03/07/2017 – 06h45 Nantes (Breizh-Info.com) – Nombre d’usagers et même de commerçants se plaignent des conditions d’hygiène et d’organisation qui règnent sur les marchés de Nantes. WC en panne à répétition – quand leur évacuation n’est pas bouchée depuis des mois, obligeant les commerçants à y aller en bottes, comme à Zola jeudi matin jusqu’à il y a quelques semaines, lorsque Ayrault venu sur les lieux et a été interpellé par les commerçants, viande avariée, marchandise par terre, est-ce que ce serait le souk sur les marchés de Nantes ?

Les prix des emplacements des marchés de Nantes sont décidés en conseil métropolitain, tout comme d’ailleurs le règlement des marchés de Nantes – le dernier est en date du 12 juillet 2016. Cependant, chaque commune garde la gestion dans son coin et délègue ses placiers. Certaines, comme Basse-Indre, ont leurs propres règlements adoptés par la commune. Armés de ces règlements pour voir ce qui était respecté et ce qui ne l’était pas vraiment, nous sommes allés nous promener sur les marchés nantais, ainsi que celui de Bellevue, très proche de Nantes mais situé sur la commune de Saint-Herblain.

Pour Nantes, le texte de référence, c’est l’arrêté relatif au règlement des marchés de plein air, en date du 12 juillet 2016. Il cite plusieurs textes de référence, dont l’arrêté interministériel du 21 décembre 2009 au sujet des règles sanitaires applicables au commerce de détail, ou encore le règlement CE 852/2004 relatif à l’hygiène des denrées alimentaires. Normalement, les placiers sont censés faire respecter les règles. On verra qu’il n’en est rien – ce qui permet de s’interroger sur leur utilité.

Bellevue, la Petite Hollande : des caravansérails plus que des marchés

A l’article 2-1-3, le règlement de Nantes Métropole dit « aucun branchement électrique ne devra courir sur le sol, dans tous lieux réservés au passage du public ». Cela tombe bien, cela arrive très souvent sur le marché de la Petite Hollande au centre de Nantes, et quasiment toujours sur le marché de Bellevue, près de la rue du Cantal (Saint-Herblain), les fils courant carrément en travers des allées ! Et dans ces fils, il y a de tout : rallonges et dérouleurs domestiques (3×1,5), multiprises diverses, très rarement adaptées à l’usage extérieur et parafoudres… et très rarement quelques dérouleurs professionnels correctement isolés (3×2,5) et adaptés à l’usage extérieur. En cas d’orage, étincelles assurées.

S’il n’y avait que les fils ! Au point 3-1, il est précisé que « les denrées alimentaires […] mises en réserve de vente », c’est à dire derrière le banc, « doivent se trouver à plus d’un mètre au-dessus du sol. En aucun cas, les denrées alimentaires ne doivent être en contact direct avec le sol ». Et ce de façon à ne pas être polluée par les chiens qui urinent, la saleté du sol etc. Le problème, c’est que tous les commerçants ne respectent pas la règle.

A Bellevue et à la Petite Hollande, il est d’usage que les denrées alimentaires en réserve soient situées sous le banc, empilées à même le sol dans leurs cartons ou cageots, sans même une palette pour mettre dessous. Sur les autres marchés (notamment les Américains, Talensac et Zola), ça dépend des commerçants. Au déballage ou au remballage, les denrées sont quasi systématiquement mises par terre avant d’être posées sur le banc, qui est monté en dernier – l’ordre réglementaire est inverse.

Lors de ses contrôles, la DSV préconiserait de mettre les denrées au moins à 60 cm de haut – nous n’avons pas trouvé de référence réglementaire, et du reste chaque commune fait à sa sauce. La Baule, dans le règlement – du reste, très exigeant – affiché au fond des halles, demande qu’aucune denrée alimentaire ne soit à moins d’un mètre du sol – ce qui est assez difficilement applicable pour nombre de commerçants, ne serait-ce que pour des raisons de place. Basse-Indre, dans son règlement du 8 septembre 2015, exige que « les bancs doivent avoir une hauteur minimale de 0,50m. Les commerçants et producteurs en denrées alimentaires sont tenus d’entreposer leurs marchandises placées à l’arrière de leurs étals à une hauteur minimale de 0,30 m ».

Corollaire, dans le règlement de Nantes, « les denrées soumises à condition de température lorsqu’elles ne sont pas soumises à la viande », c’est à dire la viande, les charcuteries, les laitages, le poisson… « doivent être entreposées soit dans des chambres froides soit dans des camions frigorifiques », dit le règlement des marchés de plein air de Nantes (article 3.2).

Quand trois tonnes de viande avariée sont saisies, notamment dans une remorque du marché de la Petite Hollande d’où il tombe des grappes d’asticots au moment du déballage – sans compter le jus noir et l’odeur – et que sur ce même marché, d’autres s’émeuvent régulièrement de voir des caisses de viande posées par terre en plein soleil ou « des moutons pendus à l’auvent de la camionnette, la tête à trois centimètres du sol », il est clair que ces prescriptions – qui correspondent à la réglementation nationale et européenne en matière d’hygiène – ne sont pas du tout respectées.

Zola : au dernier verre, vente à emporter

Toujours dans le règlement des marchés, on trouve à l’article 5 « Boissons. La vente des boissons alcoolisées à consommer sur place est interdite ». Un article globalement bien appliqué. Ainsi, sur le marché de Talensac, les marchands de vin placés à l’extérieur – sous l’auvent nord avec les producteurs ou en haut de la place – ne vendent que des bouteilles, des BIBs ou des cartons. Pas de vin au verre. On peut faire la même constatation sur tous les marchés.

Tous les marchés ? Non, un petit village gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. Il s’agit du marché de la place Zola (jeudi matin). Tout au fond de la place, un commerçant vend allègrement du vin à la bouteille, au carton, au BIB… et au verre. Tout au fond, loin des regards, loin des yeux, et loin du centre, il borde la rue des Renardières, c’est bien loin de la mairie centrale tout ça. Allez, hop, un petit dernier en attendant le bus !

Basse-Indre, qui a connu le problème, l’a encadré dans son règlement (article 9.5) : « la vente d’alcool à consommer sur place est interdite. La vente d’alcool au verre ou au gobelet, de quelle contenance que ce soit, est interdite ». En revanche la dégustation est possible, « dans des gobelets jetables, en plastique transparent, d’une contenance de 3cl maximum », comme le font les vendeurs de liqueurs sur les marchés. En outre « aucun attroupement ne peut avoir lieu devant les étals proposant exceptionnellement des dégustations gratuites d’alcool ou la vente d’alcool à emporter ». Depuis 2014, la tradition de la « dernière tournée », renouvelable dix fois s’il le faut, « en attendant le bac » s’est perdue… et certains marchands de boissons alcoolisées ont quitté Basse-Indre pour Nantes. On se demande bien pourquoi.

Mendicité interdite… mais carrément autorisée

En déroulant plus bas le règlement des marchés de Nantes, on tombe sur une nouvelle perle. Article 8 « les appels aux dons sur l’emprise du marché, de quelque nature que ce soit, sont interdits à l’exception des journées nationales d’appel à la générosité publique fixées par arrêté préfectoral ».

Interdite donc, la vente quasi à la sauvette de magazines pour les sans-abris (sous la halle de Talensac, dimanche). Interdite la mendicité presque agressive pratiquée de façon récurrente par les ressortissantes d’une certaine communauté – qui n’hésitent d’ailleurs pas à rafler les invendus, que le commerçant les garde ou non une fois le marché terminé (Petite Hollande, samedi). Ou dont les représentants masculins s’installent carrément sous la halle de Talensac avec leur petit écriteau, au niveau des volées des marches, le dimanche. Parfois les placiers ou la police municipale les chassent mollement – du moins quand ils émergent du bureau tout en haut du marché où ils boivent longuement des cafés commandés au bar d’en face.

Interdites encore, les associations qui appellent aux dons notamment pour les enfants de l’ex-Tonkin ou du fin fond de l’Afrique, ou pour les zones tenues par les rebelles en Syrie – celles qui sont tenues par les loyalistes n’intéressent pas les bonnes consciences, même si encore une fois en ce moment l’eau courante est coupée à Alep, après que les rebelles aient fait sauter l’alimentation électrique d’une station de pompage. Sans oublier les « familles syriennes » ou prétendues telles, qui bénéficient normalement d’une aide et d’un hébergement publics qui les dispense d’aller quêter sur les marchés.

Interdite toute cette mendicité agressive et parfois frauduleuse… à condition que quelqu’un fasse respecter l’interdiction. Pour l’heure, c’est cocagne !

Vêtements à petit prix : ayez l’oeil ou soyez vous-même fripier !

Il existe des commerçants qui vendent des vêtements qui ont déjà été portés et qu’on appelle des fripes. Les commerçants sont donc désignés sous le terme de fripiers. Habituellement, on les trouve à l’extérieur des marchés couverts ou près des entrées des marchés de plein air.

Le règlement des marchés de plein air de Nantes indique que « les commerçants autorisés à vendre des vêtements d’occasion déjà portés doivent obligatoirement indiquer, au recto et au verso sur des pancartes en matériau rigide, aux dimensions minimales de 21×29,7 cm en lettres de 5 cm de hauteur VETEMENTS DEJA PORTES». Un peu plus loin, « il est formellement interdit de présenter sur le même emplacement des vêtements d’occasion et des vêtements neufs ».

Un petit tour sur plusieurs marchés nantais nous permet de constater que bien peu de fripiers satisfont à ces dispositions. Tout juste s’ils renseignent le client méfiant qui leur demande. Deux indices permettent toujours de trouver la fripe : son état et son prix. Sinon, il y en a un autre, souverain : être fripier soi-même. Pendant ce temps, le droit recule.

Le cafetier fait des pizzas, le pizzaiolo des cafés…

Une autre constatation plus fine peut être faite sur les marchés nantais : certains commerçants débordent nettement de l’activité qu’ils ont déclaré. Un crêpier peut ainsi se mettre à vendre du café, ou un rôtisseur, des œufs. On nous répondra : il y a le principe de la liberté d’entreprendre.

Sauf que sur les marchés, cela ne se passe pas vraiment comme ça. Un commerçant est libre d’inscrire ce qu’il veut comme activité, lorsqu’il prend sa carte de commerçant ambulant à la CCI – par exemple la vente à emporter, qui est très large. « Mais sur un marché, on s’inscrit avec une activité bien précise. La crémerie par exemple. Ou la vente de plats préparés », nous explique un commerçant qui fait les marchés nantais depuis des années.

« Quand on rajoute une activité – on est crêpier par exemple et on veut servir du café à emporter, ou vendre des œufs, on doit passer en commission de marché, où il y a aussi des représentants des autres commerçants, parce qu’on peut impacter leur activité et déséquilibrer le marché… sauf qu’à Nantes ça ne se fait presque jamais et chacun fait ce qu’il veut ». Ce qui permet de constater que la mairie de Nantes a visiblement renoncé à gérer ses marchés au-delà de l’encaissement des droits de place.

La mairie de Nantes ne remplit pas ses obligations envers les commerçants

Sur les marchés nantais, les torts sont largement partagés. Car la mairie aussi faillit à ses obligations, notamment en matière d’hygiène et de sécurité. Nous nous étions faits ainsi l’écho de plusieurs pannes de WC répétitives sur certains marchés nantais – neuf semaines durant au marché des Américains (mardi), un mois à la Marrière (vendredi), sans oublier les WC de la place Zola où les commerçants devaient aller en bottes et avec torches.

On a retrouvé la réglementation émise par la DGCCRF pour les mairies qui ont des marchés dits de plein vent. Elle a été traduite par les préfets dans une série d’arrêtés préfectoraux qui en reprennent les dispositions. Ainsi : « des sanitaires doivent être mis à disposition des professionnels. Ils doivent être équipés de toilettes de type cuvette, équipés d’un lave-main à commande non manuelle, avec du savon liquide, du papier jetable et une poubelle, propres et en état de fonctionnement, gratuit pour les professionnels ».

La réglementation européenne prévoit carrément (chapitre III de l’annexe II du règlement CE 852/2004 « Paquet hygiène ») que des « installations appropriées seront prévues pour assurer un niveau d’hygiène personnelle adéquat (elles comprendront entre autres des installations permettant de se laver les mains dans de bonnes conditions d’hygiène, des installations sanitaires hygiéniques et des vestiaires ». Il est peu probable que les urinoirs de Zola soient aux normes. Les WC au milieu du MIN non plus – mais lui, il s’en va au sud de Nantes. Quant aux WC en panne des mois durant, c’est complètement en-dehors de la loi, la mairie faisant courir un risque sanitaire aux commerçants et à leurs clients.

Pour le choix d’un nouvel emplacement de marché, il est conseillé « d’éviter des sources de pollution comme la proximité de grands axes routiers » et « éviter de placer les marchés dans les zones soumises aux vents dominants ». Ouf ! La petite Hollande passe entre les grosses gouttes, du fait de son caractère historique. Coincé entre des grands axes circulants et situé en plein dans l’axe des vents dominants, le terre-plein de l’Ile Gloriette est le paradis des sacs plastiques qui volent jusqu’à la Loire en fin de marché, les commerçants abandonnant leurs déchets à l’endroit même de leur étal.

« On a bien essayé de mettre des bennes il y a quelques années, mais les commerçants mettaient leurs déchets à côté. On perdait du temps alors qu’on voulait en gagner », nous explique un agent chargé du nettoyage des marchés. « Ce qu’ils ont mis, ce sont de grandes bennes qu’un camion peut emporter, comme il y en a à Talensac pour les cartons. Il fallait monter dessus pour balancer dedans, et quand vous avez un carton de tomates pourries, vous avez le temps de prendre tout le jus sur votre tête ; donc on mettait à côté », réplique un marchand de primeurs, qui s’interroge : « pourquoi ne mettent-ils pas des conteneurs à ordures classiques un peu partout sur le marché ?  Y paraît que c’est la capitale de l’écologie ici ? ».

Accès pompiers bouchés pour caser encore plus de commerçants

On ignore quelles pourraient être les conséquences en cas de mouvement de foule à Bellevue ou à la Petite Hollande en plein marché. Ni en cas d’incendie. Les accès pompiers sont en effet presque tous bouchés par des commerçants, principalement des passagers qui vendent des marchandises non alimentaires à petit prix. « A force de bourrer des passagers, qui eux payent en liquide et sont prêts à tout pour être placés, on nous bourre nous, et nous qui sommes abonnés, on n’a pas toujours notre métrage qu’on paye pourtant », réagit un primeur abonné pour la Petite Hollande. « Il a fallu qu’on résiste avec bruit pour empêcher que le placier ne place un passager au-dessus de la flèche de notre remorque ! », remarque un autre commerçant.

Résultat : aux Américains, les pompiers pouvaient déboucher au milieu du marché, par la rue Calmette. Aujourd’hui c’est fini : les abonnés ont été décalés en plein travers de la rue pour placer des passagers. Les pompiers pourraient toujours passer par les deux bouts, « mais pour qu’ils passent, il faut que tout le monde rabatte ses auvents ou recule ses parasols, et que la foule s’écarte », remarque un commerçant mécontent de la situation. De précieuses minutes perdues en cas de malaise ou d’incendie pour accéder sur les lieux. Et ce bien que la loi oblige au strict respect des voies d’accès des secours.

Faudra-t-il attendre, pour que les normes sanitaires et de sécurité s’appliquent enfin sur les marchés nantais, la prochaine affaire de « camion fou » ou une grosse bronca des commerçants ?

Louis Moulin

Crédit photo :  DR
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1 COMMENTAIRE

  1. Il n’y a pas que les pompiers qui seraient gêné par le bazar qu’il règne au marché de la Petite Hollande (Petite Afrique serait plus juste). C’est impossible de marcher sur le cheminement qui longe le marché pour aller à l’arret du tram car il est envahi par les camionnettes qui ont enlevé les barrières donc on est presqu’obligé de traverser ce souk, ce dont on se passerait bien.

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