Plus près de toi (bande dessinée)

A LA UNE

Une nouvelle bande dessinée au ton léger rappelle un fait méconnu. Pendant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs milliers d’Africains, enrôlés dans l’armée française puis faits prisonniers par l’armée allemande, ont été détenus en Bretagne.

Trois mois de plus et il aurait été ordonné prêtre au Sénégal, mais le destin en a voulu autrement. En 1939, la France entre en guerre et mobilise ses colonies. Addi Touré, séminariste à Dakar, est français car il est né à Quatre Commune. Il se retrouve contraint par son père, pour sauvegarder l’honneur de la famille, d’échanger sa robe contre l’uniforme militaire des Tirailleurs sénégalais. Son éducation lui permet de rapidement devenir sous-officier. Lors de la déroute de juin 1940, son bataillon est fait prisonnier. Certains Allemands exécutent les prisonniers noirs des troupes coloniales. Mais Addi, parce qu’il révèle qu’il est prêtre, permet à ses camarades d’échapper au peloton. Prisonniers, c’est dans un village breton près de Guingamp qu’Addi et ses compatriotes sont employés pour prêter main forte aux fermiers locaux. La nuit, ils dorment dans un camp surveillé par les Allemands mais tenu d’une main de fer par des Arabes racistes envers les Noirs. D’abord cantonné aux travaux agricoles, il parvient à mettre en place des cours de français. Addi et son ami musulman Ibrahim Fall rencontrent deux jeunes femmes, Simone et Jeanne, qui habitent chez leur père et beau-père, André Le Gouarin, un homme rude. Jeanne l’institutrice, devenue infirmière puis bénévole au camp, dont le mari est considéré comme mort au front, se sent attirée par Addi. Mais celui-ci veut que sa vie soit consacrée exclusivement à Dieu. Les Sénégalais, les Bretons et les Allemands vont vivre, dans un premier temps, en bonne entente…

Cette bande dessinée a été réalisée par deux auteurs installés en Bretagne.  Au scénario, le prolifique Kris s’inspire de faits réels mais méconnus : la détention des prisonniers de guerre africains dans des camps de travail bretons. Pour des raisons idéologiques, l’Allemagne évita de transférer sur son sol des soldats noirs prisonniers, de crainte qu’ils y apportent des maladies ou qu’ils y créent une descendance. Aussi une dizaine de camps de prisonniers spécialisés furent créés en France. En Bretagne, il y avait deux camps (à Rennes et à Quimper) et plusieurs petits regroupements (à Brest, Louargat, Rostrenen, Cancale, Châteaulin, Pleudaniel, Coëtquidan, Vannes, Pontivy, Ploërmel…). Souvent ces soldats travaillaient dans une ferme, avec un Allemand pour les garder. Ils mangeaient ainsi ensemble à la ferme, ce qui pouvait créer des liens entre Bretons, Africains et Allemands.

Kris imagine que ce choc des cultures prend une tournure légère, parfois même comique. Les personnages, qui conservent pendant cette période difficile leur bonne humeur et leur optimisme, attirent la sympathie. Cette bande dessinée ne dissimule pas qu’il advint que sur le champ de bataille, des officiers et soldats allemands, de leur propre chef, exécutèrent des prisonniers africains. Mais dans ce scenario, en Bretagne, sauf exceptions, les soldats de la Wehrmacht sont bienveillants, tant avec la population bretonne qu’avec les Africains. On partage repas breton et cigarettes allemandes dans la bonne humeur. Même l’officier allemand ne mène pas d’enquête lorsqu’un parachute est trouvé caché dans le jardin du maire ! Le racisme à l’encontre des noirs provient plutôt de ceux d’origine arabe qui représentent les détenus auprès des Allemands.Toutefois, on a du mal à croire qu’une bretonne mariée, même si son mari est disparu au front, tente de séduire un prisonnier de guerre. Ce scénario permet toutefois, du moins dans le premier tome de ce diptyque, de mettre en évidence la droiture morale du séminariste sénégalais qui ne cède pas aux avances de la Bretonne.

Jean-Claude Fournier est surtout connu pour avoir dessiné, pendant les années 1970, après Franquin, les aventures de Spirou et Fantasio, dont le tome 27 intitulé L’Ankou. Son style semi-réaliste, tout en douceur, est particulièrement expressif. À près de soixante-quinze ans, il n’a rien perdu de son talent. Pour dessiner l’église, il s’est inspiré de celle de Lanloup (Côtes-d’Armor). Il s’est également amusé à se dessiner, au début de l’album, sous les traits d’un bon prêtre blanc.

Kristol Séhec

Plus près de toi, Première partie, 61 pages, 14,50 euros, Éditions Dupuis.

Crédit photo : DR
Breizh-info.com, 2017, dépêches libres de copie et diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine.

 

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