Saint-Brieuc. Le Cours d’Armor compte désormais 15 élèves [Interview]

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28/11/2017 – 06h45 Saint-Brieuc (Breizh-info.com) –  Nous vous avions présenté l’association Le Cours d’Armor en mai 2016, alors qu’elle projetait d’ouvrir une école hors-contrat pour la rentrée scolaire 2016-2017, à Saint-Brieuc.

L’initiative – portée par François Chabanel et encouragée par La Fondation pour l’écoleest devenue réalité dès la rentrée 2016-2017. C’est la raison pour laquelle un an et demi après, nous avons de nouveau interrogé François Chabanel, son fondateur, un enseignant et directeur heureux.

Pour prendre contact avec l’établissement, c’est ici : [email protected]   ou tél : 06 81 39 89 09

Breizh-info.com : Nous nous sommes rencontrés en mai 2016 pour évoquer le Cours d’Armor en gestation. Au 24 novembre 2017, qu’en est il de votre projet ?

François Chabanel : L’établissement a ouvert avec sept élèves à la rentrée 2016-2017, inscrits de la sixième à la seconde. Il y a actuellement, quinze élèves. Nous sommes maintenant place du Guesclin à Saint-Brieuc.

Breizh-info.com : Quels sont les principes éducatifs qui vous guident actuellement ?

François Chabanel :  Je veux contribuer à donner aux élèves le goût d’apprendre, de chercher, de se concentrer. Il me semble essentiel de prendre appui sur ce qu’ils aiment et savent faire, tout en effectuant un travail de fond sur les points qui leur posent problème. Beaucoup de collègiens lisent très mal, ne savent pas compter ni rédiger quoi que ce soit ou expliquer la moindre chose clairement.

Ce qu’on enseigne doit prendre sens pour l’élève même s’il ne perçoit pas tout bien sûr. Mélanger des élèves d’âges différents est un atout pour aller dans cette direction.

L’enseignant au Cours d’Armor est « multi niveaux », polyvalent et apprend à connaître ses élèves sur de nombreux plans. L’interdisciplinarité ou transversalité se fait spontanément. Notre modèle est certainement plus pertinent que l’institution pour répondre aux objectifs que celle-ci se fixe : Acquisition d’un socle commun de connaissances, lutte contre le décrochage, lutte contre le harcèlement.

Nous ne sommes pas affiliés à une pédagogie en particulier. Je pense qu’un enseignement académique clairement organisé a un rôle positif sur la structuration de la pensée de l’élève mais que lui laisser  à d’autres moments de l’autonomie et laisser sa créativité s’exprimer a aussi son intérêt.

Breizh-info.com : Que pensez vous du nouveau ministre de l’Education nationale ? Etes vous moins inquiet pour le hors contrat qu’avec Mme Belkacem ?

M Blanquer a l’air plus pragmatique, plus ouvert et mieux au courant des problèmes que Mme Belkacem qui jouait la spécialiste mais ne connaissait rien. Il ne peut pas ne pas voir que certains établissements hors contrat explorent des pistes intéressantes et répondent à un véritable besoin.

Ceci étant, il n’a jamais déclaré que ces écoles seraient soutenues par l’Etat. Il a été directeur de l’ESSEC mais aussi Recteur d’académie. J’aimerais bien qu’il encourage des établissements comme le nôtre en les aidant. Ce serait une entorse au jacobinisme règnant à 100% dans l’éducation.

Un ministre peut-il introduire ainsi une nouvelle donne ? Au Royaume Uni, l’Etat finance le fonctionnement d’établissements scolaires issus de projets locaux. Ce n’est pas à l’ordre du jour chez nous.

Breizh-info.com : Quelles sont vos perspectives d’évolution ?

A défaut d’être financés par l’Etat, il est possible que nous demandions d’ici trois ou quatre ans à passer sous contrat. Bien sûr, il ne faudra pas y perdre notre âme ! Pour cela, il faut espérer une ouverture croissante de l’institution dans les années à venir.

L’année dernière, j’enseignais en solo à un groupe de sept élèves, douze en fin d’année. Je n’avais que de rares aides ponctuelles. Avec quinze élèves, il faut des personnes pour m’aider. En ce moment il y a en gros deux mi-temps, deux bénévoles. Il nous faut trouver des financements pour rémunérer ces personnes.

Nous ne souhaitons pas forcément grossir en effectif mais plutôt à terme être visibles pour former des enseignants et essaimer.

Breizh-info.com : A combien se chiffre désormais le coût d’une scolarité ? Avez vous été aidés ? Et comment celle ci s’organise pour l’enfant ?

La scolarité coûte à chaque famille 3500 € l’année. Nous avons reçu de la Fondation pour l’Ecole pour cette année 10 000 €. Nous sommes très reconnaissants mais aimerions trouver des financeurs privés pour que chaque enseignant puisse recevoir une juste rémunération.

Pour info, le coût annuel d’un collégien pour l’Education Nationale était de 8500 € en 2014.

Les jeunes ont les mêmes vacances scolaires qu’ailleurs. L’horaire chez nous est plus compact : 8h20 – 12h et 13h10 – 15h30

Cette année comme la précédente, la cohésion du groupe se fait naturellement. Il peut y avoir des brouilles entre élèves, mais le contexte très familial aide à régler les choses rapidement.

Breizh-info.com : Et du côté du professeur ayant quitté l’Education nationale, êtes vous désormais épanoui , avez vous l’impression de faire le métier que vous rêviez de faire ?

Je suis souvent débordé mais pas stressé car le chemin que j’emprunte a du sens. A l’Education Nationale, j’étais un prof agrégé pas débordé mais stressé. Je l’étais vraiment dans mes quelques dernières années. On y fait mine d’aborder des concepts complexes :  intégrales, fonction exponentielle etc.

C’est particulièrement stressant de présenter un vernis hypocrite destiné à masquer les lacunes énormes de la majorité des élèves. C’est ce qu’on demande aux enseignants et dans toutes les matières. J’ai préféré rendre mon tablier. Je ne le regrette pas. Certes la tâche maintenant est prenante. Parfois j’aborde des rivages qui ne sont pas ceux que j’avais imaginés. C’est vrai.

C’est ce qui est arrivé à Christophe Colomb après tout et il a quand même découvert l’Amérique !

Propos recueillis par Yann Vallerie

Crédit photos : DR
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