Ne pas jeter Trump avec l’eau du bain groenlandais

J’écoute Donald Trump à Davos sur la chaîne américaine C-Span. La voix est métallique, parfois heurtée, sans apprêts inutiles. Je suis dans ma cuisine bretonne, pas très loin de l’amer de Lechiagat, un peu à l’écart du monde, et je prépare des canelloni à l’argentine, douces crêpes farcies, fourrées de viande, roulées avec soin, ensevelies sous une béchamel patiente, puis offertes au feu du four jusqu’à la légère brûlure dorée. Le geste est ancien, presque rituel. Il vient de Buenos Aires, de ces cuisines où l’Europe s’est transplantée sans demander pardon à personne. Et en écoutant Trump, une évidence s’impose, il serait intellectuellement paresseux de le jeter avec l’eau trouble du bain groenlandais.

Le Groenland occupe les esprits, comme une brume volontairement épaisse. Territoire, force, pression, rapport de puissance. Tout cela est réel. Pourtant, réduire le discours de Davos à cette seule question serait manquer l’essentiel. Trump ne parle pas d’abord de terres gelées ou de routes maritimes. Il parle d’un monde occidental qui ne sait plus se nommer, ni se défendre, ni même se regarder sans baisser les yeux. « Certains de nos amis reviennent d’Europe en disant qu’ils ne la reconnaissent plus », dit-il simplement, avant d’ajouter, plus grave encore, « et pas dans un sens positif ». Son propos déborde largement la géographie. Il relève de la mise en garde civilisationnelle.

Ce qui frappe, en l’écoutant attentivement, c’est la disparition du langage anesthésié. Trump décrit des villes européennes méconnaissables, des peuples qui ne se reconnaissent plus chez eux, des sociétés qui ont confondu générosité et abdication. Il parle de l’immigration massive non comme d’un sujet compassionnel, mais comme d’un phénomène politique total. « On ne peut pas avoir de pays si l’on n’a pas de frontières », répète-t-il, avant de lier sans détour immigration de masse, effondrement de la natalité, tensions sociales et affaiblissement militaire. « La migration de masse détruit les sociétés », affirme-t-il, d’un ton presque las, comme s’il s’agissait d’une évidence que seuls les dirigeants européens refusent encore d’admettre.

Cette parole brise une fois de plus un plafond de verre qui, en Europe, tenait solidement depuis des décennies. Ce plafond avait déjà été fissuré. En France, Éric Zemmour a payé cher, socialement et médiatiquement, le fait d’avoir nommé ce que beaucoup voyaient sans oser le dire. Trump, par sa position et sa brutalité assumée, l’a désormais fracassé à l’échelle mondiale. Il n’introduit pas des idées nouvelles, il les rend audibles. « L’avenir appartient à ceux qui défendent leur culture, leurs frontières et leur peuple », lance-t-il à Davos, phrase impossible à prononcer dans la plupart des enceintes européennes sans déclencher l’alarme morale. Cette rupture est irréversible.

Depuis la Bretagne, je mesure ce que cette parole signifie pour l’Europe. Le brouillard groenlandais, savamment entretenu, joue un rôle paradoxal. Il choque, il inquiète, il réveille. Trump rappelle que la protection américaine n’est ni gratuite ni éternelle. « Je ne veux pas recourir à la force, mais nous devons protéger notre sécurité nationale », dit-il à propos du Groenland, laissant planer l’ombre de la puissance tout en s’en retirant à demi. Ce flou n’est pas une faiblesse, c’est un signal. Il oblige les Européens à envisager, fût-ce à reculons, l’idée qu’ils pourraient avoir à assurer seuls leur survie stratégique et civilisationnelle.

La question décisive demeure ailleurs. L’Europe saura-t-elle transformer ce choc en réveil durable, ou retombera-t-elle dans son vieux réflexe de renoncement, enveloppé de bonne conscience atlantiste. Le plus grand obstacle n’est pas militaire, il est mental. C’est cette culpabilisation héritée de la Seconde Guerre mondiale, devenue dogme, qui empêche toute affirmation sereine de soi. Tant que l’Europe se vivra comme fautive d’exister, elle refusera les mots de la puissance, de la frontière et de la continuité. Trump, volontairement ou non, l’oblige à sortir de cette hypnose morale.

Dans le silence de la cuisine, tandis que le gratin caressé par la flamme du four commence à chanter doucement, je repense à cette idée de Spengler selon laquelle les civilisations meurent lorsqu’elles cessent de croire en leur légitimité. Trump n’est ni un théoricien ni un historien. Il est autre chose, un accélérateur brutal. Le Groenland passera. La mise en garde, elle, restera, désormais inscrite dans la conversation publique. Le plafond de verre est brisé. Il appartient aux Européens de décider ce qu’ils feront de l’air froid qui entre.

Balbino Katz
Chroniqueur des vents et des marées
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Crédit Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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15 réponses à “Ne pas jeter Trump avec l’eau du bain groenlandais”

  1. Maury dit :

    Le plafond de verre est ENFIN brisé.

  2. rycart dit :

    « Je suis dans ma cuisine bretonne … pardon à personne. »
    « Dans le silence de la cuisine …doucement … »

    Ce genre de prose est-il utile ?
    Moi, cela m’insupporte !

  3. Sudtou37 dit :

    Depuis longtemps on a appris qu’il est utile de savoir d’où parlent les tribuns. Pourquoi pas depuis une cuisine bretonne si c’est la réalité ? A titre personnel je préfère ça à un auteur qui me dirait écrire depuis le bureau de son ministère ou de son comité de rédaction.
    Pour le fond de l’article, la conclusion semble simple : heureusement Trump…

  4. Jotglars 66 dit :

    Nos gouvernants ne supportent plus la moindre trace de Christianisme et pourtant, ils s’excusent sans répit psalmodiant  » C’est ma faute, c’est ma très grande faute  » ! Un repentir insupportable envers l’Afrique. Le mot de  » Grand remplacement « , maudit comme Voldemor, vient d’être employé par Mélenchon, lui même, alors qu’il était nazifié chez Zemmour…Trump appelle un chat un chat et le monde entier voit la transformation lamentable de nos pays sauf nos responsables….Par idéologie ? Par incompétence ? Plutôt par manque de courage .

  5. guillemot dit :

    Trump est ce qu’il est, on l’aime ou on le déteste mais ce qu’il dit à propos de l’Europe et de la perte de son identité est semblable au tocsin qui annonçait la mort d’une personne .

  6. Yvette Mme Prétet dit :

    Trump a menacé les mollahs iraniens d’envoyer une  »armada » en Iran s’ils continuaient à tuer des manifestants! Je suis contente d’apprendre que quelqu’un se décide à défendre des innocents ..J’aimerais que l’on défende aussi les Kurdes qui, en Syrie, sont chassés de leur pays par les islamistes qui ont le pouvoir là-bas!…

  7. Elliot 22 dit :

    Demat, Encore des rageux/jaloux de la plume de Mr Katz….Vous n’êtes pas obligés de fatiguer vos yeux à le lire ! Perso j’adore sa prose…Désolé !
    Au plaisir de vous lire Balbino. Kenavo

  8. Denis dit :

    Merci à monsieur Trump d’alerter les peuples européens sur la folie de leurs dirigeants, et merci à l’auteur pour ces chroniques si humaines et chaleureuses (…mais je crois bien que la recette des cannelloni à l’argentine, nous l’avions déjà !)

  9. alienor dit :

    rycart …moi aussi ! on a pas tous des heures à consacrer aux nouvelles du site, par ailleurs bien utile

  10. Cougar dit :

    A « rycart », et à tout ceux qui partagent son opinion à propos d’un auteur qui écrit toujours des lignes remarquables sur Breizh Info et Polémia : allez-vous, une fois pour toutes, foutre la paix à Balbino Katz!

  11. RAYMOND NEVEU dit :

    Calmos rycart! Même si je préfère le hachis façon mamm gozh avec de l’oignon et une pointe d’ail! On avait déjà un autre râleur du côté de Gaillac.

  12. M. A. dit :

    Merci, j’espère que ces lignes sortiront du cadre étroit qui est le nôtre. Après tout, elles ont bien jailli d’une cuisine de Léchiagat !
    Oui, Trump enfonce des portes ouvertes, c’est vrai ; mais c’est Trump, et il parle à Davos ce temple de l’uniformisation du monde, de la standardisation des consciences, du rabotage des originalités et, c’est du moins ce que souhaitaient les pères fondateurs, rabotage des origines elles-mêmes. Trump parle en mondiovision de démondialisation…
    Je l’ai écouté avec une grande attention, un énorme plaisir mêlé d’un douloureux soulagement et j’essayais d’imaginer les commentaires de LCI, par exemple.
    Hé bien, j’étais loin du compte !
    Ne serait-ce que pour ça, j’espère qu’il va persévérer.
    Sil vous plaît, Monsieur Balbino, continuez d’écrire dans le fumet de vos petits plats, les vapeurs du Bar des Brisants et le grand vent de l’océan.

  13. Wallerand de Puypeux dit :

    Quelle poésie, quelle sagesse, quelle intelligence, quelle culture et bien d’autres qualités sous la désarmante simplicité des petits bonheurs domestiques. Beaucoup devraient souhaiter partager sur ce ton badin, la profondeur déchirante des drames contemporains. Ceci, autour d’une table bancale de bois blanc offrant deux, trois crêpes bretonnes arrosées d’un bol de cidre doux.
    Merci Monsieur KATZ.

  14. Joris dit :

    Cuisiner des produits de la mer, se balader face au vent, aller au café des Brisants, passer devant le monument aux morts ou le cimetière local… C’est bon, on a compris, pas besoin de mise en contexte à chaque fois. On se croirait sur Cnews. Vive la retraite ok mais ça peut lasser à force. J’ai hâte de vous lire un jour avec un article commençant par « sur la Canebière », « en traversant la Tamise », « face au parlement européen », « sur le pont St Charles », « devant la cathédrale de Palerme »… 😁

  15. creoff dit :

    Les Bretons connaissent bien la disparition d’un peuple, le leur, de sa société, de sa culture, de sa langue, de ses richesses avec la submersion migratoires de français qui ne connaissent des Bretons que l’image de Becassine, jamais considérée comme terriblement raciste, ni interdite. Ils y chantent avec délectation tous les couplets de « ils ont des chapeaux ronds »…Vous allez me dire  » c’est pas pareil on est tous français ». Oui, c’est une vieille annexion, mais la déculturation est actuelle, parce que le reste de la France devient invivable. Alors ils achètent nos terres, nos maisons et nous chassent. Nos fest-noz, notre musique, notre langue est la victime d’une appropriation culturelle qui la détruit à grand pas comme on dilue le chouchen dans l’eau de la Seine.. Celtes, Indiens, aborigènes..demain les Perses et les Inuits

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