Claude Champaud (CELIB) : « le mouvement breton actuel préfère se raconter des histoires plutôt que de faire l’Histoire » [Interview]

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02/10/2017 – 06h30 Rennes (Breizh-Info.com) – Sans le CELIB ( le Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons ), la Bretagne n’aurait sans doute jamais eu le visage qu’elle a aujourd’hui.

C’est cette aventure que raconte Claude Champaud, dans l’ouvrage « Quand des bretons éveillèrent la Bretagne : le CELIB, comité d’étude et de liaison des intérêts bretons », paru aux éditions du « Centre d’histoire de Bretagne ».

Ancien vice-président du CELIB, il livre ici un témoignage majeur sur une institution qui fut importante pour l’essor et la modernisation de la Bretagne : construction des autoroutes bretonnes gratuites, port de Roscoff, création de transports maritimes bretons, modernisation des transports ferroviaires (avec la bataille du Rail), électrification des fermes bretonnes, création de la puissante industrie agro-alimentaire bretonne, aide au développement de universités.

Sur 200 pages, ce juriste de très grande réputation, conseiller des plus grands entrepreneurs bretons, montre non seulement les succès du CELIB mais aussi comment il a éveillé les Bretons qui, devant les difficultés de l’Après-guerre,avaient sombré dans un pessimisme si fort que des vagues de jeunes Bretons quittaient la Bretagne par dizaines de milliers. Sans cacher les difficultés et les insuffisances du CELIB, il affirme que le CELIB doit être un modèle à suivre pour ceux issus des mondes politiques, économiques et culturels bretons afin de faire face et résoudre les problèmes qui se posent aujourd’hui à la Bretagne.

Nous sommes allés à la rencontre de Claude Champaud afin qu’il nous évoque cette réussite fondamentale dans l’histoire moderne de la Bretagne.

« Quand des bretons éveillèrent la Bretagne : le CELIB, comité d’étude et de liaison des intérêts bretons » – Claude Champaud – Centre d’histoire de Bretagne – 25 euros

Livre à commander ici

Breizh-info.com :  Tout d’abord M. Champaud, que devenez-vous ? 

Claude Champaud : Je me prépare à entrer dans ma 90e année en janvier prochain. Je travaille toujours 6 à 8 heures par jour. J’écris, je persiste et je signe en continuant notamment mon combat en faveur  de l’humanisme entrepreneurial et contre le financialisme qui est au libéralisme  ce que la prostitution est à l’amour. J’observe le Monde changer. Je tente cependant de demeurer optimiste et je jette, pour les générations à venir, quelques bouteilles à la mer, comme ce livre sur ces « Bretons qui réveillèrent la Bretagne » assoupie depuis plus de deux siècles.

Breizh-info.com : Pourquoi avoir décidé, en 2017, de publier ce livre sur le CELIB et son histoire ?

Claude Champaud :  Dans les dernières pages du « Nouveau Défi Armoricain », unanimement, ses rédacteurs formaient le vœu que l’esprit célibien soufflât à nouveau sur la Bretagne car seule sa renaissance nous paraissait être de nature à permettre aux Bretons (B5) de relever ce défi. Cet appel déclencha de fortes interrogations notamment chez les journalistes âgés de moins de 60 ans qui ignoraient totalement ce que fut le CELIB pour certains alors que d’autres croyaient que l’esprit celibien s’était brusquement évaporé à la fin des années 70. D’autres encore croyaient que ce n’était qu’un simple club de rencontres… C’est à partir de ce constat que Fréderic Morvan me demanda, au nom du CHB, d’écrire ce livre en tant que l’un des derniers survivants du CELIB historique.   

AG du CELIB

Claude Champaud :  Pouvez-vous nous dire dans quel contexte s’est créé le CELIB.

Comme je le rappelle de façon détaillée dans les premières pages de mon livre, le CELIB fut lancé par un journaliste, Joseph Martray. Ardent régionaliste, il partit du constat que sous l’influence de facteurs géopolitiques et sociétaux des plus néfastes, résultats d’un endormissement nées des politiques suivies tant par les rois que par les empereurs et les républiques en France, la Bretagne était entrée dans une mortelle anémie pernicieuse. Chaque année, elle perdait  plus de 6 000 de ses jeunes, les plus ardents et les mieux formés.

Ils partaient chercher ailleurs, à Paris surtout, le moyens de se réaliser. Le phénomène n’était pas nouveau mais à  la fin des années 40 ces saignées se trouvaient exacerbées par les destructions, les brassages de populations,  la découverte faite par les prisonniers du modernisme agricole en Allemagne. En outre, l’esprit de Résistance qui avait touché largement les couches populaires bretonnes poussait les Bretons à sortir de la passivité économique sociale et culturelles que symbolisait le  Kousk Breiz Izel…

Breizh-info.com : Quels ont été ses principaux apports à la Bretagne telle que nous la connaissons aujourd’hui ?

Claude Champaud :  Sous le titre « les récoltes célibiennes », 80 pages de mon ouvrage, soit presque la moitié de son volume, sont consacrées à cette réponse. Je ne saurais répondre à cette question en une phrase et encore moins déflorer sa lecture par le déroulement d’un catalogue fut-il succinct.

Pour s’en tenir aux plus marquants des succès célibien on inscrira à son bilan : les voies expresses gratuites du plan routier breton, la rénovation rurale qui transformera la Bretagne en garde- manger européen, une industrialisation performante et diversifiée (produits alimentaires, automobile, télécommunication, etc…), une expansion quantitative et qualitative exceptionnelle des enseignements supérieurs et de la Recherche, les transports maritimes transmanche, la renaissance (TER et LGV), des transports ferroviaires menacés de disparaitre, la Charte culturelle  et la réhabilitation de la culture bretonne, la création de la Conférence des régions périphériques maritimes de l’Europe,…et surtout le retour de la fierté de se dire Breton.

Breizh-info.com : Qui en furent les principaux acteurs ?

Claude Champaud :  Martray fut l’homme par qui le CELIB vint. Pleven celui qui porta le CELIB au faîte. Halleguen, maire de Quimper, qui fut son premier président, restera celui qui grâce à son prestige gaullien d’aviateur survivant de la bataille d’Angleterre, permis de rassembler des hommes de toutes opinions et de tous horizons. Par la suite d’autres vinrent dont les fortes personnalités marquèrent l’action célibienne à des moments différents et par des actes de toutes sortes. Ils sont trop nombreux pour les citer tous (entre 30 et 50). Il serait malséant d’en faire le tri : le CELIB fut en effet une aventure collective dont les effets se sont échelonnés sur près d’un demi-siècle. Sauf omission regrettable et involontaire ils sont tous cités dans les pages de mon livre.

Breizh-info.com : Y a t-il eut des adversaires du CELIB ?

Claude Champaud :  Oui bien  sûr. Tout d’abord, la grande majorité de l’aristotechnocratie parisienne qui, comme le montre mon livre s‘acharna souvent à saboter les décisions politiques gouvernementales sous la 4e République et même  sous la 5e  bien que de Gaulle prit clairement voire farouchement le parti des célibiens bretons comme il le confirma dans plusieurs discours et le montra par des actes en forme d’ukase (tels l’ordre donné à Debré de se rendre à Rennes pour discuter avec le CELIB ou la nomination de Pisani au ministère de l’Agriculture).

En second lieu, les communistes et la CGT qui dénonçaient une union contre nature entre patrons et salariés, cultivateurs et industriels, etc. Ils fustigeaient une collaboration sociétale qui portait atteinte à l’évangile de la lutte des classes selon saint Marx et faisait passer les racines provinciales avant  l’internationalisme prolétarien…

En troisième lieu, plus sourdes mais non moins périlleuse furent deux autres types d’oppositions. Celle  de certains caciques du MRP qui suspectaient tant l’esprit de rassemblement célibien que le concept de Région, soit d’être soit  trop proche du gaullisme soit de susciter une sorte de renaissance d’un lointain passé girondin voir de la droite réactionnaire bretonne. Celle aussi de roitelets locaux du monde économique voire politique qui, préféraient voir le voisin privé de développement  et de prospérité que de progresser tous ensembles.

Enfin, comme en témoignent les diatribes, voire  les menaces de mort, que je reçus personnellement comme tant d’autres responsables du CELIB, il y avait la haine des indépendantistes gauchisants qui poursuivaient un rêve cauchemardesque dont seul un retour de prospérité  bretonne pouvait entraver la course.

Breizh-info.com : Y a t-il aujourd’hui, en Bretagne, des héritiers du CELIB ?

Claude Champaud :  Oui quelques-uns, dont certains  pourront paraitre inattendus mais dont beaucoup sont très actifs et notables. On trouvera des réponses détaillées à cette question en lisant  le paragraphe «  Résiliences » aux pages 140 à 150 de mon livre.

Breizh-info.com : Quels sont les grands défis à relever, selon vous, pour le 21ème siècle de la Bretagne et de la jeunesse bretonne ?

Claude Champaud :  Ils sont énormes car si le CELIB permit à la Bretagne d’épouser la mutation sociétale qui marquera les « Trente glorieuses » et plus généralement, toute la seconde moitié du 20ème siècle, nous vivons aujourd’hui les aurores d’un nouveau monde. Ce sera celui de l’intelligence, de l’immatériel et de la globalisation de échanges.

Mais aussi, pour résister à leurs démons, celui du respect de valeurs éthiques fortes, de l’humanisme entrepreneurial et du resourçage permanent  que permettent les enracinements territoriaux et familiaux. Pour des réponses plus précises je renvoie au « Nouveau défi Armoricain » que j’ai codirigé avec Pierre-François Gouiffès et co-rédigé avec un panel d’auteurs, tous indéfectiblement attachés à la Bretagne et l’avenir de notre antique Armorique.

Breizh-info.com : Quel regard portez-vous sur l’évolution de la société bretonne ?

Claude Champaud :  Mon regard sur la société bretonne actuel est mitigé au sens propre du terme. D’un côté, bien que les Bretons soient encore capables de soubresauts comme l’a montré l’affaire des « Bonnets rouges » ressuscités, pour la plus grande partie d’entre eux, notamment leur masse sociétale, ils sont installés dans une sorte de cocon existentiel  dont ils ne s’affranchissent que pour défendre des intérêts catégoriels ou égoïstes, sans réelle vision de l’avenir de leur région. 

D’un autre côté, comme dans tout l’ensemble territorial armoricain,  force est de constater un magnifique esprit d’entreprendre et un profond enracinement territorial que beaucoup de régions nous envie,  surtout celle nées d’un artifice géopolitique. Le jaune d’œuf et l’huile sont là. La mayonnaise célibienne pourrait-elle reprendre ? Il y faudrait un peu de moutarde, sans doute.

Breizh-info.com : Le défi armoricain a-t-il été remporté ou bien reste-t-il encore du chemin à parcourir pour triompher ? Arthur va-t-il revenir en Bretagne ?

Claude Champaud :  Nous n’en sommes qu’au temps de la prise de conscience des défis que le « nouveau monde » lance aux Armoricains. Revenez me voir dans 15 ans… pour mon 105e anniversaire et je vous dirais alors si le challenge lancé aux générations actuelles  été ou non relevé. Pour ce jour je me contente de leur jeter le gant du CELIB. D’outre- tombe je vous répondrai, sans faute.  C’est promis !

Breizh-info.com : Avez-vous des craintes pour le futur de la Bretagne ?

Claude Champaud :  La réponse à cette question est dans les précédentes. Je suis optimiste par tempérament et principe de vie. Toutefois,  comme je l’ai montré il y a 20 ans  dans mon livre  A jamais la Bretagne l’Histoire de notre Armorique est celle de siècles d’or inouïs, entrecoupés de  long moments dépressifs. Comment ne pourrait-on pas nourrir quelques craintes à la fin de cet âge d’or célibien dont les fondamentaux sont remis en cause dans une apparente indifférence collective… ?

Breizh-info.com : Comment expliquez-vous la faiblesse actuelle du mouvement politique breton ? 

Il préfère se raconter des histoires plutôt que de faire l’Histoire comme le firent les Célibiens…

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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1 COMMENTAIRE

  1. Très intéressant et qui a tout son sens quand d’une part on voit les Bretons s’enthousiasmer pour les Catalans et les Ecossais (on évite de parler des Corses qui votent nationaliste réel…et des Alsaciens qui se réveillent) alors que les Bretons sont actuellement réduit à se battre entre eux pour savoir s’il faut voter les Français socialistes ou les Français Front National (qui n’a de national que le nom).

    Nous les Bretons, on est clairement à coté de nos pompes…!

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