21/10/2017 – 15H00 Nantes (Breizh-info.com) – « Ce drapeau, c’est l’alliance du galeriste aveugle et de l’artiste paralytique », plaisante Thomas [prénom modifié] en montrant du doigt le rectangle de tissu fixé sur la flèche de la Tour LU. « Le Lieu Unique, qui voudrait bien exister sur la scène internationale, a ramassé un concept qui voudrait bien exister sur la scène artistique ». En l’occurrence, l’« artiste paralytique » est un trio :

  • Shia LaBeouf (prononcer Shaïa Le Bœuf), un nom dû à un ancêtre cajun et à un officier d’état-civil dyslexique, né en 1986 à Los Angeles. Acteur prometteur dès l’adolescence, il a joué dans Indiana Jones et le crâne de cristal et deux films de la série Transformers. Puis, à la suite de divers ratages, accidents et débordements, Hollywood l’a mis sur la touche. Il tente depuis lors de se relancer comme artiste plasticien.
  • Nastja Säde Rönkkö, artiste finlandaise née en 1985. Elle a vivoté dans son pays en se mettant en scène elle-même dans des « performances » telles Cinema Piece (2013) dans laquelle elle regardait placidement une forêt pendant 90 minutes tout en mangeant du popcorn et en buvant un soda.
  • Luke Turner, né à Manchester en 1982, s’est fait connaître plus comme commentateur et essayiste que comme plasticien ; il a publié un Metamodernist Manifesto en 2011.

Depuis 2014, ils se sont associés pour organiser des performances utilisant souvent l’internet. Le drapeau de la Tour LU est un sous-produit de l’une d’elles. Comme d’autres artistes, LaBeouf, Rönkkö et Turner ont cherché à profiter de l’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis pour se faire connaître. Le 20 janvier 2017, jour de l’intronisation présidentielle, ils ont accroché à un mur du Museum of the Moving Image, à New York, une webcam surmontée de la formule « He Will Not Divide Us ». « He », c’était Donald Trump. « Us », c’était… qui voulait en faire partie, à la manière du « We » de Barack Obama dans « Yes we can ». Les passants étaient invités à s’arrêter devant la caméra pour lire la phrase à haute voix ; cette installation intitulée #HEWILLNOTDIVIDEUS devait durer sans interruption pendant les quatre ans de la présidence Trump.

Une gesticulation politique sans grand retentissement

Mais à New York, une caméra tendue attire vite militants, exhibitionnistes et provocateurs de tous poils, des partisans du président des États-Unis aux junkies en passant par les groupes d’immigrés et les suprémacistes blancs ou noirs. La proclamation d’unité était instantanément devenue un ferment de division. Au bout d’une vingtaine de jours, à la suite de divers incidents et incivilités, le Museum of the Moving Image avait prié le trio d’aller accrocher sa caméra ailleurs. Huit jours plus tard, le 18 février, elle était fixée sur le mur d’une salle de spectacle vétuste d’Albuquerque, au Nouveau-Mexique, dans l’indifférence générale. Au bout de cinq jours seulement, les trois artistes avaient pris prétexte de deux ou trois coups de feu entendus dans les environs (moins dangereuse que la plupart des villes américaines, Albuquerque a tout de même enregistré 61 homicides l’an dernier) pour abandonner ce site peu passant.

Ils avaient alors opté pour une formule plus tranquille : un simple drapeau flottant au vent dans le ciel devant une webcam – plus de public, plus de problème. Sur le drapeau, cette seule formule : « HE WILL NOT DIVIDE US ». Pour pimenter l’affaire, ils avaient annoncé que l’emplacement serait gardé secret pour des raisons de sécurité. C’était évidemment un appât à l’intention des internautes, toujours stimulés par les secrets à briser. Le drapeau avait très vite été repéré à Greeneville dans le Tennessee. Le 10 mars, deux jours après son installation, il avait été dérobé et remplacé par une casquette portant le slogan du président Trump : « Make America Great Again ». Une fois la casquette enlevée, la caméra avait continué à diffuser sur le web l’image d’un simple mât sans drapeau.

Fin de l’aventure ? Non : si ces péripéties à la Pieds nickelés avaient épuisé leur crédibilité aux États-Unis, LaBeouf, Rönkkö et Turner pouvaient revêtir la toge de l’artiste maudit pour solliciter des contrées lointaines. Le 22 mars 2017, un drapeau reconstitué était hissé sur le toit de la Foundation for Art and Creative Technology de Liverpool, toujours devant une caméra. Le lendemain, deux ou trois personnes grimpaient là-haut le regarder de plus près. Dans la crainte d’un accident, à la demande de la police locale, le musée avait aussitôt retiré le drapeau.

Nantes moins prudente que Liverpool ?

Parvenus à ce stade, les trois artistes ne pouvaient plus compter que sur des provinces vraiment reculées. Il leur a fallu près de sept mois pour en trouver une. Et voilà comment leur drapeau flotte aujourd’hui au-dessus de Nantes, filmé en permanence par une webcam. Le Lieu Unique joue bien entendu sur le registre de l’« œuvre d’art dont la survie est menacée ». « La fachosphère à l’assaut du lieu unique », titre Éric Chalmel, collaborateur de Presse Océan, sur son blog États et empires de la Lune. « La fachosphère ? Elle se fiche pas mal de LaBeouf et compagnie, et de Trump aussi, d’ailleurs », rétorque Thomas. « Le drapeau qui l’irrite n’a pas un texte noir sur fond blanc mais un texte blanc sur fond noir : c’est celui de l’État islamique. »

Malgré les efforts du Lieu Unique et de ses amis, He Will Not Divide Us ne parvient pas à susciter l’intérêt ; le site web www.hewillnotdivide.us ne se situe qu’au 36.732e rang des sites consultés en France, selon le site de statistiques du web Alexa. Cependant, on constate réellement un flux d’hostilité à son égard. Il s’articule autour de 4chan.org en anglais et jeuxvideo.com en français, deux sites essentiellement consacrés aux mangas et aux jeux vidéo où s’agglutinent des ados et post-ados accros aux écrans. Pour des raisons mystérieuses mais clairement pas politiques, certains de leurs fidèles ont pris en grippe l’œuvre de LaBeouf, Rönkkö et Turner. En fait de menaces d’extrême-droite, on y trouve par centaines des propositions du genre : « Tirez au laser sur les drisses » ou « Dressez des pigeons pour qu’ils lâchent leurs fientes sur le drapeau ». Face à un défi virtuel, les internautes roulent des mécaniques virtuelles.

Malheureusement, quelques-uns s’aventurent aussi dans le réel. Le Lieu Unique affirme avoir reçu des visites indésirables. « Il s’agit surtout de gens qui font ça par défi » reconnaît Patrick Gyger, directeur du Lieu unique, qu’on sent un peu déçu de ne pas soulever de remous politiques. Le vrai danger est qu’un ado plus aventureux que les autres essaie vraiment d’escalader la Tour LU, mu par le désir de décrocher un trophée. En hissant ce drapeau en haut de la Tour, Patrick Gyger n’a pas seulement engagé de gros frais (il a fallu faire venir une immense nacelle élévatrice), il a pris le risque d’inciter des écervelés à risquer leur vie. Le toit plat de la Foundation for Art and Creative Technology de Liverpool ne présentait pas de tels dangers. Les autorités locales s’étaient pourtant empressées de réclamer le retrait du drapeau, et l’établissement s’était exécuté.

Johanna Rolland peut-elle faire mine de ne rien voir ?

Illustration : DR
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5 Commentaires

  1. Il y a une erreur, c’est parce qu’il etait obèse et shia de la bouffe dans sa jeunesse qu’on l’a nommé ainsi.

  2. Ce bon Patrick GYGER est vraiment prêt à tout pour faire le buzz, même à importer un problème politique américain sur le sol français et à déplaire aux français pour plaire à un acteur raté, drogué, cocu, anti flics, américain.

  3. Une honte d’imposer cela en France…
    Puisque cette oeuvre concerne les Etats-Unis, pourquoi ne pas l’implanter là-bas ?

    • Vu le peu d’intérêt soulevé par cette opération aux Etats-Unis, on ne peut même pas dire qu’elle demande l’asile politique. L’asile médiatique peut-être ? Je n’irai pas jusqu’à l’asile psychiatrique…

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