche historique actuelle relègue au rang de mirage historiographique la première. Il ne reste plus qu’une migration de peuplement au haut Moyen Age entre le VIe et le IXe siècle.

Ces peuples étaient originaires de Bretagne insulaire, et plus précisément de la Cornouailles et le Pays de Galles actuels.

La difficulté à traiter de cette période tient à la rareté des sources historiques, essentiellement des sources  hagiographiques ou Vies de saints, au traitement difficile. L’enjeu du débat actuel tient au traitement que l’on veut bien faire de ces sources. Il ne s’agit bien évidemment plus d’en faire une lecture littérale comme pouvait le faire le célèbre historien Arthur Le Moyne de La Borderie. Certains historiens estiment que ces sources ne seraient valables que pour l’époque où elles ont été rédigées, écartant le récit des faits auxquelles elles se rapportent, en l’occurrence les migrations bretonnes.

Une telle approche nie l’importance de la transmission orale ou de la capacité des hagiographes à évoquer le passé même si leur but n’était pas de faire de l’Histoire. Hors, le recoupement  avec d’autres sources historiques est riche d’enseignement. Les Vies de saints soulèvent souvent des questions qui ont trait à l’espace que l’on peut recouper avec la toponymie, le fisc et les sources diplomatiques ou religieuses avec les sources conciliaires par exemple. L’enjeu au final n’est pas le résultat – le consensus est désormais bien établi sur la réalité de la migration des Bretons au haut Moyen Age – mais de savoir si l’on souhaite avoir une histoire de Bretagne incarnée ou non. La question de l’historicité de quelques personnages comme les évêques Samson ou Tudual ou des chefs bretons tels Riwal ou Conomore doit être posée.

L’essai propose ainsi une  contribution récente à l’étude des migrations des premiers Bretons, un positionnement sur la sur la datation des évêchés avec des cartes inédites. Le passage de l’Armorique à la Bretagne, entre le Ve et le VIe siècle, traduit une rupture de civilisation avec l’implantation de communautés bretonnes exogènes et la définition d’un territoire spécifique : la Bretagne.

Ces communautés étaient organisées autour de chef de clans et n’étaient pas encore constituées en tant que Nation. Le sentiment d’appartenance valait uniquement pour le clan auxquels elles appartenaient.  Les communautés étaient originaires de Cornouailles anglaise actuelle et du Pays de Galles. La Domnonée au IXe siècle (du Léon au pays de Dol) et la Cornouaille dans le sud Finistère, aujourd’hui, en héritent.  Le processus de bretonnisation de l’Armorique à partir du VIe siècle s’est traduit par une langue propre, une topographie ecclésiastique spécifique (toponymes en lan et ploues, minihi et évêchés) et un territoire constitué tout au long du Moyen Age. L’identité forte de la région Bretagne actuelle en hérite.

Les dédicaces programmées :

Ploufragan, espace Culturel- 11 mars, 10 h

Plestin-les-Grèves, Maison de la presse, dimanche 10 avril, 10 h 30

Vannes, 10 et 11 juin

Crédit Photos : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017 Dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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3 Commentaires

  1. « une colonisation militaire à la fin de l’Antiquité et une seconde de
    peuplement encadrée par les saints au début du Moyen Age. La recherche
    historique actuelle relègue au rang de mirage historiographique la
    première »

    Il faudrait être plus précis. Que les Bretons aient attaqués l’Armorique pour créer la Bretagne, c’est sûr c’est du n’importe quoi car les Bretons étant citoyens romains ils pouvaient aller partout ou ils le souhaitaient.
    Néanmoins, la Bretagne a bien été créé sur une base initiale militaire par les soldats bretons des légions romaines basés en Gaule du nord et qui se repliant face aux invasions ont résisté dans ce qui sera appelé plus tard les « Réduit breton » (formé par la Rance et la Vilaine). A cette époque un part important des légions d’Europe du nord était composé de militaires bretons (sous le casque romain, il y avait un Breton et non un méditerranéen..)

    « Ces communautés étaient organisées autour de chef de clans et n’étaient pas encore constituées en tant que Nation »

    Donc, pour César les Bretons étaient une Nation (charnelle), la Reine Boudicca a su réunir les Bretons pour l’une des plus terribles batailles de l’histoire romaine, puis les Bretons ont été capable de prendre Rome et de constituer leur propre Empire Romain durant 30 ans, l’Empire a fini par redonner son indépendance à la Bretagne qui néanmoins a continuée à fournir des légions face aux Barbares, et on vient nous dire que les Bretons sur le continent n’était pas une Nation…? (Toujours cette vieille peur des Bretons qui s’ils s’intéressaient de trop à leur histoire pourraient briser la belle « Nation » qui serait « Une et Indivisible »…)

    Et toujours cette confusion sur le terme « nation » entre la nation charnel et le fantasme d’un pays centralisé avec au sommet un roi tout puissant qui prend le peuple pour des attardés et que les Francs/Français appellent « Nation ».

    Oui au 5 et 6ème siècle, les Bretons n’étaient pas constitués en un état sur le modèle français ou francs…. cela ne les a pas empêché de coller des raclés aux Francs et même 2 siècles plus tard à ce Charlemagne qui bien qu’aillant conquit toute l’Europe continentale (un type balaise…) fut tenu en échec par ces Bretons qui n’étaient même pas… une Nation!

    • Bonjour,

      En attendant de vous répondre plus longuement, je vous invite à lire l’ouvrage de Patrick Galliou sur le castellum de Brest et l’historiographie récente sur la genèse des peuples barbares en lien avec le démantèlement de l’empire romain.
      Mes salutations respectueuses

  2. Les Bretons, une « Nation » au Moyen Age ?

    Le concept de Nation n’a pas le même sens dans l’Antiquité qu’au XIXe siècle. Chez Cicéron ; le terme « natio » est utilisé aussi pour désigner une « peuplade », un « peuple » ou une « partie d’un peuple », cristallisée autour d’un sentiment d’appartenance (1). Au Moyen Age, il en conserve le sens et s’applique aussi à toutes sortes de groupements, les associations entre maître et élèves dans le cadre de l’université en particulier. Depuis le XIXe siècle, le concept de Nation s’applique à un Etat organisé. C’est au XIXe siècle en effet que se posent les questions des nationalités et que se constituent des Etats comme l’Allemagne ou l’Italie. La comparaison du territoire « des Gaules » et de la « Bretagne » (la Bretagne insulaire) dans l’Antiquité est riche d’enseignements (2) L’idée d’une « Gaule » unifiée n’a pas de sens, même au moment de la conquête du territoire « des Gaules » au Ier siècle avant J.C. Les seul moments où auraient pu exister une semblant de sentiment d’appartenance est la bataille d’Alésia en 52 avant J.C. mais il faut tenir compte également des défections de certains peuples gaulois et des renforts tardifs apportés lors de cette bataille. Jules César lui même parle de la « Guerre des Gaules » et non « la Gaule ». L’appellation de « Gaulois » relève aussi des catégories mentales des Romains. De la même façon la « Bretagne » de l’Antiquité est d’abord un territoire de l’administration romaine, une province romaine qui désigne la Bretagne insulaire (la Grande Bretagne actuelle à l’exclusion de l’Ecosse, soit le territoire au sud du mur d’Hadrien). Les troupes qui sont passées en Armorique étaient des troupes régulières qui pouvaient être d’origines ethniques très différentes et pas forcément d’origine insulaire. Les troupes de Maxime par exemple sont passées sur le continent mais il n’est nullement avéré qu’elles soient passées par la péninsule armoricaine (3). Bernard Merdrignac qui avançait pourtant lui aussi l’idée d’une première migration militaire s’en défendait également. La recherche récente sur le Tractus Armoricanus souligne qu’il n’est plus possible de démontrer avec certitude la présence de troupes romaines au point que Patrick Galliou, – qui avait été pourtant initialement un ardent défenseur de cette vague de migration – la relègue désormais au rang « mirage historiographique » (4). L’enseignement de l’historiographie des peuples barbares enfin enseigne que ces peuples n’ont pas pu se constituer avant le démantèlement de l’empire, soit avec ou en opposition de la civilisation romaine. Les peuples de Bretagne insulaires, de Cornouailles et du Pays de Galles qui ont débarqué an Armorique à la fin de l’Antiquité n’avaient probablement pas de sentiment d’appartenance bien défini si ce n’est celle très ténue de la même origine géographique. Le sentiment d’appartenance valait d’abord pour les clans auxquels ils appartenaient en Bretagne insulaire à l’image des différents peuples gaulois de l’Antiquité (les Osismes, les Coriosolites , les Vénètes pour reprendre les peuples gaulois qui étaient situés à l’extrémité occidentale de la péninsule …). Le sentiment d’appartenance commune de ces différents peuples s’est constitué progressivement après l’installation de cette communauté exogène sur le continent, soit après le démantèlement et tout au long du haut Moyen Age en lien avec la constitution des royaumes francs. Les recherches sur la langue bretonne soulignent désormais une différenciation tardive au sein des langues d’origine brittonique (5). L’Histoire commune des Bretons a été souvent réécrite a posteriori, avec des historiens comme Geoffroy de Monmouth. C’est le cas de Conan Mériadec rapporté à l’Histoire de Bretagne très tardivement (6). L’idée enfin d’une Nation jacobine, avec des institutions centralisées se pose pas au haut Moyen Age. Il est préférable de parler à cette époque de « Bretons » dans la mesure où se développent progressivement un sentiment d’appartenance commune, de « Bretagne » pour désigner le territoire où vivent les Bretons. L’idée de Nation est-elle dès lors applicable à la Bretagne? Oui, si on ne l’envisage pas sous l’idée d’une Nation jacobine. Le terme de « Nation bretonne » au sens d’Etat avec des institutions spécialisées, peut être en effet appliqué à la Bretagne pour la fin du Moyen Age, et cela bien avant le avant le XIXe siècle ! Il y a de nombreuses traces de « l’utilisation du mot Nation pour désigner le duché de Bretagne et son peuple »(8) aux XIVe et XVe siècles. La Chronique de Bertrand Duguesclin, à la fin du XIVe siècle débute ainsi » Ici commence le roman a Bertrand Duguesclin jadis connétable et né de la nation de Bretaigne« . A la fin du XVe siècle, la duchesse Anne de Bretagne commande à Pierre Le Baud de rédiger un texte « pour exalter toute la nation de Bretaigne » pour une nouvelle édition de l’Histoire de Bretagne. La duchesse enfin, emblématique de l’Histoire de Bretagne en deviendra rapidement un symbole, non une allégorie.

    (1) « Il disait souvent que ce qui faisait la supériorité du gouvernement de Rome sur celui des autres nations, c’est que celles-ci n’avaient reçu pour la plupart leurs institutions et leurs lois », Cicéron, Traité de la République, Livre second, I. Plus largement, dans le monde gréco-romain, le terme de « nations » désignent des peuplades barbares ou païennes puis judéo-chrétiennes (nationes, ethnê) , extérieures au monde gréco-romain puis judéo-chrétien, soit une opposition entre « nations » et « cités-Etat » gréco-romaines.
    (2) BRUNEAUX, Jean-Louis, « Nos ancêtres les gaulois… », L’Histoire,‎ décembre 2007 (lire en ligne)
    (3) « Il est exact que Maxime est passé en 383 de Grande-Bretagne sur le continent avec des troupes venues de l’île pour provoquer puis renverser l’empereur Gratien. Il n’a probablement pas débarqué dans la péninsule », p.32, TOURAULT, Jean-Louis, les rois de Bretagne IVe-Xe siècles, éd. Perrin,Paris, 2005, p.32.
    (4) GALLIOU Patrick, SIMON Jean-Michel, Le castellum de Brest et la défense de la péninsule armoricaine au cours de l’Antiquité tardive, PUR, Rennes, 2015, 224 p.
    (5) Comme l’a relevé M. Coumert, l’apparition des dialectes au sein de la langue brittonique s’opère à partir du IXe siècle – Cf. « Tableau 2 : L’histoire des langues brittoniques selon les données récentes ; vieux breton : IXe siècle », COUMERT Magali, « Des lois bretonnes du haut Moyen Âge ? Les Extraits des livres des Romains et des Francs », Britannia Monastica, 17, p. 113.
    (6) La famille des Rohan prétendait par exemple descendre de Conan Mériadec « cela justifiait « une lignée royale bretonne antérieure à celle des Mérovingiens, des Carolingiens et , à plus forte raison des Capétiens »,TOURAULT, Jean-Louis, les rois de Bretagne IVe-Xe siècles, éd. Perrin,Paris, 2005, p.27»
    (7) Une argumentation plus fine est précisée dans l’ouvrage : De l’Armorique à la Bretagne.
    (8) « On parlait déjà de nation bretonne 400 ans avant la Révolution », enquête par Philippe Argouarch (Agence Bretagne Presse), 2/10/2014.

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