Nantes : 3 semaines après l’agression de cinq contrôleurs de la SEMITAN la situation reste toujours tendue sur le réseau

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17/11/2017 – 08h00 Nantes (Breizh-info.com) –Trois semaines après l’agression de cinq contrôleurs et une nouvelle journée blanche sur le réseau de la TAN la tension reste toujours palpable. Les agents de la TAN continuent de se faire prendre à partie et une opération de sensibilisation des usagers a été menée ce 14 novembre par la CFDT-SEMITAN.

Des affiches qui relatent le témoignage d’agents agressés ou insultés ont été mises en place dans les bus et les tramways par la CFDT ; tout au cours de la journée, des agents de prévention – nettement plus présents depuis plusieurs semaines – accompagnaient les usagers. « La crainte m’accompagne à chaque fois que je monte dans un véhicule depuis que je me suis fait insulter et agresser », explique un contrôleur sur l’une des affiches. « Mon métier ? J’en suis fier. Et pourtant depuis quelques temps je suis inquiet devant le comportement et l’agressivité de certains », confie un chauffeur qui pose sur une autre affiche.

« J’ai perdu toute passion de mon métier depuis que j’ai failli perdre un œil lors d’une agression violente et gratuite », s’exclame un chauffeur de bus sur une autre affiche. Toutes, elles rappellent que les agents de la SEMITAN assurent un service public mais sont d’abord « un père, un frère, un ami » et clament « ne laissons pas les incivilités gâcher notre quotidien ».

Des agents SEMITAN toujours pris à partie

Cependant les agressions continuent. « Tout ne remonte pas », confie cet agent de prévention. Pourtant en interne, la SEMITAN a fait état de cinq chauffeurs de bus pris à partie rien que pour la journée de vendredi dernier, le 10 novembre. « Notamment sur les Chronobus C2 et C3 », précise un agent. « Jets de bouteille, lasers dans les yeux – il y en a beaucoup en ce moment, insultes etc. ». Pour ce-dernier, « ce n’est pas exhaustif. Pour les contrôleurs, c’est vraiment très difficile, et la violence s’est tellement banalisée que dans bien des cas, on ne fait pas attention et donc ces faits ne sont pas comptabilisés ni remontés ».

D’autant que certains cadres de la SEMITAN continuent à essayer de cacher la poussière sous le tapis, comme le montre une des péripéties de la réunion des délégués du personnel (DP) du 15 novembre. Les syndicats ont demandé – et obtenu suite aux dernières agressions d’agents – l’équipement des bus avec des vitres anti-agression ; tous les bus n’en sont pas encore équipés cependant. Lors de la réunion, la CGT veut savoir « s’il est inscrit dans les consignes d’exploitation qu’il faut éviter de rouler avec la vitre anti-agression ». Pourquoi donc ? « l’agent de maîtrise présent se permet de dire à la conductrice qu’elle n’est pas conviviale de rouler [sic] avec la vitre anti-agression relevée ». En l’occurrence, « le conducteur peut rouler avec la vitre relevée s’il le désire » répond la direction, et pour cause, sinon à quoi servirait-elle ?

Par ailleurs l’agression Place Mangin d’une conductrice de bus qui attendait sa prise de service au matin du 2 août a laissé des traces. Lors de la même réunion DP, des délégués demandent pourquoi le tabac-presse Mangin n’a pas de blocs conducteurs (de tickets SEMITAN) qui lui seraient refusés par la TAN « à cause de la future restructuration de cette ligne ». La direction répond qu’elle « recherche une meilleure solution que la relève à Mangin ».

La question des relèves ressurgit cependant ailleurs, en pleine ville. Les délégués CGT demandent « de ne pas faire de relève au Bouffay à 5h00 du matin pour les conducteurs de la ligne 3 (lors des travaux entre Marcel Paul et Beauséjour) et ceci pour une question de sécurité évidente ». Les problèmes d’insécurité du centre-ville et du réseau semblent loin d’être réglés.

Place Jean-Macé : le kebab, un « point noir » pour la sécurité du réseau

Autre problème, cette fois à Chantenay – à l’ouest de Nantes, en bas du boulevard de la Liberté. « Sur la C1 et la 10 en partant de la gare de Chantenay juste avant l’arrêt Jean Macé au niveau du kebab, les clients et même le propriétaire du kebab se garent n’importe comment », font état les délégués du personnel de la TAN. Difficile de faire plus clair.

« Après plusieurs gongs [ce qui fait office de klaxon au bus] on a le droit à des insultes et des gestes obscènes. Ceci dure depuis plusieurs années ». La direction répond tout de go que « ce problème est un point noir qu’on aborde avec Nantes Métropole ». Faute de volonté politique, les conducteurs de bus en sont quittes pour se faire insulter encore longtemps.

Arrosage des pavés de la place Louis XVI : non, ce n’est pas de l’écologie urbaine !

Un autre front syndical à la TAN connaît aussi des avancées : la lutte contre les pavés disjoints, les dos d’âne et autres plateaux surélevés qui transforment certains parcours de bus en montagnes russes. La métropole de Nantes comptait fin 2015 plus de 2000 ralentisseurs (dont une centaine pas aux normes) et de nouveaux apparaissent régulièrement. Résultat : beaucoup de conducteurs ont mal au dos, et la vitesse commerciale des lignes baisse alors que les horaires sont déjà difficiles à tenir du fait de marches parfois trop tendues, de la circulation ou des travaux.

Parmi les divers points noirs, les pavés disjoints de la place Louis XVI (officiellement place Maréchal Foch) au niveau du terminus du Busway. Deux nuits de suite, de minuit à quatre heures du matin, trois ouvriers de l’entreprise R.C.A (Robert Chartier application), accompagnés d’un camion et d’un chalumeau, se livraient à d’étranges manipulations. Arrosoirs brûlants à la main, ils arrosaient les joints entre les pavés, contemplés d’en haut par un Louis XVI pensif et blasé – depuis 1823 il en a vu d’autres et a même eu le temps de perdre (encore) sa tête et d’être refait à neuf en 1926. Une nouvelle idée de Johanna Rolland pour encourager l’écologie urbaine ?

Point du tout. Basée à Vernon dans l’Eure, R.C.A est spécialisée dans la réparation, l’étanchéification et l’entretien des chaussées et des ouvrages d’art. Ainsi que dans la réalisation des joints de dilatation. « On met du bitume entre les pavés pour donner de l’élasticité et limiter l’inconfort pour les bus qui circulent », nous explique un ouvrier. L’application se fait à l’arrosoir, chauffé à 200° avec la flamme ouverte du chalumeau, de façon à ce que le bitume se liquéfie. « Et même des casseroles chauffées pour les joints plus petits ». Derrière, un ouvrier jette du sable fin sur les joints, avec le geste auguste du semeur, « pour pas que ça colle aux pieds ». Et Louis XVI règne sur le ballet des ouvriers, son bâton de commandement à la main.

Louis-Benoît Greffe

Crédit photo : DR
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1 COMMENT

  1. Partout les signes de la décivilisation. Y aura t-il un sursaut ? Ou bien notre pays disparaîtra t-il dans une mortelle confusion ou la racaille, encouragée par un état déliquescent sera autorisée à toutes les prédations sur ce qui restera de population civilisée.

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