Et si la place des technopoles était au cœur des villes ? L’exemple d’Octopus à Cholet

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18/09/2017 – 06h30 Cholet (Breizh-Info.com) – A Cholet, la rue Saint-Pierre abonde de vitrines vides d’anciennes boutiques. Ces derniers mois pourtant, elle est en train de revivre. En bleu et avec l’aide d’un poulpe. Ce n’est pas Paul le poulpe, mais Octopus, une start-up qui a mis au point un robot révolutionnaire, Octopus Poultry Safe, pour désinfecter les élevages industriels, brasser les litières, et réaliser d’autres opérations de maintenance sans stresser les poules.

Au SPACE à Rennes, où la société est présente pour la première fois, son PDG Olivier Somville nous explique sa vision : « nous sommes en train de nationaliser la rue Saint-Pierre, en rachetant un à un les anciens emplacements commerciaux pour y mettre nos bureaux ». S’il y a besoin de place – la jeune start-up, qui envisage d’entrer en Bourse, vend ses robots dans le monde entier – pourquoi ne partent-ils pas dans une technopole ?

« Les technopoles, ce sont des bâtiments qui sont souvent en périphérie. En fait, on rétablit le concept d’usine, avec des horaires fixes, de bureau, du style 9h-18h. Ce n’est pas du tout adapté aux réalités du métier », nous explique Olivier Somville. « J’ai des ingénieurs du matin, d’autres du soir, et ça ne sert à rien de faire venir ceux du soir à 8 h du matin pour qu’ils soient endormis jusqu’à 10 ou 11 heures ».

En plus, « 80% de mon effectif n’a pas le permis de conduire, et ils sont nombreux, ces ingénieurs qui ont parfois 27, 28 ans à ne pas l’avoir passé et à ne pas envisager de le faire. Ils vivent en ville, utilisent le covoiturage ou les transports en commun… ». Avec des horaires flexibles, une ambiance conviviale au travail, de bons salaires et une faible envie de faire la cuisine, ces jeunes s’installent en centre-ville, où ils peuvent trouver des bars et des restaurants, mais aussi des petits commerces pour faire leurs courses du quotidien. Et ils vont au travail à pied ou à vélo. Raison de plus pour Olivier Somville de voir les start-up coloniser les centre-villes.

Jusqu’alors, ceux-ci sont frappés par deux fléaux : la désertification et la ghettoïsation. « La spirale de fermeture des commerces conduit immanquablement à un déficit budgétaire rendant obligatoire une augmentation des impôts, elle même poussant les habitants à déserter les centre-villes où ils disent impossible de se ravitailler ou de vivre sans devoir se déplacer en périphérie », résume le document expliquant la stratégie de développement d’Octopus.

Résultat des courses : ne restent au cœur des villes que ceux qui ne peuvent faire autrement. Les personnes âgées, à cause de la proximité des petits commerces et des services de santé – même si les hôpitaux et cliniques eux aussi ont tendance à partir en périphérie. Les précaires, étudiants, ou encore catégories sociales très pauvres, voire migrants, qui s’entassent dans des logements souvent anciens, peu ou mal rénovés – à quoi bon puisqu’il s’agit d’une zone en déclin ? D’autres restent vides. Soit parce qu’ils ne trouvent pas preneurs, soit parce que les propriétaires préfèrent les laisser vides plutôt que de les louer à des catégories socio-professionnelles précaires, avec les risques d’impayés, ou de brader les loyers.

« C’est le modèle de développement urbain façon Sim City, avec des zones résidentielles, des zones industrielles, des zones commerciales », nous explique Olivier Somville. « Ce modèle est fini. Travailler à un endroit, traverser l’agglomération pour aller faire ses courses, la retraverser pour rentrer chez soi, c’est un non-sens total. En matière de productivité – que de temps perdu dans la circulation, en matière d’écologie, en matière d’urbanisme ».

A partir de statistiques moyennes pour la France – dressées pour la région Aquitaine – Olivier Somville estime que le temps de transport du domicile au travail, en moyenne, est d’une heure par jour (52 km). Pour un coût estimé à plus de 5.300 € par an.

Pour lui, il est « vital » de laisser les start-up repeupler les centres-villes en voie de désertification. « J’ai des ingénieurs bien payés, qui s’installent à quelques minutes du boulot, qui consomment localement, dans les commerces du centre-ville et participent au maintien de ceux-ci pour le reste de la population – notamment les personnes âgées ». Avoir des logements qui trouvent preneurs permet aussi de rompre avec la baisse des prix immobiliers, de rendre le centre-ville plus attractif et de sortir du cercle infernal du ghetto.

L’idée est novatrice, mais elle est appelée à prendre de l’importance, du fait d’une conjonction de facteurs. La génération actuelle de jeunes travailleurs ne veut plus d’horaires fixes, de petits chefs et de l’ambiance « usine » qui caractérise l’entreprise des XIXe et XXe siècles. La notion d’entreprise libérée – horaires flexibles, managers au service des travailleurs et non d’eux mêmes et libre choix de l’organisation du travail – se propage tant au sein des PME que des multinationales, des start-up comme des entreprises de l’industrie lourde, en France comme à l’étranger.

Surtout, alors que nombreux sont ceux qui acceptent – et soutiennent – le télétravail et des horaires décalés, les jeunes travailleurs veulent avoir du temps pour eux et leurs proches, et une façon de l’économiser est d’éviter de le dépenser en transports interminables. Par ailleurs, la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’économie des ressources sont des enjeux importants de l’avenir. S’ajoute enfin le fait, non négligeable, que les technopoles sont souvent construites avec l’appui des finances publiques des collectivités locales, que l’Etat met au sec au prétexte du désendettement.

Laisser les start-up s’installer dans les espaces délaissés des centre-villes coûte moins cher aux collectivités tout en leur évitant aussi de dépenser pour tenter de revitaliser les mêmes centres – en rachetant et en rénovant les emplacements commerciaux vacants par exemple. Bref, pour toutes ces raisons, Octopus, le poulpe de Cholet, pourrait bientôt faire des petits.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo :  breizh-info.com
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